{"id":42660,"date":"2025-02-06T16:00:50","date_gmt":"2025-02-06T15:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=42660"},"modified":"2025-02-06T18:30:21","modified_gmt":"2025-02-06T17:30:21","slug":"tom-buron-les-cinquiemes-hurlants-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/tom-buron-les-cinquiemes-hurlants-entretien\/","title":{"rendered":"Tom Buron &#8211; Les Cinquanti\u00e8mes Hurlants &#8211; (Entretien)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>\u00ab\u00a0Le jazz m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er mes propres jeux, mes propres r\u00e8gles, mes propres architectures \u00bb<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Rencontre avec le po\u00e8te amateur de jazz Tom Buron qui fait para\u00eetre <em>Les cinquanti\u00e8mes hurlants<\/em> aux \u00e9ditions Gallimard et se pr\u00e9pare \u00e0 la sc\u00e8ne avec le trompettiste Fred Aubin (La Maison Tellier, Broken Wing Trio). <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est arriv\u00e9 relativement tard dans ma vie, et c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a. J\u2019avais vingt ans, je vivais un moment de crise et il m\u2019a offert un parapet auquel me raccrocher\u00a0: c\u2019est la rencontre avec l\u2019\u0153uvre de Coltrane qui m\u2019a fait plonger dans cette musique et ouvert \u00e0 un monde compl\u00e8tement nouveau pour moi. J\u2019associe cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 un moment de grand changement, de renouvellement. Il y avait en quelque sorte une dimension spirituelle dont j\u2019avais cruellement besoin \u00e0 ce moment-l\u00e0, quelque chose qui r\u00e9pondait exactement \u00e0 ce que j\u2019\u00e9tais. Vrai obsessionnel, je me mis alors \u00e0 fouiller comme, bien des ann\u00e9es auparavant, adolescent, j\u2019avais fouill\u00e9 le rock et le blues. J\u2019\u00e9coutais alors ceux avec qui Coltrane avait travaill\u00e9, ses contemporains directs, ceux qui l\u2019avaient influenc\u00e9, ceux qu\u2019il a influenc\u00e9, et les autres saxophonistes de la p\u00e9riode. Il faudrait citer Albert Ayler, Ornette Coleman, Sonny Rollins, Jackie McLean, Cannonball Adderley, Pharoah Sanders, etc. Et j\u2019ai d\u00e9couvert Mingus, Dolphy, Don Cherry, mais aussi Monk, Bird, Dizzy, Max Roach, Art Blakey\u2026 J\u2019ai commenc\u00e9 par ce socle-l\u00e0, ces moments-l\u00e0 de l\u2019histoire du jazz. En somme, les grands noms, ceux du bebop, du hard bop et puis ceux des d\u00e9buts du free aussi.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Avant cette rencontre coltranienne, j\u2019\u00e9coutais principalement du rock et du blues. Tout \u00e9tait venu des Doors l\u2019\u00e9t\u00e9 avant de rentrer au lyc\u00e9e, puis \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l\u2019exploration du blues de Howlin\u2019 Wolf jusqu\u2019\u00e0 Robert Johnson et des premiers enregistrements du genre. Au m\u00eame moment, le rock psych\u00e9d\u00e9lique, le prog rock, le glam, le punk, mais aussi la chanson\u2026 J\u2019aimais les paroliers. Lyc\u00e9en, mes h\u00e9ros en musique \u00e9taient Bob Dylan, Lou Reed, Jim Morrison, Iggy Pop, Gainsbourg, Nick Cave, Tom Waits, Shane MacGowan\u2026 J\u2019\u00e9tais aussi assez fanatique de concept-albums tels que <em>Quadrophenia<\/em> ou <em>The lamb lies down on broadway<\/em>. Le saxophone pour moi, \u00e0 cette \u00e9poque, c\u2019\u00e9tait Steve MacKay sur le <em>Fun House<\/em> des Stooges, Bobby Keys avec les Stones (et en particulier <em>Exile on main street<\/em>), ou encore Clarence Clemons chez Springsteen, et \u00e7a s\u2019arr\u00eatait l\u00e0, vraiment. J\u2019avais, cela dit, une petite id\u00e9e du jazz par la litt\u00e9rature, je lisais beaucoup Kerouac, qui parle de Dexter Gordon, de Lionel Hampton, de Miles Davis, ou de Bird dans <em>On the road<\/em>, mais j\u2019\u00e9tais trop pris par le rock et par sa mythologie, ce n\u2019\u00e9tait simplement pas encore le bon moment.