{"id":42949,"date":"2025-03-13T18:07:13","date_gmt":"2025-03-13T17:07:13","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=42949"},"modified":"2025-03-13T18:42:37","modified_gmt":"2025-03-13T17:42:37","slug":"les-alchimies-discretes-dhenri-crolla-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/les-alchimies-discretes-dhenri-crolla-entretien\/","title":{"rendered":"Les Alchimies Discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla &#8211; Entretien"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>St\u00e9phane Carini publie un livre<em>, Les alchimies discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla, <\/em>et un coffret de deux CDs aux Editions Fr\u00e9meaux, sur un musicien singulier \u00e0 la trajectoire m\u00e9t\u00e9orique (1920-1960) : le guitariste Henri Crolla. Entretien. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mon \u00e9veil \u00e0 la musique est indissociable de ma prime enfance\u2026 En effet, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 8 ans, mon p\u00e8re (guitariste, auteur-compositeur pour Yves Montand et Francis Lemarque), m\u2019a initi\u00e9 au jazz dans sa majest\u00e9\u00a0: Louis Armstrong, Ben Webster, Ella Fitzgerald, Oscar Peterson et bien s\u00fbr Django Reinhardt et St\u00e9phane Grappelli. Mais tr\u00e8s vite, il a attir\u00e9 mon attention sur la diversit\u00e9 des expressions, l\u2019\u00e9clectisme (ce qui pour lui signifiait\u00a0: la chanson mais aussi Bach, Debussy, Ravel). Fort logiquement, mon p\u00e8re m\u2019a donc fait \u00e9couter un \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb guitariste, qui avait beaucoup \u00e9cout\u00e9 Django mais qui \u00e9tait parvenu \u00e0 se forger sa propre personnalit\u00e9, c\u2019\u00e9tait <strong>Henri Crolla<\/strong> (les faces splendides avec Maurice Vander et Maurice Meunier). Je n\u2019ai pas imm\u00e9diatement \u00ab\u00a0accroch\u00e9\u00a0\u00bb, capt\u00e9 (et captif\u00a0!) que j\u2019\u00e9tais par la flamboyance sans limites de Django, par le swing et l\u2019entente complice avec Grappelli\u2026 Mais j\u2019ai retenu le conseil et c\u2019est cela m\u00eame \u2013 \u00e9largir la palette des sons et des univers musicaux \u2013 qui m\u2019a guid\u00e9, vers ma vingti\u00e8me ann\u00e9e, apr\u00e8s avoir longuement explor\u00e9 la r\u00e9volution bebop, vers Wayne Shorter lors de la r\u00e9\u00e9dition d\u2019un de ses chefs d\u2019\u0153uvre par Blue Note\u00a0:\u00a0<em>Speak No Evil<\/em>.\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong><em>Les alchimies discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce livre <em>Les alchimies discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla <\/em>est un projet assez ancien. Comme vous le savez, le jazz fran\u00e7ais a longtemps \u00e9t\u00e9 le parent pauvre des r\u00e9\u00e9ditions\u2026 Il a fallu la pers\u00e9v\u00e9rance de deux labels, Universal Music (la d\u00e9sormais fameuse collection \u00ab\u00a0<em>Jazz in Paris<\/em>\u00a0\u00bb) et Fresh Sound, pour \u00eatre en mesure de r\u00e9\u00e9couter des jazzmen tels Guy Laffitte, Bernard Peiffer, Maurice Vander, Christian Chevallier, et donc <strong>Henri Crolla<\/strong>\u2026 et ce, pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s qu\u2019ils aient grav\u00e9 les disques de leur maturit\u00e9. Concernant <strong>Crolla<\/strong>, je restais n\u00e9anmoins sur ma faim apr\u00e8s trois superbes r\u00e9\u00e9ditions pr\u00e9sent\u00e9es par le si talentueux Alain Tercinet\u2026 Outre de le ramener presque toujours \u00e0 Django, personne ne semblait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la musique qu\u2019il avait tr\u00e8s abondamment grav\u00e9e en dehors du jazz \u2026 En quoi consistait-elle\u00a0? \u00c9tait-ce si justifi\u00e9 de d\u00e9laisser une quasi-d\u00e9cennie pass\u00e9e aupr\u00e8s de Montand, une