{"id":42845,"date":"2025-03-05T15:44:56","date_gmt":"2025-03-05T14:44:56","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=42845"},"modified":"2025-03-05T15:44:56","modified_gmt":"2025-03-05T14:44:56","slug":"jezo-vannier-le-jazz-et-la-mafia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jezo-vannier-le-jazz-et-la-mafia\/","title":{"rendered":"J\u00e9zo Vannier &#8211; Le Jazz et la Mafia"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Entretien avec Steven J\u00e9zo-Vannier qui a sign\u00e9 le livre <em>Music Connection<\/em> qui d\u00e9crit les liens entre la mafia et la musique am\u00e9ricaine.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mon parcours de m\u00e9lomane est celui d\u2019un simple amateur, n\u00e9 dans une famille qui aime et \u00e9coute de la musique, tout type de musique.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent d\u00e8s mon plus jeune \u00e2ge, \u00e0 travers les disques que ma m\u00e8re \u00e9coutait, surtout du jazz vocal f\u00e9minin. J\u2019ai gard\u00e9 en m\u00e9moire la voix d\u2019Ella Fitzgerald, dont les disques tournaient le samedi matin.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Cette musique ne m\u2019a jamais quitt\u00e9, m\u00eame si le rock s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 mon oreille par la suite, avec une pr\u00e9f\u00e9rence pour la sc\u00e8ne du San Francisco des ann\u00e9es soixante, \u00e0 laquelle j\u2019ai consacr\u00e9 mes premiers livres. Au fil des publications, j\u2019ai explor\u00e9 plus largement l\u2019histoire musicale am\u00e9ricaine dans son ensemble, remontant peu \u00e0 peu \u00e0 ses racines. L\u2019\u00e9criture successive des biographies de Frank Sinatra et Ella Fitzgerald m\u2019a ramen\u00e9 au jazz, un style revenu d\u00e9sormais au premier plan de mes \u00e9coutes quotidiennes.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Music Connection<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Tout commence justement avec les biographies de Sinatra et Fitzgerald, puis celle de Ma Rainey, \u00e0 l\u2019exploration du contexte de cr\u00e9ation musicale dans les ann\u00e9es vingt et trente. Le halo mafieux qui entoure la r\u00e9putation et la carri\u00e8re de Sinatra s\u2019est ajout\u00e9 \u00e0 des portraits et des t\u00e9moignages crois\u00e9s au hasard de lectures, justifiant des recherches plus approfondies sur l\u2019\u00e9troitesse du lien entre la musique et la p\u00e8gre dans l\u2019histoire am\u00e9ricaine. En d\u00e9pit d\u2019un domaine o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019omerta, les sources glan\u00e9es se sont mises \u00e0 parler, r\u00e9v\u00e9lant que partout o\u00f9 il y a eu \u00e9bullition musicale, la mafia prosp\u00e9rait, et inversement. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 surpris d\u2019observer cette communaut\u00e9 de destins \u00e0 travers tout le XXe si\u00e8cle.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La Nouvelle-Orl\u00e9ans et la p\u00e8gre<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est l\u00e0 que tout commence. La Nouvelle-Orl\u00e9ans est le berceau reconnu des musiques am\u00e9ricaines, end\u00e9miques des Etats-Unis. On le sait moins, mais la \u00ab\u00a0ville du bon temps \u00bb est aussi le premier refuge de la p\u00e8gre italo-sicilienne \u00e0 l\u2019aube du XXe si\u00e8cle. Elle est issue d\u2019une immigration rejet\u00e9e dans les marges. Elle y a mis la main sur le juteux business du divertissement. Au m\u00eame moment, le jazz, fruit d\u2019une autre minorit\u00e9 tenue en marge, prenait forme et s\u2019\u00e9panouissait dans les maisons de passe et les clubs mafieux de Storyville, le quartier rouge qui leur a servi de fertile cocon commun.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019une certaine fa\u00e7on, la p\u00e8gre est n\u00e9e avec la musique am\u00e9ricaine. Les musiciens de jazz se sont empar\u00e9s des sc\u00e8nes en m\u00eame temps que les crapules mafieuses s\u2019emparaient de l\u2019activit\u00e9 des clubs en coulisse. En devenant leurs patrons, les ca\u00efds ont scell\u00e9s une alliance officieuse, m\u00e9taphorique, avec les musiciens, qui ne devaient leur place qu\u2019\u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 remplir les \u00e9tablissements. Les termes de \u00ab\u00a0jass \u00bb (qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le \u00ab\u00a0jazz \u00bb) et de mafia sont d&rsquo;ailleurs apparus au m\u00eame moment \u00e0 Storyville, dans les ann\u00e9es 1890.