{"id":45408,"date":"2026-03-26T11:55:07","date_gmt":"2026-03-26T10:55:07","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=45408"},"modified":"2026-04-01T17:34:23","modified_gmt":"2026-04-01T16:34:23","slug":"riccardo-del-fra-un-italien-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/riccardo-del-fra-un-italien-a-paris\/","title":{"rendered":"Riccardo Del Fra &#8211; Un Italien \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Rencontre avec le contrebassiste Riccardo Del Fra qui vient de publier un coffret de trois disques, <em>Songs for Chet, Songs for Now<\/em>. Il rend un hommage sensible \u00e0 Chet Baker dont il a longtemps \u00e9t\u00e9 le compagnon de musique, et met en \u0153uvre une belle palette sonore.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Mon int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9lodie, \u00e7a doit \u00eatre g\u00e9n\u00e9tique. Ma m\u00e8re adorait la m\u00e9lodie, elle pleurait en \u00e9coutant les musiques de film. On sait bien que les toutes premi\u00e8res influences ont lieu quand on est tout petit, cela laisse des traces ind\u00e9l\u00e9biles. En fait, j\u2019ai commenc\u00e9 la musique tr\u00e8s t\u00f4t en jouant de la guitare que j\u2019ai troqu\u00e9e ensuite contre une basse \u00e9lectrique pour, finalement, choisir la contrebasse \u00e0 dix-sept ans. J\u2019ai men\u00e9 des \u00e9tudes de sociologie et d\u2019anthropologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Rome et, en parall\u00e8le, suivi des \u00e9tudes musicales au conservatoire de Frosinone o\u00f9 Franco Petracchi et Franco Noto ont \u00e9t\u00e9 mes professeurs. Je participe bient\u00f4t \u00e0 diff\u00e9rentes formations de musiciens italiens, notamment les orchestres du pianiste Enrico Pieranunzi, du batteur, Roberto Gatto, du saxophoniste Maurizio Gianmarco, du trompettiste Oscar Valdambrini et du tromboniste Dino Piana. \u00c0 Rome et ailleurs, j\u2019ai accompagn\u00e9 de nombreux solistes de jazz, Art Farmer, Dizzy Gillespie, Art Blakey, Sonny Stitt, James Moody, Lee Konitz, Tommy Flanagan, Kai Winding, Clifford Jordan, Horace Parlan, Joe Diorio, Kenny Wheeler, Paul Motian, Dave Liebman, etc. Et puis, par la suite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le contrebassiste titulaire de plusieurs groupes, ceux <\/span>de Barney Wilen, Bob Brookmeyer, Johnny Griffin, Toots Thielemans, Michel Herr, Charles Loos, par exemples.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #800000;\"><strong>Chet Baker<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong>Chet, je l\u2019ai rencontr\u00e9 en 1979, dans un club, en Italie. Il arrive tard, il arrivait souvent tard, pour des raisons multiples. Je me souviendrai toujours du premier morceau que l\u2019on a jou\u00e9 ensemble, \u00ab\u00a0<em>Stella by Starlight<\/em> \u00bb, c\u2019est un standard, tout le monde le conna\u00eet, \u00e7a va\u2026 Puis il dit \u00ab in G \u00bb, en <em>SOL<\/em> dans la tonalit\u00e9 originale, l\u00e0, il a fallu faire de la gymnastique\u2026 Je n\u2019oublierai jamais \u00e7a, je pense que j\u2019ai mis pas mal de notes \u00e0 c\u00f4t\u00e9, mais, visiblement, je m\u2019en suis quand m\u00eame sorti, puisqu\u2019apr\u00e8s, il m\u2019a gard\u00e9 pour un enregistrement. Et \u00e0 la fin de l\u2019enregistrement, il m\u2019a demand\u00e9 de faire partie de l\u2019orchestre et de le suivre, ce que j\u2019ai fait. Au fur et \u00e0 mesure, mes coll\u00e8gues rentraient au bercail, et moi j\u2019ai continu\u00e9, j\u2019ai laiss\u00e9 tout tomber pour lui. Ce que les gens ne savent pas forc\u00e9ment, c\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019avais un travail, j\u2019avais une famille, et je n\u2019avais pas fini le conservatoire. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 dix-neuf ans, j\u2019avais 23 ans (Quand j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Chet) j&rsquo;avais du travail en Italie, je participais aux concerts de la Rai (Radio T\u00e9l\u00e9vision italienne), je n\u2019\u00e9tais pas titulaire, je le serais probablement devenu parce qu\u2019il y avait de moins en moins de contrebassistes, ou ils jouaient du free ou ils jouaient du jazz rock, ils \u00e9taient tous pass\u00e9s \u00e0 la basse \u00e9lectrique. Du coup, je suis devenu une raret\u00e9. J\u2019ai d\u00e9die \u00e0 Chet, disparu en mai 1988, mon disque <em>A Sip of your Touch,<\/em> une s\u00e9rie de duos avec Art Farmer, Dave Liebman, Enrico Pieranunzi, Rachel Gould et Michel Graillier, que j\u2019ai enregistr\u00e9 en 1989.