demi-d\u00e9cennie \u00e0 composer pour le cin\u00e9ma\u00a0? J\u2019ai voulu en avoir le c\u0153ur net, ayant \u00e9t\u00e9 sensibilis\u00e9 par mon p\u00e8re \u00e0 la curiosit\u00e9 musicale de <strong>Crolla<\/strong>, \u00e0 la reconnaissance dont il b\u00e9n\u00e9ficiait de son vivant bien au-del\u00e0 du microcosme jazzistique, et je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u\u00a0! Quelle trajectoire, quelle facult\u00e9 d\u2019adaptation, quelle personnalit\u00e9 musicale\u00a0! A ce stade, je veux souligner que ce projet n\u2019aurait probablement pas vu le jour sans l\u2019appr\u00e9ciation port\u00e9e par Alain Gerber, sans le soutien et l\u2019efficacit\u00e9 aussi redoutables que chaleureux des \u00c9ditions Fr\u00e9meaux\u00a0; je leur exprime ma plus vive gratitude.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Jazz Crolla<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Que <strong>Crolla<\/strong> soit n\u00e9 en musique, c\u2019est certain, ses parents sont des musiciens ambulants, ils fuient l\u2019Italie alors que le fascisme acc\u00e8de au pouvoir, en octobre 1922 \u2013 <strong>Crolla<\/strong> a alors deux ans, il ne retrouvera son pays natal qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de son service militaire pendant la guerre (<strong>Crolla<\/strong> sera naturalis\u00e9 fran\u00e7ais en 1946). L\u2019orchestre familial s\u2019appelle \u00ab\u00a0<em>Jazz Crolla<\/em>\u00a0\u00bb mais durant les ann\u00e9es 1920\/1930, son r\u00e9pertoire est autant fait d\u2019ind\u00e9modables ritournelles (\u00ab\u00a0Je cherche apr\u00e8s Titine\u00a0\u00bb, compos\u00e9e en 1913 puis immortalis\u00e9e par Chaplin) que de th\u00e8mes plus ou moins syncop\u00e9s\u00a0; pour ce que l\u2019on en peut deviner\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le parcours musical <strong>d\u2019Henri Crolla<\/strong> est tr\u00e8s comparable \u00e0 celui de Django. Il faut souligner que le monde musical est \u00e0 l\u2019\u00e9poque beaucoup moins cloisonn\u00e9 qu\u2019il ne le sera par la suite\u00a0: accompagnement d\u2019accord\u00e9onistes et de chanteurs, fr\u00e9quentation intensive des clubs de jazz, coop\u00e9ration avec les jazzmen am\u00e9ricains du moment, tr\u00e8s pr\u00e9sents dans la capitale \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Apr\u00e8s-guerre, <strong>Crolla<\/strong> s\u2019impose tr\u00e8s vite comme le digne successeur de Django (qu\u2019il croise \u00e0 l\u2019\u00e2ge de douze ans et dont le g\u00e9nie l\u2019a tout de suite marqu\u00e9), il se fait notamment conna\u00eetre au sein des formations du pianiste L\u00e9o Chauliac (par ailleurs compositeur prolixe pour Charles Tr\u00e9net \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque) mais ce n\u2019est que bien plus tard, au milieu des ann\u00e9es cinquante, qu\u2019il enregistrera ses faces jazz en leader, couronn\u00e9es en 1958 par un tr\u00e8s bel hommage \u00e0 Django, de la part de \u00ab\u00a0ses compagnons\u00a0\u00bb (car sont aussi sollicit\u00e9s St\u00e9phane Grappelli, Andr\u00e9 Ekyan et Hubert Rostaing ainsi que Maurice Vander, entre autres). En effet, entre-temps, <strong>Crolla<\/strong> est devenu l\u2019accompagnateur d\u2019Yves Montand. Cette complicit\u00e9 va durer jusqu\u2019en 1956 et, \u00e0 cette date, il est de plus en plus sollicit\u00e9 par la musique de films.