{"id":45096,"date":"2026-02-15T18:35:01","date_gmt":"2026-02-15T17:35:01","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=45096"},"modified":"2026-02-16T02:54:16","modified_gmt":"2026-02-16T01:54:16","slug":"rip-michel-portal-27-11-1935-12-02-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/rip-michel-portal-27-11-1935-12-02-2026\/","title":{"rendered":"RiP Michel Portal 27\/11\/1935 \u2013 12\/02\/2026"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Plut\u00f4t que de r\u00e9diger une n\u00e9crologie de plus, nous avons choisi de publier, en hommage \u00e0 Michel Portal d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 12 f\u00e9vrier dernier \u00e0 90 ans, une interview du musicien, r\u00e9alis\u00e9e en 2004 pour le magazine italien Jazzit, et donc in\u00e9dite en Fran\u00e7ais et en Anglais.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Ses doutes et ses rires, son enthousiasme et sa col\u00e8re, de vieux souvenirs et de nouveaux projets&#8230; Michel Portal parle avec la spontan\u00e9it\u00e9 d&rsquo;un jeune gar\u00e7on et l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un vieil homme habitu\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne. Paradoxes et contradictions d&rsquo;un musicien qui, depuis plus de 50 ans, n&rsquo;a de cesse d&rsquo;explorer le monde de la musique sous toutes ses formes.\u00a0 Je vois qu&rsquo;il a pris beaucoup de disques du service de presse d&rsquo;Universal, entre autres une r\u00e9\u00e9dition de \u00ab\u00a0<em>Come Bach<\/em>\u00a0\u00bb du saxophoniste Pierre Gossez, une musique typique des ann\u00e9es 60. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Vous \u00eates nostalgique de cette \u00e9poque ?<\/em> <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Non, pas sp\u00e9cialement, mais j&rsquo;ai bien connu ce musicien, qui est maintenant presque oubli\u00e9. Nous avons jou\u00e9 ensemble en studio pour des \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9s. A l&rsquo;\u00e9poque on avait beaucoup d&rsquo;engagements parce qu&rsquo;on \u00e9tait de bons lecteurs et parce qu&rsquo;au besoin, on pouvait jouer dans le style de Lee Konitz ou de Bud Shank&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">On avait une admiration totale pour les am\u00e9ricains, on les \u00e9coutait tout le temps, donc, si vous \u00e9tiez un bon instrumentiste et que vous aviez une petite oreille ce n&rsquo;\u00e9tait pas difficile de les imiter. On en avait vu tellement jouer \u00e0 Paris : Stan Getz, Johnny Griffin, Bud Powell, Chet Baker&#8230; Ce qui me fait penser \u00e0 cette p\u00e9riode, en red\u00e9couvrant ce disque de Gossez, c&rsquo;est que lui, comme beaucoup d&rsquo;autres, n&rsquo;a jamais perc\u00e9 alors que d&rsquo;autres &#8211; comme moi &#8211; ont fait carri\u00e8re. Dans les ann\u00e9es o\u00f9 on jouait c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, en studio, on parlait d&rsquo;argent &#8211; parce que finalement les musiciens parlaient souvent d&rsquo;argent &#8211; ou de musique, de femmes, mais aucun de nous n&rsquo;a pens\u00e9 \u00e0 faire carri\u00e8re. Nous vivions de musique et n&rsquo;essayions pas de nous faire un nom.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-45091\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/HEAR-PALMER-2010-by-Michel-Portal-Yaron-Herman-\u2014-\u00a9-Guy-Le-Querrec-Sergine-Laloux.png\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"520\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/HEAR-PALMER-2010-by-Michel-Portal-Yaron-Herman-\u2014-\u00a9-Guy-Le-Querrec-Sergine-Laloux.png 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/HEAR-PALMER-2010-by-Michel-Portal-Yaron-Herman-\u2014-\u00a9-Guy-Le-Querrec-Sergine-Laloux-300x184.png 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/HEAR-PALMER-2010-by-Michel-Portal-Yaron-Herman-\u2014-\u00a9-Guy-Le-Querrec-Sergine-Laloux-768x470.