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00ab Le bassiste, c\u2019est souvent un timide g\u00e9n\u00e9reux \u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Au d\u00e9part, durant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es, entre mes dix-sept et mes vingt-trois ans, c\u2019est-\u00e0-dire jusqu\u2019\u00e0 ce que je rencontre Chet, j\u2019avais comme mod\u00e8les Paul Chambers et Ron Carter. Au moment o\u00f9 j\u2019ai rencontr\u00e9 Chet, je commen\u00e7ais \u00e0 \u00e9couter Scott LaFaro, Dave Holland, Jean-Fran\u00e7ois Jenny-Clark et Charlie Haden. Plus tard, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 Marc Johnson de qui je me sens assez proche, pour beaucoup de raisons. Le bassiste, je crois que c\u2019est souvent un timide g\u00e9n\u00e9reux. En jazz, et m\u00eame en classique. Son r\u00f4le, c\u2019est d\u2019\u00eatre au service de l\u2019harmonie, de la m\u00e9lodie, du soliste et, en m\u00eame temps, il doit \u00eatre f\u00e9d\u00e9rateur. G\u00e9rer des espaces de silence, cela fait aussi partie de la musique, c\u2019est le grand enseignement de l\u2019\u00e9cole de Scott LaFaro et de Bill Evans, mais aussi, chez Miles, si on est attentif \u00e0 la gestion du groupe et du solo, c\u2019est une grande le\u00e7on. J\u2019ai parfois l\u2019impression de chanter avec ma contrebasse. Quand on arrive \u00e0 faire un beau solo, comme Miles pouvait faire, comme Chet pouvait faire, on voit une forme, un dessin, le geste, c\u2019est un r\u00e9gal. Je ne dis pas que j\u2019y arrive, mais quand il y en a des bribes, cela me fait \u00e9norm\u00e9ment plaisir. Je privil\u00e9gie donc ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 de la contrebasse plut\u00f4t qu\u2019une esp\u00e8ce de d\u00e9monstration. J\u2019ai un instrument qui est beau, qui sonne merveilleusement bien, moins bien \u00e0 l\u2019archet, mais en pizzicato, il a vraiment quelque chose. Je dois jongler un peu parce qu\u2019il n\u2019est pas non plus parfait. Mais, on le sait, avec un instrument, c\u2019est comme un vieux couple, on s\u2019habitue \u00e0 l\u2019autre, on sait comment l\u2019autre fonctionne, comment il r\u00e9agit, et r\u00e9ciproquement. \u00c0 un moment donn\u00e9, quand on est jeune, on se dit qu\u2019il faut que je trouve la basse de mes r\u00eaves. J\u2019en parlais avec Mark Dresser il y a quelque temps et il pense exactement la m\u00eame chose que moi : \u00e0 un moment donn\u00e9, il faut faire le deuil de la basse id\u00e9ale et faire simplement avec ce qu\u2019on a\u2026 Par exemple, ma corde mi est un peu plus sourde que les autres, je me suis simplement habitu\u00e9, dans mon jouage, \u00e0 jouer un peu plus fort quand je suis sur le mi.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-45413\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan.jpeg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan.jpeg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-300x300.jpeg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-150x150.jpeg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-768x768.jpeg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-140x140.jpeg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-100x100.jpeg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-500x500.jpeg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-350x350.jpeg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Photo-Riccardo-Del-Fra.1.