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Lorsqu\u2019on pr\u00eate quelque attention au parcours de <strong>Crolla<\/strong> (mort on ne peut plus pr\u00e9matur\u00e9ment en 1960, \u00e0 40 ans), une caract\u00e9ristique de sa d\u00e9marche retient l\u2019attention\u00a0: le d\u00e9cloisonnement, une curiosit\u00e9 insatiable. <strong>Crolla<\/strong> ne sacralise nullement le jazz auquel il ne souhaite pas \u00eatre r\u00e9duit \u2013 avec lucidit\u00e9, il craint les comparaisons r\u00e9ductrices avec son mentor, Django \u2013, il souhaite pouvoir explorer chaque domaine musical qui le fascine et y trouver une source nouvelle \u00e0 son inspiration et \u00e0 son expressivit\u00e9. J\u2019en donne quelques exemples dans le livre\u00a0: ses qualit\u00e9s instrumentales ou musicales se retrouvent avec un m\u00eame niveau d\u2019intensit\u00e9, d\u2019\u00e0-propos, dans la chanson, le cin\u00e9ma, les pi\u00e8ces po\u00e9tiques avec Pr\u00e9vert et, bien entendu, le jazz.\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Henri Crolla &amp; Yves Montand<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Crolla<\/strong>, qui aime beaucoup le format \u00ab\u00a0chanson\u00a0\u00bb, l\u2019utilise pour mettre en valeur sa technique, sa diversit\u00e9 d\u2019inspiration, son humour aussi bien ainsi que son sens de l\u2019intensit\u00e9 dramatique. Il \u00e9volue alors dans un contexte id\u00e9al car Montand, qui doit par ailleurs beaucoup \u00e0 <strong>Crolla<\/strong> au plan humain, est aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019un prestige qu\u2019on peine \u00e0 imaginer aujourd\u2019hui\u00a0: 3-6 mois au Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00c9toile, des salles combles, une ferveur populaire palpable dans les enregistrements r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sans parler de la r\u00e9volution que Montand a patiemment ourdie\u00a0: un one-man-show int\u00e9gral, les accompagnateurs sont au second plan, derri\u00e8re un rideau\u00a0de tulle !<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Crolla<\/strong> ne s\u2019y trompe pas, il trouve l\u00e0 un champ d\u2019une richesse inou\u00efe pour la profusion de ses talents\u00a0: rythmicien sans \u00e9gal, soliste jazz (Montand lui en laisse souvent l\u2019espace), fabuleux coloriste et v\u00e9ritable metteur en sc\u00e8ne musical\u00a0: des pi\u00e8ces comme \u00ab\u00a0<em>La Complainte de Mandrin\u00a0<\/em>\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>Les Enfants Qui S\u2019Aiment<\/em>\u00a0\u00bb illustrent cette-derni\u00e8re qualit\u00e9. Il n\u2019y avait aucune raison, tu le vois, de ne pas d\u00e9fricher le domaine de la chanson pour illustrer les talents multiples de <strong>Crolla<\/strong>\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Henri Crolla &amp; Jacques Pr\u00e9vert<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est quelque chose de tr\u00e8s secret, dans le m\u00eame temps de tr\u00e8s sensible, qui rel\u00e8ve d\u2019une extraordinaire complicit\u00e9 \u2026 quasiment filiale (le biographe de r\u00e9f\u00e9rence de Pr\u00e9vert, Yves Courri\u00e8re, en parle tr\u00e8s bien).\u00a0 J\u2019ai moi-m\u00eame d\u00e9couvert tardivement les faces o\u00f9 l\u2019on entend Pr\u00e9vert dire une trentaine de ses textes, parfois tr\u00e8s brefs, accompagn\u00e9 par la seule guitare de <strong>Crolla<\/strong>. Pour \u00eatre pr\u00e9cis, il y a eu deux s\u00e9ries d\u2019enregistrements, en 1954 puis en 1960. L\u00e0 encore, <strong>Crolla <\/strong>ne se comporte pas en simple accompagnateur, il d\u00e9termine \u00e0 plusieurs reprises l\u2019espace m\u00eame des pi\u00e8ces sur lesquelles il a compos\u00e9 quasiment dans l\u2019instant certaines des plus belles m\u00e9lodies des ann\u00e9es cinquante, qui le rapprochent \u00e0 mon sens d\u2019un musicien lui aussi mort pr\u00e9matur\u00e9ment et qui avait \u0153uvr\u00e9 aussi bien dans le champ de la musique classique que dans celui du cin\u00e9ma\u00a0: Maurice Jaubert. Par ailleurs, il convient de souligner la violence qui irrigue un grand nombre de pi\u00e8ces, particuli\u00e8rement celles interpr\u00e9t\u00e9es en 1960, \u00ab\u00a0<em>Chanson Dans le Sang<\/em>\u00a0\u00bb et autres. Le m\u00e9rite de <strong>Crolla<\/strong> \u00e0 s\u2019exprimer dans ce