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>\u00c0<\/strong><strong> eux la musique, \u00e0 nous tout le reste \u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La p\u00e8gre a stimul\u00e9 la cr\u00e9ativit\u00e9 de la musique. C\u2019est un contexte de stimulation conjointe. Par leur alliance, jazz et mafia ont trouv\u00e9 le moyen de s\u2019\u00e9panouir mutuellement. La p\u00e8gre a saisi l\u2019opportunit\u00e9 de remplir ses clubs en s\u2019attirant les faveurs des meilleurs groupes (par l\u2019intimidation quand les bons cachets ne suffisaient pas). Quant aux musiciens, ils ont profit\u00e9 d\u2019une totale libert\u00e9 artistique. Un boss mafieux avait ainsi r\u00e9sum\u00e9 : \u00ab\u00a0\u00e0 eux la musique, \u00e0 nous tout le reste \u00bb. Ce fut le cas \u00e0 La Nouvelle-Orl\u00e9ans comme dans chaque grande ville des Etats-Unis par la suite : Kansas City, New York, Chicago, etc. Et le ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 avec l\u2019instauration de la Prohibition, resserrant le lien de d\u00e9pendance entre jazzmen et r\u00e9seaux mafieux. Les groupes animaient les clubs clandestins en leur donnant une vitrine l\u00e9gale, tout en couvrant le bruit des verres d\u2019alcool de contrebande, voire de quelques coups de feu. Devant l\u2019affluence du public, les ca\u00efds ont compris alors que la musique pouvait \u00eatre plus qu\u2019un alibi ou une attraction, mais une r\u00e9elle source de revenus.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La mafia et le jazz<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La mafia a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 le premier employeur des musiciens, particuli\u00e8rement de jazz, qui ont \u00e9crit la bande-son des ann\u00e9es folles. La plupart des ca\u00efds avaient d\u2019ailleurs la r\u00e9putation de bien les payer et de les traiter avec respect, ce que les musiciens noirs avaient peu connu jusque-l\u00e0. Leurs contrats \u00e9taient automatiquement prolong\u00e9s, leur protection assur\u00e9e et leur libert\u00e9 artistique garantie. En \u00e9change, les musiciens devaient rester fid\u00e8les et surtout discrets. En prenant le contr\u00f4le d\u2019un fameux club de Chicago, Al Capone avait recommand\u00e9 \u00e0 l\u2019orchestre de m\u00e9diter la sagesse des trois singes : \u00ab\u00a0ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire \u00bb. Cela nous rappelle que le rapport \u00e0 la p\u00e8gre n\u2019\u00e9tait pas idyllique : la violence \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9sente, la drogue mise en circulation par la p\u00e8gre a touch\u00e9 en priorit\u00e9 nombre d&rsquo;artistes, et le lien qui unissait musiciens et gangsters ressemblait parfois \u00e0 un asservissement. Plusieurs artistes ont fr\u00f4l\u00e9 la mort pour insubordination, \u00e0 l\u2019image de Joe E. Lewis. Des crapules n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 ran\u00e7onner, violenter ou kidnapper des musiciens, les jetant par peur dans les bras d\u2019autres protecteurs de l\u2019ombre. Certains d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 s\u2019imposer comme agents artistiques. C\u2019est ainsi que la carri\u00e8re de Louis Armstrong est devenue l\u2019enjeu d&rsquo;une \u00ab\u00a0guerre de managers \u00bb. La mafia s\u2019est infiltr\u00e9e dans les agences de repr\u00e9sentation et plusieurs maisons de disques. Elle a profit\u00e9 du business des jukebox, dont on sait l\u2019importance dans l\u2019histoire de la musique populaire. Elle a \u00e9galement servi d\u2019interm\u00e9diaire dans la promotion musicale, jouissant de son influence et de ses arguments pour faire passer des disques en radio, au point de ma\u00eetriser l\u2019entr\u00e9e dans le Top 40 ! La pieuvre mafieuse s\u2019est insinu\u00e9e partout o\u00f9 elle pouvait en tirer b\u00e9n\u00e9fice.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Al Capone et le jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Lionel Hampton a dit qu\u2019Al Capone avait \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0le plus grand bienfaiteur \u00bb du jazz et des musiciens. Non seulement le ca\u00efd de Chicago a \u00e9t\u00e9 l\u2019un de leurs premiers employeurs, mais il avait la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre un vrai m\u00e9lomane, amateur sinc\u00e8re et fin connaisseur du jazz. Chaque semaine, il avait ses tables r\u00e9serv\u00e9es au premier rang des meilleurs clubs, les siens, o\u00f9 les groupes se faisaient un devoir d\u2019interpr\u00e9ter ses chansons favorites. En retour, Capone ne manquait pas de leur laisser des pourboires mirobolants.