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Souvenirs de concert<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mes premiers grands souvenirs de concerts de jazz ont \u00e0 voir avec Kenny Garrett que je suis all\u00e9 \u00e9couter \u00e0 plusieurs reprises. Je vais voler une formule \u00e0 ce cher Jank\u00e9l\u00e9vitch\u00a0pour l\u2019occasion : la premi\u00e8re fois que j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un de ses concerts, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0arrach\u00e9 magiquement \u00e0 moi-m\u00eame\u00a0\u00bb. \u00c9videmment, son phras\u00e9 coltranien n\u2019y \u00e9tait pas pour rien, puisque c\u2019\u00e9tait la base de ma maigre culture jazz \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Puis il y a eu d\u2019autres grands souvenirs dans les ann\u00e9es qui ont suivi\u00a0: Wayne Shorter \u00e0 Paris, John Zorn \u00e0 Gand\u2026 J\u2019ai eu la chance de voir Pharoah Sanders deux fois, mais un grand regret reste le fait d\u2019avoir manqu\u00e9 McCoy Tyner \u00e0 la Villette il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019aurais d\u00fb y \u00eatre et je n\u2019ai pas pu m\u2019y rendre. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">A Paris, je suis beaucoup all\u00e9 au Sunset Sunside et j\u2019ai aussi beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 la Gare Jazz lorsque le lieu a ouvert. Au Sunset, je me souviens par exemple d\u2019un beau concert du quartette d\u2019Alexis Avakian pour les cinquante ans de la mort de Coltrane, il y a huit ans, mais aussi d\u2019une soir\u00e9e avec la l\u00e9gende Louis Hayes qui accompagnait le trompettiste Jeremy Pelt.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Puis j\u2019ai habit\u00e9 \u00e0 Bruxelles quelques ann\u00e9es et j\u2019ai tra\u00een\u00e9 beaucoup dans ses clubs\u00a0: au Roskam (o\u00f9 l\u2019on croisait souvent Arno), au Sounds, \u00e0 la Jazz Station&#8230; J\u2019ai vu Branford Marsalis jouer seul dans la cath\u00e9drale Saint-Michel-et-Gudule. \u00c7a avait des airs de c\u00e9r\u00e9monie, c\u2019\u00e9tait si vertical, si ample. Je n\u2019avais jamais vu quelque chose de semblable. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Plus r\u00e9cemment, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 l\u2019un des trois derniers concerts de Peter Br\u00f6tzmann, quelques mois avant sa mort. Je revenais d\u2019une mission humanitaire en Ukraine et j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 habiter \u00e0 Varsovie pour une histoire d\u2019amour. J\u2019y ai alors fr\u00e9quent\u00e9 le Pardon To Tu, le lieu de jazz de la capitale polonaise, superbe club o\u00f9 Br\u00f6tzmann avait ses habitudes. Je dois dire que je fus assez \u00e9mu de voir souffler ce vieux monsieur comme j\u2019avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, fracass\u00e9 par l\u2019\u00e9coute de son <em>Machine Gun<\/em> des ann\u00e9es plus t\u00f4t. \u00c9couter <em>Machine Gun<\/em> pour la premi\u00e8re fois, c\u2019est forc\u00e9ment d\u00e9routant. Appelons cela free jazz europ\u00e9en, jazz d\u2019avant-garde, peu m\u2019importe, c\u2019est grandiose. Aujourd\u2019hui, avec la guerre et ce concert, c\u2019est un album qui r\u00e9sonne encore diff\u00e9remment pour moi.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-42661\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/\u00a9AntoineOlla.png\" alt=\"\u00a9Photo Antoine Olla\" width=\"850\" height=\"591\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/\u00a9AntoineOlla.png 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/\u00a9AntoineOlla-300x209.png 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/\u00a9AntoineOlla-768x534.