-Roshanak@webistan-800x800.jpeg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Je pense que si j\u2019ai \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 souvent pour jouer dans des musiques de film, en bonne partie cela a \u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ma tr\u00e8s belle contrebasse, avec des sonorit\u00e9s chaudes et \u00ab\u00a0<em>vocalistiques\u00a0<\/em>\u00bb dans le registre medium. Depuis mes d\u00e9buts, j\u2019accorde une grande importance \u00e0 la qualit\u00e9 du son (en g\u00e9n\u00e9ral, car j\u2019y pense aussi quand je compose pour d\u2019autres instruments). Certainement, avec la maturit\u00e9 et l\u2019exp\u00e9rience, mon son a chang\u00e9, notamment en contr\u00f4lant davantage l\u2019utilisation (ou pas) du vibrato, et en am\u00e9liorant (j\u2019esp\u00e8re) sa \u00ab rondeur\u00a0\u00bb.\u00a0Certainement aussi, mes lignes de basses sont meilleures aujourd\u2019hui qu\u2019\u00e0 mes d\u00e9buts, m\u00eame si tr\u00e8s jeune, j\u2019\u00e9tais assez naturellement dou\u00e9 pour l\u2019harmonie. Quant \u00e0 mes improvisations, je crois qu\u2019elles sont plus consistantes depuis que mon travail de\u00a0compositeur s\u2019est\u00a0d\u00e9velopp\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"color: #800000; font-size: 14pt;\"><strong>Enseignement<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">En septembre 2004, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 responsable du D\u00e9partement Jazz et Musiques Improvis\u00e9es du Conservatoire National Sup\u00e9rieur de Musique et de Danse de Paris, o\u00f9, en 1998, j\u2019avais pris la succession, comme enseignant, du contrebassiste Jean-Fran\u00e7ois Jenny-Clark. C\u2019est une activit\u00e9 que j&rsquo;ai prise tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur, avec la volont\u00e9 de d\u00e9cloisonner, le d\u00e9sir d\u2019\u00e9largir les champs d\u2019action au conservatoire, comme dans ma propre musique. L\u2019id\u00e9e, c\u2019est d\u2019ouvrir des fen\u00eatres, construire des passerelles, am\u00e9nager des rencontres entre <em>les <\/em>mondes du jazz et <em>les <\/em>mondes du classique et du contemporain ainsi que des collaborations avec d\u2019autres disciplines du CNSMDP. J\u2019ai arr\u00eat\u00e9 cette activit\u00e9 en septembre 2024.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #800000;\"><strong>Moving People<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Moving People<\/em> est n\u00e9 \u00e0 Berlin en 2016 (\u00e0 l\u2019\u00e9poque le projet s\u2019appelait \u00ab Hoffnung-Espoir-Nadzieja\u00a0\u00bb) suite \u00e0 une commande du Chateau de Genshagen (Berlin area) de compositions pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019amiti\u00e9 entre l\u2019Allemagne, France et la Pologne. Nous avons jou\u00e9 dans les trois pays pour pr\u00e9senter ces musiques. Le projet fut ensuite pr\u00e9sent\u00e9 au Parlement de Rome, pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019anniversaire des Trait\u00e9s de Rome. Vu le succ\u00e8s des concerts, je d\u00e9cidai\u00a0d\u2019enregistrer un album r\u00e9unissant ces musiques et \u00e9largissant le groupe &#8211; alors constitu\u00e9 de musiciens allemands, polonais et fran\u00e7ais &#8211; en invitant des musiciens am\u00e9ricains et en sortant mes origines italiennes. <em>Moving People<\/em> est n\u00e9 ainsi. La th\u00e9matique centrale est donc\u00a0socio-anthropologique,\u00a0si j\u2019ose dire. Oui, exil, migration, guerres, ainsi qu\u2019empathie et espoir. Les divers titres sont assez \u00ab parlants\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0<em>Moving People<\/em> \u00bb, \u00ab\u00a0<em>The Sea Behind<\/em> \u00bb, \u00ab\u00a0<em>Children WalkIng (through a minefield)<\/em> \u00bb, \u00ab\u00a0<em>Street\u00a0Sc\u00e8nes<\/em> \u00bb, etc. Des th\u00e8mes tr\u00e8s actuel, h\u00e9las. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Propos recueillis par Franck M\u00e9dioni<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Songs for Chet, Songs for now<\/strong> de <strong>Riccardo Del Fra<\/strong> par <strong><a href=\"https:\/\/www.fremeaux.com\/fr\/\">Les \u00c9ditions Fr\u00e9meaux &amp; Associ\u00e9s<\/a><\/strong>.<strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9 Photos Roshanak<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rencontre avec le contrebassiste Riccardo Del Fra qui vient de publier un coffret de trois disques, Songs for Chet, Songs for Now. 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