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/span><\/em><\/p>\n<p>Hear Palmer 2010 by Michel Portal &amp; Yaron Herman \u2014 \u00a9 Guy Le Querrec &amp; Sergine Laloux<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Qu&rsquo;est-ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 sortir de l&rsquo;admiration pour les Am\u00e9ricains et \u00e0 devenir l&rsquo;un des principaux repr\u00e9sentants du jazz fran\u00e7ais contemporain ? <\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A l&rsquo;origine il y a mai 1968 et l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Paris de tous ces Noirs am\u00e9ricains qui faisaient de la musique libre : Archie Shepp, l&rsquo;Art Ensemble of Chicago&#8230; Ils \u00e9taient l\u00e0, on les voyait, on les \u00e9coutait jouer et on pouvait jouer avec eux sans avoir \u00e0 \u00eatre en position de sidemen. Ils \u00e9taient totalement ouverts \u00e0 partager leurs id\u00e9es sur leur jeu et nous ont encourag\u00e9s \u00e0 puiser dans notre folklore. Cela nous a vraiment ouvert de nouvelles possibilit\u00e9s, pour moi comme pour Henri Texier, Fran\u00e7ois Tusques, Bernard Lubat&#8230; C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 la collectivit\u00e9 et le partage \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9sents. Apr\u00e8s tout, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que j&rsquo;ai appel\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Unit<\/em>\u00a0\u00bb le groupe que j&rsquo;ai fond\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et avec qui j&rsquo;ai enregistr\u00e9 ce fameux album au festival de Ch\u00e2teauvallon en &rsquo;72.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Et c&rsquo;est aussi \u00e0 cette \u00e9poque que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 rencontrer d&rsquo;autres musiciens europ\u00e9ens qui adh\u00e9raient \u00e0 ce mouvement : John Surman (s), Albert Mangelsdorff (tb), Pierre Favre (dm)&#8230; Tout le monde, plus ou moins, cherchait quelque chose qui allait dans le m\u00eame sens. Mais je me suis vite lass\u00e9 de cette dimension collective. Bient\u00f4t j&rsquo;ai acquis la conviction que ce que j&rsquo;avais compos\u00e9 jusqu&rsquo;alors, ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture duquel j&rsquo;avais grandement contribu\u00e9, m&rsquo;appartenait et donc que je pouvais y mettre mon nom. A partir de ce moment, \u00e0 cause de ma vision des choses, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 ne pas \u00eatre particuli\u00e8rement bien vu, et certains coll\u00e8gues m&rsquo;en veulent encore. On a beaucoup parl\u00e9 du collectif, mais quelques probl\u00e8mes d&rsquo;argent ou de droits d&rsquo;auteur ont suffi \u00e0 faire craquer cette belle unit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Aujourd&rsquo;hui, ce jeu \u00ab libre \u00bb vous le pratiquez surtout en duo avec Bernard Lubat, comme le montre un DVD r\u00e9cemment sorti. <\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C&rsquo;est vrai, et on s&rsquo;amuse beaucoup, ce qui n&rsquo;est pas toujours le cas avec les jeunes musiciens ou avec ceux de ma g\u00e9n\u00e9ration qui se sont \u00ab institutionnalis\u00e9s \u00bb. Lubat et moi sommes tr\u00e8s diff\u00e9rents : il est tr\u00e8s port\u00e9 sur les questions sociales et politiques, il est enclin \u00e0 la provocation alors que pour ma part je ne m&rsquo;exprime jamais verbalement lors de nos concerts. Ce n&rsquo;est pas que j&rsquo;y pense moins, mais si j&rsquo;exprimais ce que je ressens, je pourrais \u00eatre tr\u00e8s violent et agresser le public, car l&rsquo;\u00e9poque actuelle m&rsquo;ennuie ou me d\u00e9go\u00fbte \u00e0 bien des \u00e9gards, et si je commen\u00e7ais \u00e0 parler de ce sujet je serais capable d\u2019aller loin. Avec Lubat nous nous sommes assign\u00e9 des r\u00f4les, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des clowns du cirque : l&rsquo;un s&rsquo;excite et fait rire le public, l&rsquo;autre reste l\u00e0 flegmatique, na\u00eff ou r\u00eaveur.