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Le Cotton Club<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le Cotton Club a \u00e9t\u00e9 un phare, le club embl\u00e9matique de Harlem, des ann\u00e9es folles et plus largement de toute cette \u00e9poque. Il a aussi \u00e9t\u00e9 le symbole du lien qui unissait la p\u00e8gre, aux commandes du club, et les musiciens de jazz, parmi les plus influents de l\u2019histoire : Duke Ellington, Cab Calloway, Coleman Hawkins, Ethel Waters, Jos\u00e9phine Baker et bien d\u2019autres. Symbole de ce que leur alliance a fait de mieux et de pire, car le Cotton Club a certes \u00e9t\u00e9 un \u00e9crin \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 de g\u00e9ants, mais aussi un club s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9, o\u00f9 les Noirs n\u2019avaient droit d\u2019entrer que pour amuser l\u2019\u00e9lite blanche new-yorkaise. Certains artistes \u00e9taient retenus de force dans la revue, \u00e0 l\u2019instar de Lena Horne, que ses proches ont d\u00fb kidnapper avant de fuir en Californie.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42848\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/The-cotton-club-Harlem.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"1261\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/The-cotton-club-Harlem.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/The-cotton-club-Harlem-202x300.jpg 202w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/The-cotton-club-Harlem-690x1024.jpg 690w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/The-cotton-club-Harlem-768x1139.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge d\u2019or des ann\u00e9es vingt et trente, le lien ne s\u2019est pas rompu entre la mafia et le jazz m\u00eame si nombre de parrains ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou arr\u00eat\u00e9s ; au contraire, c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que leurs h\u00e9ritiers ont \u00e9tendu leur domaine d\u2019implication dans le business musical, qui conna\u00eet alors un essor prodigieux. La mafia investit peu le secteur de la cr\u00e9ation et de la production, m\u00eame si quelques financements douteux servent parfois \u00e0 la cr\u00e9ation de maisons de disques, mais elle joue un r\u00f4le majeur partout o\u00f9 elle peut servir d&rsquo;interm\u00e9diaire et ponctionner l\u2019activit\u00e9 grandissante : agences artistiques, management, promotion (par la payola), n\u00e9gociation de contrats, implantation des juke-boxes, etc.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Frank Sinatra et la mafia <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Frank Sinatra et la mafia, c\u2019est une longue histoire. La carri\u00e8re de Sinatra \u00e9clot justement dans les ann\u00e9es quarante. Ce fils d\u2019immigr\u00e9s italiens est rapidement soutenu par les ca\u00efds du New Jersey, \u00ab\u00a0des gens que connaissait ma m\u00e8re \u00bb, dira-t-il pour se justifier. Fascin\u00e9 par les gangsters, il les c\u00f4toie et les imite parfois. Son attitude et ses acc\u00e8s de violence le r\u00e9v\u00e8lent trop souvent. Il leur doit beaucoup. Chaque fois qu\u2019il est en difficult\u00e9, ses amis de l\u2019ombre interviennent, pour le lib\u00e9rer d\u2019un engagement, pour lui en trouver un autre, ou pour l\u2019accueillir dans leurs clubs lorsque les scandales \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition \u00e9loignent temporairement le chanteur du succ\u00e8s. Sinatra peut notamment compter sur l\u2019amiti\u00e9 et le soutien de Lucky Luciano,\u00a0<em>capo di tutti<\/em>\u00a0qui r\u00e8gne sur New York, un fan de la premi\u00e8re heure qui appr\u00e9cie de le voir conserver son nom italien quand les autres optent pour un pseudonyme. Le chanteur est envoy\u00e9 en porte \u00e9tendard dans les casinos flambant neufs de Las Vegas, dont il forge la r\u00e9putation sulfureuse, facilitant l\u2019implantation des ca\u00efds de l\u2019Est. Il fraye avec Sam Giancana, h\u00e9ritier de Capone \u00e0 Chicago avec lequel il fait affaire. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42850\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Frank-Sinatra.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"482\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Frank-Sinatra.