cadre, \u00e0 superposer son propre univers po\u00e9tique \u00e0 celui de Pr\u00e9vert, n\u2019en est que plus impressionnant\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Henri Crolla &amp; Edith Piaf<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Crolla<\/strong> et Piaf, qui ont commenc\u00e9 leur parcours de la m\u00eame mani\u00e8re, \u00e0 la terrasse des bistrots, se connaissent de longue date, <strong>Crolla<\/strong> est un des rares intimes que Piaf a convi\u00e9 \u00e0 d\u00eener avant son d\u00e9part pour les Etats-Unis, <strong>Crolla<\/strong> a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Piaf un jeune compositeur qui \u00e9crira \u00ab\u00a0<em>Milord\u00a0<\/em>\u00bb pour elle, il se nomme Georges Moustaki \u2026 et le texte de Pr\u00e9vert \u00ab\u00a0<em>Cri du C\u0153ur<\/em>\u00a0\u00bb traduit, je crois, la force de vie, le d\u00e9passement que l\u2019un et l\u2019autre opposaient sans cesse \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance\u2026 J\u2019esp\u00e8re en avoir bien parl\u00e9\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Henri Crolla et le cin\u00e9ma<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Crolla<\/strong> et le cin\u00e9ma, c\u2019est un d\u00e9fi d\u2019une audace folle si l\u2019on veut bien se souvenir qu\u2019aucun jazzman, en France mais aussi aux Etats-Unis, n\u2019avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque acc\u00e9d\u00e9 aux studios\u00a0; si l\u2019on veut noter par ailleurs que <strong>Crolla<\/strong>\u00e9tait bien le moins comp\u00e9tent &#8211; techniquement &#8211; pour r\u00e9aliser les bandes-son des films de l\u2019\u00e9poque (il ne ma\u00eetrise nullement les techniques d\u2019arrangement et d\u2019orchestration). C\u2019est la raison pour laquelle les g\u00e9n\u00e9riques illustrent tr\u00e8s souvent sa d\u00e9marche hautement coop\u00e9rative\u00a0: musiques sign\u00e9es Crolla\/Hodeir ou Crolla\/Rostaing. Dans le contexte des ann\u00e9es cinquante, le tandem Crolla\/Hodeir s\u2019est d\u2019abord attaqu\u00e9 au court-m\u00e9trage, d\u2019une impressionnante cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque (Resnais, Jessua, Franju se font remarquer en utilisant ce format, et sollicitent d\u2019ailleurs nos deux complices) puis, \u00e0 compter de 1955, <strong>Crolla<\/strong> a l\u2019opportunit\u00e9 de composer pour des longs-m\u00e9trages extr\u00eamement vari\u00e9s\u00a0: films dramatiques, com\u00e9dies, films \u00e0 sketches, etc. Enfin, ceux qui le connaissaient bien n\u2019ont nullement \u00e9t\u00e9 surpris lorsqu\u2019il est pass\u00e9 devant l\u2019\u00e9cran, comme l\u2019illustre par exemple \u00ab\u00a0<em>Le Bonheur Est Pour Demain<\/em>\u00a0\u00bb o\u00f9 <strong>Crolla<\/strong>, qui y tenait beaucoup, c\u00f4toie son \u00ab\u00a0fils adoptif\u00a0\u00bb, un certain Jacques Higelin\u2026\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Le \u00ab\u00a0son Crolla \u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le son <strong>Crolla<\/strong>, c\u2019est une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0signature musicale\u00a0\u00bb, imm\u00e9diatement reconnaissable\u00a0! Les diff\u00e9rents publics ne s\u2019y trompent pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque et, aujourd\u2019hui encore, l\u2019impact est l\u00e0\u00a0: d\u00e8s les premi\u00e8res notes, que per\u00e7oit-on\u00a0? A l\u2019\u00e9vidence, quelqu\u2019un qui a \u00e9cout\u00e9 Django, qui l\u2019a intimement compris mais, dans le m\u00eame temps, une vibration si singuli\u00e8re, si chaleureuse, si \u00e9mouvante\u00a0! Une interpr\u00e9tation de <strong>Crolla<\/strong>, c\u2019est vocal, l\u2019art de chanter, de conter, de susurrer\u2026 Comme <strong>Crolla<\/strong>l\u2019utilise avec beaucoup d\u2019\u00e0-propos, on ne rel\u00e8ve pas