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Tout \u00e0 l\u2019heure vous racontiez comment vous avez rencontr\u00e9 vos confr\u00e8res europ\u00e9ens, mais ces derni\u00e8res ann\u00e9es vos collaborations semblent plus orient\u00e9es vers des musiciens am\u00e9ricains : Jack DeJohnette, Joey Baron, Michael Bland et Sonny Thompson, ou encore Tony Malaby, sur votre dernier disque&#8230;<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C&rsquo;est la curiosit\u00e9 qui me pousse vers eux. L&rsquo;environnement fran\u00e7ais m&rsquo;ennuie un peu et je cherche toujours de nouveaux partenaires pour me stimuler : r\u00e9cemment le pianiste isra\u00e9lien Yaron Herman, \u00a0il y a quelques ann\u00e9es le guitariste Sylvain Luc, qui comme moi vient du pays basque. Quand ils me sont propos\u00e9s ou quand d&rsquo;autres musiciens sont amen\u00e9s \u00e0 me rencontrer, ce qui m&rsquo;attire c&rsquo;est surtout le son, l&rsquo;approche de la musique. Chez les am\u00e9ricains il y a un tel professionnalisme que lorsque vous leur proposez quelque chose ils l&rsquo;assimilent tout de suite et \u00e0 partir de l\u00e0 vous pouvez ensuite d\u00e9velopper les choses. A partir du moment o\u00f9 ils ont compris le morceau, ils se l&rsquo;approprient et font leurs propositions. Il y a donc un vrai \u00e9change tant que dure le concert, m\u00eame si je sais qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucun risque qu&rsquo;ils me rappellent apr\u00e8s leur retour aux Etats-Unis ou apr\u00e8s mon d\u00e9part, si c&rsquo;est moi qui suis all\u00e9 enregistrer avec eux.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">L&rsquo;autre aspect int\u00e9ressant, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne me connaissent pas, ils ne se sentent pas handicap\u00e9s par la comparaison avec une \u00ab\u00a0l\u00e9gende du jazz fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, d\u00e9finition qui me p\u00e8se. Je pense que mon c\u00f4t\u00e9 voyageur, explorateur insatiable, explique en partie que je ne me suis jamais pos\u00e9 le probl\u00e8me de carri\u00e8re et le fait de ne jamais avoir gard\u00e9 un groupe longtemps. Je suis insatisfait de nature, jamais satisfait de moi-m\u00eame, et ces doutes &#8211; qui ne sont pas toujours faciles \u00e0 vivre &#8211; me maintiennent dans une situation de recherche permanente. L&rsquo;autre aspect des choses est que je d\u00e9teste m&rsquo;ennuyer et quand cela arrive, je commence \u00e0 chercher quelque chose de nouveau et de stimulant.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Cela expliquerait-il aussi votre c\u00f4t\u00e9 multi-instrumentiste ? De la clarinette au saxophone, jusqu&rsquo;au bandon\u00e9on&#8230; <\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Cela s&rsquo;explique principalement par ma curiosit\u00e9 et mon int\u00e9r\u00eat pour les voyages, r\u00e9els ou imaginaires. Le bandon\u00e9on, un voisin en jouait quand j&rsquo;\u00e9tais gosse, \u00e0 Bayonne. J&rsquo;aimais ce son et le look de cette bo\u00eete pleine de boutons, alors je me suis mis \u00e0 trainer dans le coin quand il jouait et il a fini par m&rsquo;apprendre les bases. Apr\u00e8s cela, j&rsquo;ai continu\u00e9 seul, avant de prendre des cours avec un professeur argentin. Mais c&rsquo;\u00e9tait la m\u00eame chose avec la batterie ou la contrebasse, que j&rsquo;ai aussi \u00e9tudi\u00e9es au conservatoire. J&rsquo;\u00e9tais int\u00e9ress\u00e9 par tous les outils sur lesquels je pouvais mettre la main et j&rsquo;ai toujours r\u00e9ussi \u00e0 en tirer quelque chose. A l&rsquo;\u00e9cole, pourtant, je ne faisais rien, je m&rsquo;ennuyais \u00e0 mourir. Ce qu&rsquo;on voulait m&rsquo;apprendre ne me faisait ni r\u00eaver ni voyager.