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Frank-Sinatra-300x170.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Frank-Sinatra-768x436.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Cependant, en d\u00e9pit des enqu\u00eates du FBI, aucun lien condamnable n\u2019a jamais pu \u00eatre \u00e9tabli. Et les photos le montrant en mauvaise compagnie dans la presse ne suffisent pas. Sinatra reconna\u00eet avoir fr\u00e9quent\u00e9 ces gens, comme tout artiste ayant fait carri\u00e8re dans les clubs, \u00ab\u00a0m\u00eame Saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise n&rsquo;aurait pas eu le choix \u00bb, assure Sinatra devant une commission. Chef d\u2019orchestre \u00e0 Chicago, Earl Hines confirme\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas un seul grand nom du monde du spectacle [&#8230;] qui n\u2019ait eu de contacts avec les syndicats [du crime]. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La fin de l\u2019emprise mafieuse sur la musique<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans les d\u00e9cennies suivantes, les r\u00e9seaux mafieux ont \u00e9t\u00e9 principalement employ\u00e9s \u00e0 la promotion musicale, un secteur dont les budgets ont explos\u00e9 dans les ann\u00e9es quatre-vingt. En parall\u00e8le, la p\u00e8gre a continu\u00e9 d&rsquo;agir sous couvert de petites maisons de disques comme Roulette Records, tenue par le redoutable Morris Levy, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0le parrain de la musique am\u00e9ricaine \u00bb. Ancien patron du Birdland (mythique club de jazz de New York), le businessman s\u2019est fait une place dans le monde de la musique \u00e0 coups de battes de baseball. Interlocuteur de tous les boss de l&rsquo;industrie, il a cr\u00e9\u00e9 des maisons d\u2019\u00e9dition, tenu des cha\u00eenes de disquaires, promu le bebop, puis les d\u00e9buts du rock, il a aussi financ\u00e9 les premiers pas commerciaux du rap, combattu John Lennon en justice, usurp\u00e9 les droits d\u2019auteur de nombreux artistes, particip\u00e9 \u00e0 l\u2019obscur commerce des surplus de disques (cut out) et apport\u00e9 son concours \u00e0 plusieurs coups tordus. Morris Levy est un personnage haut en couleur dont la chute \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, symbolise la fin de l\u2019emprise mafieuse sur la musique.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La p\u00e8gre et l\u2019industrie du disque<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La p\u00e8gre n\u2019a jamais pu prendre le contr\u00f4le de l\u2019industrie du disque, mais elle est rest\u00e9e pr\u00e9sente, dans l\u2019ombre, tout au long du XXe si\u00e8cle. Ses hommes ont employ\u00e9 des musiciens, ils les ont fait tourner sur sc\u00e8ne, ils les ont repr\u00e9sent\u00e9s, manag\u00e9s, ils ont fait tourner leurs disques dans les juke-boxes et sur les ondes, prenant une part \u00e0 chaque \u00e9tape. Des hommes comme Joe Isgro, soldat des Gambino (c\u00e9l\u00e8bre famille du crime new-yorkais) tomb\u00e9 lui aussi dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer en in\u00e9vitable interm\u00e9diaire de toutes les majors qui bataillaient pour tenir leur place dans le Top 40. Son influence a notamment servi les int\u00e9r\u00eats de Motown, Capitol Records ou Columbia. Il a contribu\u00e9 p\u00eale-m\u00eale \u00e0 la popularit\u00e9 d\u2019albums de Michael Jackson, des Rolling Stones, de Lionel Ritchie, Madonna, Phil Collins et des dizaines d\u2019autres figures de la pop contemporaine. Dans sa qu\u00eate d\u2019argent, la p\u00e8gre a aid\u00e9 les musiciens \u00e0 fa\u00e7onner le paysage musical de l\u2019Am\u00e9rique et son \u00e9volution depuis les d\u00e9buts de la musique enregistr\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Propos recueillis par Franck M\u00e9dioni<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le Livre <strong><em>Music Connection<\/em><\/strong> de<strong> Steven Jezo-Vannier<\/strong>, est \u00e9dit\u00e9 par les<a href=\"https:\/\/lemotetlereste.com\"><strong><em> Editions Le mot et le reste<\/em><\/strong>.<\/a><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42854\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Photo-Steven-Jezo-Vannier-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Steven J\u00e9zo-Vannier qui a sign\u00e9 le livre Music Connection qui d\u00e9crit les liens entre la mafia et la musique am\u00e9ricaine. 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