souvent la technique d\u2019une redoutable pr\u00e9cision qui est la sienne\u00a0; et cette \u00ab\u00a0signature\u00a0\u00bb c\u2019est un art de la note (vibrato, inflexions) incomparable, un signe de ralliement complice dont les bornes portent les noms de Montand, de Piaf, de Brigitte Bardot, de Mouloudji\u00a0! Mais, je me permets d\u2019y insister, le jeu de <strong>Crolla<\/strong> n\u2019est en rien r\u00e9ductible \u00e0 cet aspect et s\u2019il faut mentionner une autre caract\u00e9ristique tr\u00e8s forte de son jeu, c\u2019est cette aptitude \u00e0 ciseler dans l\u2019instant ce que j\u2019ai appel\u00e9 de v\u00e9ritables \u00ab\u00a0soleils musicaux\u00a0\u00bb, des conclusions d\u2019une po\u00e9sie et d\u2019une incomparable beaut\u00e9 \u2013 il y en a plusieurs exemples dans le coffret Fr\u00e9meaux.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><strong>Le vagabondage d\u2019Henri Crolla<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le vagabondage d\u2019<strong>Henri Crolla <\/strong>est un point qui charpente tout le livre\u2026 cela am\u00e8ne \u00e0 souligner l\u2019aptitude de <strong>Crolla<\/strong> de passer d\u2019un domaine \u00e0 l\u2019autre et de s\u2019y exprimer avec la m\u00eame pertinence, la m\u00eame pl\u00e9nitude. Tous les grands musiciens n\u2019ont pas cette capacit\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re que les grands \u00e9crivains (romanciers ou auteurs de th\u00e9\u00e2tre) n\u2019ont pas tous l\u2019aptitude \u00e0 \u00e9crire de \u00ab\u00a0simples\u00a0\u00bb paroles de chansons. C\u2019est quelque chose de tr\u00e8s moderne, raison pour laquelle j\u2019avance un rapprochement qui pourra para\u00eetre audacieux\u00a0: finalement, le parcours de <strong>Crolla<\/strong>, anticipe, avec beaucoup moins de moyens techniques, les trajectoires d\u2019un Lalo Schifrin ou d\u2019un Michel Legrand\u00a0! O\u00f9 se serait-il arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 sa tr\u00e8s prometteuse carri\u00e8re d\u2019acteur\u00a0? \u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Propos recueillis par <strong>Franck M\u00e9dioni<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Les alchimies discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla<\/strong>,<\/em> un livre et un coffret de 2 CDs de St\u00e9phane Carini, Editions Fr\u00e9meaux.<\/span><\/p>\n<p>\u00a9Photo Couverture Fanny Ritz<\/p>\n<p>\u00a9Photo Header tir\u00e9e du film, <span style=\"font-size: 12pt;\">Pr\u00e9vert et Crolla &#8211; extraits \u00ab\u00a0La pluie et le Beau temps\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>St\u00e9phane Carini publie un livre, Les alchimies discr\u00e8tes d\u2019Henri Crolla, et un coffret de deux CDs aux Editions Fr\u00e9meaux, sur un musicien singulier \u00e0 la trajectoire m\u00e9t\u00e9orique (1920-1960) : le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":329,"featured_media":42951,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13],"tags":[9383,9380,9382,9381],"class_list":{"0":"post-42949","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"tag-edith-piaf","10":"tag-henri-crolla","11":"tag-jacques-prevert","12":"tag-yves-montand"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42949","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/329"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42949"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42949\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":42959,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42949\/revisions\/42959"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42951"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42949"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42949"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42949"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}