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Et est-ce toujours votre curiosit\u00e9 qui vous a pouss\u00e9 vers diff\u00e9rents types de musique ? Peu d&rsquo;autres musiciens pratiquent la musique classique, contemporaine et le jazz comme vous, sans parler du travail en studio pour la vari\u00e9t\u00e9, ou la danse, quand vous \u00e9tiez plus jeune.<\/em> <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J&rsquo;aime relever des d\u00e9fis, je n&rsquo;aime pas rester dans un poste fixe. Passer du saxophone alto pour un spectacle de vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 la clarinette pour un concert de Mozart a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9fi qui m&rsquo;a stimul\u00e9. C&rsquo;est aussi pour cette raison qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore je veux rester au plus haut niveau de pratique instrumentale, \u00eatre pr\u00eat si vous faites appel \u00e0 moi pour pouvoir accepter une partition difficile, car je me sens capable de la jouer. Je m&rsquo;exerce tous les jours pendant des heures sur l&rsquo;instrument, pour maintenir cette forme physique, indispensable pour que les doigts et les l\u00e8vres r\u00e9pondent \u00e0 ce qu&rsquo;on leur demande. Et c&rsquo;est exactement cette attitude que je respecte chez des musiciens comme Tony Malaby. Lorsqu&rsquo;il est arriv\u00e9 en studio, il avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 sur un morceau difficile que je lui avais envoy\u00e9e quelque temps auparavant. Une fois sur place, l&rsquo;aspect technique n&rsquo;\u00e9tait plus un probl\u00e8me et nous avons vraiment commenc\u00e9 un \u00e9change. En France, je trouve que les jeunes sont beaucoup plus paresseux. Une fois dipl\u00f4m\u00e9, tout le monde veut devenir un leader et faire un disque tout de suite, mais rares sont ceux qui travaillent vraiment l&rsquo;instrument \u00e0 un haut niveau. Je sais qu&rsquo;en disant ces choses, je ressemble encore une fois \u00e0 un vieux grincheux, mais j&rsquo;ai v\u00e9cu des moments o\u00f9 le rapport \u00e0 la musique \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent, m\u00eame si je ne suis pas particuli\u00e8rement nostalgique.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Nous n&rsquo;avons pas encore parl\u00e9 d&rsquo;un aspect de votre m\u00e9tier &#8211; que vous semblez d&rsquo;ailleurs mettre de c\u00f4t\u00e9 depuis un certain temps &#8211; : la composition de musique de film. <\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J&rsquo;y suis arriv\u00e9 \u00e0 cause de quelques rencontres, et m\u00eame dans ce cas c&rsquo;est la nouveaut\u00e9 qui m&rsquo;a attir\u00e9. Mais c&rsquo;est un travail qui peut \u00eatre tr\u00e8s contraignant : on vous demande un suspense de 12 secondes et vous devez mettre en \u0153uvre les clich\u00e9s habituels des musiques de films d&rsquo;action dans une si petite marge que n&rsquo;importe qui aurait pu le faire \u00e0 votre place. Une fois que vous l&rsquo;avez fait deux ou trois fois, vous apprenez les trucs, et puis il n&rsquo;y a plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Au contraire, quand Nagisa Oshima [pour son film <em>Max Mon Amour<\/em>, avec Charlotte Rampling, ndlr] me dit de penser \u00e0 un paysage dont il \u00e9voque lui-m\u00eame les caract\u00e9ristiques, et de cr\u00e9er une ambiance sonore \u00e0 partir de l\u00e0, on est dans une autre dimension : il y a un vrai travail \u00e0 faire, dans lequel la po\u00e9sie et l&rsquo;imaginaire interviennent. Mais tous les r\u00e9alisateurs de films ou de documentaires n&rsquo;ont pas cette stature. En peu de temps j&rsquo;ai eu la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre bon dans ce domaine, car je suis un perfectionniste, et beaucoup m&rsquo;ont appel\u00e9. J&rsquo;ai aussi acquis une certaine reconnaissance, mais comme je ne suis jamais all\u00e9 chercher les prix, parce que je d\u00e9teste ce genre de c\u00e9r\u00e9monie, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 dire du mal de moi, dans le monde des bandes originales, et du coup ils m&rsquo;appelaient de moins en moins&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais vous n&rsquo;aimez appartenir \u00e0 aucun milieu&#8230; <\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C&rsquo;est vrai. Il semblerait que je sois comme \u00e7a : j&rsquo;\u00e9cris des musiques de films qui sont appr\u00e9ci\u00e9es, mais ensuite je prends mes distances et je ne vais pas r\u00e9cup\u00e9rer ma statuette. Je joue avec des musiciens free europ\u00e9ens, mais je suis en d\u00e9saccord avec eux car je veux signer mes compositions. Je pars enregistrer \u00e0 Minneapolis et les critiques fran\u00e7ais discr\u00e9ditent violemment mon disque et disent que je m\u00e9prise le jazz fran\u00e7ais&#8230; Je sais que j&rsquo;ai un mauvais caract\u00e8re et qu&rsquo;il peut \u00eatre tr\u00e8s difficile de traiter avec moi, mais je pense que je suis honn\u00eate dans ma propre recherche de nouveaut\u00e9. Mon probl\u00e8me est un peu celui des nomades par rapport aux s\u00e9dentaires : les gens stables, qui forment des clans, des castes, qui construisent des villes, n&rsquo;aiment pas trop les gitans qui font du bruit, font la f\u00eate, sont instables&#8230; A l\u2019\u00e9poque que nous vivons actuellement nous sommes de moins en moins enclins \u00e0 faire la f\u00eate, \u00e0 nous amuser, et de plus en plus enclins \u00e0 la stabilit\u00e9. Vous voyez, par exemple, je n&rsquo;ai pas de t\u00e9l\u00e9phone portable ou d&rsquo;e-mail. C&rsquo;est mon choix : je n&rsquo;ai rien \u00e0 voir avec ces gadgets. Et pourtant je sonne pareil. Si c&rsquo;est moi qu\u2019on veut embaucher, on fait ce qu&rsquo;il y a \u00e0 faire pour me trouver, et on me trouve !\u00a0<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/6SUqpA2uFuQMo8RDRMSOTj?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/1V0gmLFyZqSZfEo7aTu7QU?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ref : L&rsquo;excellent ouvrage photographique de Guy le Querrec <a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/guy-le-querrec-michel-portal-au-fur-et-a-mesures\/\">chroniqu\u00e9 ici<\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9Photo Header par Quy le Querrec\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9Photo Couverture par Jacques Pauper pour Couleurs Jazz<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plut\u00f4t que de r\u00e9diger une n\u00e9crologie de plus, nous avons choisi de publier, en hommage \u00e0 Michel Portal d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 12 f\u00e9vrier dernier \u00e0 90 ans, une interview du musicien,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":178,"featured_media":45087,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13],"tags":[1181],"class_list":{"0":"post-45096","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"tag-michel-portal-fr"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45096","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/178"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45096"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45096\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45120,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45096\/revisions\/45120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45087"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45096"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45096"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45096"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}