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00a9Photo Antoine Olla<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Des musiciens et des albums de jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne me pose pas ce genre de questions. C\u2019est la m\u00eame chose en litt\u00e9rature\u00a0: il y a des p\u00e9riodes prises par telle ou telle \u0153uvre. Comme je l\u2019ai signifi\u00e9, certains albums de Coltrane ont ma pr\u00e9f\u00e9rence et gardent une place tout \u00e0 fait sp\u00e9ciale en moi, ceux de Pharoah aussi, puisque ce sont les premiers que j\u2019ai d\u00e9couverts. On ne se d\u00e9barrasse jamais vraiment des premiers amours, n\u2019est-ce pas\u00a0? Je r\u00e9\u00e9coute autant <em>Blue Train<\/em> ou <em>Giant Steps<\/em> que les derniers albums chez Impulse! avant sa mort. J\u2019ai souvent envie d\u2019\u00e9couter le <em>Ol\u00e9<\/em> de Coltrane jou\u00e9 par Pharoah Sanders sur l\u2019album live <em>Heart is a melody<\/em> de 1982. C\u2019est ma version pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, Pharoah y devient comme fou, tout est compl\u00e8tement ouvert. Le <em>Sketches of Spain<\/em> de Miles Davis, pour les ar\u00e8nes et le d\u00e9sert, le rouge de la muleta, le Concierto de Aranjuez. Ce sont des albums que j\u2019ai envie de faire \u00e9couter et que je fais \u00e9couter aux gens qui ne sont pas du tout habitu\u00e9s \u00e0 ces musiques. Mais si j\u2019essayais de me pr\u00eater au jeu rapidement, je citerais trois vieux classiques que je r\u00e9\u00e9coute beaucoup\u00a0: <em>Out to lunch<\/em> de Dolphy, <em>The Black Saint<\/em> <em>and The Sinner Lady<\/em> de Mingus, <em>Chapter One\u00a0: Latin America<\/em> de Gato Barbieri avec son magistral <em>Encuentros<\/em>. J\u2019ajouterais les quatre albums des Lounge Lizards de John Lurie pour faire criser les puristes et confirmer que je ne suis apr\u00e8s tout qu\u2019un petit rocker passionn\u00e9 de jazz\u00a0: <em>Lounge Lizards<\/em> (1981) et sa reprise du <em>Well you needn\u2019t<\/em> de Monk, <em>No pain for cakes<\/em> (1987) et <em>Voice of Chunk<\/em> (1988) o\u00f9 figure Marc Ribot, ainsi que <em>Queen of all ears<\/em>(1998) et son d\u00e9marrage aussi joyeux qu\u2019inqui\u00e9tant. Ah, et leur <em>Live from the drunken boat<\/em> de 1983. J\u2019adore \u00e7a. C\u2019est vraiment un des groupes que je pr\u00e9f\u00e8re et j\u2019ai tent\u00e9 de rendre hommage \u00e0 leur audace dans l\u2019anthologie jazz et po\u00e9sie <em>Le nom du son<\/em> parue en juin dernier.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00ab\u00a0Le jazz a pris toute la place \u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La musique est l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus haut dans ma propre mythologie, c\u2019est ce que je place au-dessus de tout, une sorte de langage supr\u00eame qui peut \u00ab\u00a0transfigurer le monde\u00a0\u00bb. Le jazz y tient \u00e9videmment une part essentielle. Il m\u2019a accompagn\u00e9 en quelque sorte toute la derni\u00e8re d\u00e9cennie de ma vie et a eu une certaine influence sur mon mode de vie, sur ma vision artistique. Si aujourd\u2019hui cela s\u2019\u00e9quilibre et que je reviens aussi beaucoup au rock, je dois dire que pendant la vingtaine, le jazz a en fait pris toute la place, c\u2019\u00e9tait ma zone de fouille, j\u2019y descendais en v\u00e9ritable <em>tombarolo<\/em>. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Le nom du son<\/em>, <em>une anthologie jazz et po\u00e9sie<\/em> parue au Castor astral, et postfac\u00e9e par Jacques R\u00e9da, que nous avons pr\u00e9par\u00e9e ensemble a \u00e9t\u00e9 une mani\u00e8re pour moi de rendre ce que l\u2019on m\u2019avait donn\u00e9, de payer ma dette \u00e0 cette musique et \u00e0 ses musiciens\u00a0: une dette artistique et une dette spirituelle. Je ne me suis jamais r\u00eav\u00e9 directeur d\u2019ouvrage ou anthologiste auparavant, \u00e7a ne pouvait se faire qu\u2019\u00e0 cette occasion, \u00e7a ne pouvait arriver que par cette musique et pour ses grands acteurs. C\u2019est un livre qui propose cent ans de po\u00e9sie travaill\u00e9e par le jazz ou qui travaille le jazz, avec une centaine de po\u00e8tes des cinq continents originaires d\u2019une vingtaine de pays diff\u00e9rents. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jazz actuel <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">En ce qui concerne la jeune garde, les premiers noms que j\u2019ai connus furent Kamasi Washington et Ambrose Akinmusire, que j\u2019ai \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9couverts gr\u00e2ce \u00e0 un album de Kendrick Lamar qui a d\u00e9j\u00e0 dix ans, <em>To pimp a butterfly<\/em>. Cela fait longtemps que je ne les ai pas vus sur sc\u00e8ne, mais je suis ce qu\u2019ils proposent et j\u2019ai aim\u00e9 leurs derniers albums\u00a0: <em>Fearless movement<\/em> pour Washington, <em>Owl song<\/em> pour Akinmusire, avec Bill Frisell et Herlin Riley. Je suis aussi tr\u00e8s attentif \u00e0 ce que fait Shabaka Hutchings que je n\u2019ai pas encore eu la chance d\u2019\u00e9couter en concert. Je l\u2019avais connu avec son groupe The Comet is Coming et l\u2019EP <em>Prophecy<\/em>. Il a fait para\u00eetre un album solo il y a quelques mois, <em>Perceive its beauty, Acknowledge its grace<\/em>. Un enregistrement qui m\u00e9lange beaucoup de choses. On y retrouve aussi quelques invit\u00e9s dont Saul Williams, ce qui me fait penser \u00e0 un autre tr\u00e8s bon souvenir de concert lors duquel ce dernier \u00e9tait associ\u00e9 au saxophoniste David Murray et \u00e0 son groupe.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il y a un autre saxophoniste de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que Shabaka que j\u2019aime beaucoup et que j\u2019ai pu voir en concert\u00a0: James Brandon Lewis. C\u2019est par <em>Eye of I<\/em> (2023) que je me suis mis \u00e0 l\u2019\u00e9couter, un album en trio. Il a aussi collabor\u00e9 avec la po\u00e8te am\u00e9ricaine Anne Waldman. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Dans les autres productions de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, je peux citer <em>Beyond this place<\/em> du pianiste Kenny Barron ou encore le <em>Grande-Terre<\/em>de feu Roy Hargrove. Je sais qu\u2019un album de Branford Marsalis arrive d\u2019ici quelques semaines et j\u2019ai assez h\u00e2te de l\u2019entendre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ces jours-ci, j\u2019\u00e9coute <em>Liftoff<\/em> du saxophoniste belge Robin Verheyen, avec Billy Hart et Drew Gress. \u00c7a vient de para\u00eetre. Je le recommande vivement, tout comme un pr\u00e9c\u00e9dent projet de Robin, MixMonk, avec Joey Baron.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Archie Shepp, Robin Verheyen &amp; Justin Faulkner<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il se trouve que j\u2019ai rencontr\u00e9 Archie Shepp sur les terres m\u00eames o\u00f9 j\u2019ai grandi, en banlieue sud de Paris, ce qui en fait quelque chose de vraiment sp\u00e9cial. Il y avait pendant longtemps un \u00e9v\u00e9nement jazz de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 de l\u2019Essonne\u00a0: le festival de jazz de Corbeil-Essonnes. C\u2019\u00e9tait il y a neuf ans. Je connaissais un membre de l\u2019organisation locale et j\u2019ai pu aller rencontrer Shepp dans son esp\u00e8ce de loge apr\u00e8s le concert. Je peux dire qu\u2019on a en fait principalement discut\u00e9 de litt\u00e9rature am\u00e9ricaine et qu\u2019il m\u2019a longuement parl\u00e9 d\u2019Allen Ginsberg. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Une autre rencontre\u00a0\u00e0 \u00e9voquer ? De la pizza et une longue nuit \u00e0 \u00e9cumer bars et lieux interlopes entre Saint Josse et Bruxelles-Centre avec Robin Verheyen que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment et Justin Faulkner qui est l\u2019un des grands batteurs contemporains qui officie aupr\u00e8s de Branford Marsalis. C\u2019\u00e9tait il y a quelques ann\u00e9es, apr\u00e8s un concert \u00e0 la Jazz Station o\u00f9 Justin Faulkner avait jou\u00e9 en trio avec Yvan Robilliard et Laurent David. Le tout pour rappeler que Bruxelles est une f\u00eate.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jazz &amp; po\u00e9sie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Si le jazz intervient dans mes livres, c\u2019est plut\u00f4t de mani\u00e8re indirecte. Un po\u00e8te doit \u00eatre attentif au son, au rythme, n\u2019est-ce pas\u00a0? Il faudrait d\u2019ailleurs le rappeler \u00e0 un paquet de nos contemporains\u00a0: le vers libre, si l\u2019on n\u2019y cr\u00e9e pas de nouvelles structures personnelles, devient la porte ouverte \u00e0 toutes les conneries et, surtout, \u00e0 toutes les paresses. On le voit en permanence en ce moment. Cela \u00e9tant dit, le po\u00e8te n\u2019est et ne doit pas \u00eatre un musicien, c\u2019est ridicule. Qu\u2019on s\u2019entende bien, je ne dis \u00e9videmment pas ici que la recherche sonore doit \u00eatre le seul \u00e9l\u00e9ment d\u2019importance\u00a0; je rappelle simplement qu\u2019il est d\u2019importance. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est tr\u00e8s personnel mais oui, le jazz (d\u2019une certaine mani\u00e8re, la musique en g\u00e9n\u00e9ral, et je pense aussi au rock et au hip hop) m\u2019a, \u00e0 une certaine p\u00e9riode, aid\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er mes propres jeux, mes propres r\u00e8gles, mes propres architectures dans ma po\u00e9tique. Il m\u2019a donn\u00e9 des id\u00e9es, il m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 inventer et \u00e0 structurer. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">La musique a quoi qu\u2019il en soit ceci de sup\u00e9rieur qu\u2019elle n\u2019est a priori pas embarrass\u00e9e d\u2019un sens pr\u00e9existant, contrairement \u00e0 l\u2019articulation des mots sur une page. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Les cinquanti\u00e8mes hurlants<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je donne r\u00e9guli\u00e8rement des lectures publiques et j\u2019ai souvent travaill\u00e9 avec des musiciens de jazz, avec des saxophonistes, des pianistes ou des guitaristes. J\u2019utilise \u00e0 dessein \u00ab\u00a0lecture publique\u00a0\u00bb, et pas <em>happening<\/em>, ou \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb, qui font intervenir d\u2019autres h\u00e9ritages, qui peuvent souvent se r\u00e9clamer de l\u2019art contemporain. En ce qui me concerne, ces lectures viennent pour accompagner le texte, la page, le livre\u00a0; je n\u2019\u00e9cris pas pour la sc\u00e8ne, c\u2019est le livre qui m\u2019int\u00e9resse. Alors, on pourrait aussi parler de r\u00e9cital, de d\u00e9clamation. Cela dit, je cherche, c\u2019est vrai, quelque chose d\u2019incantatoire, de chamanique, dans ces lectures. Le jazz y participe.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai pu notamment lire mon <em>Marquis Minuit<\/em> avec des saxophonistes tels qu\u2019Olivier Temime ou encore Pierre Spataro, le leader du groupe bruxellois Commander Spoon. Nous laissions alors la part belle \u00e0 l\u2019improvisation. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour accompagner la parution de <em>Les cinquanti\u00e8mes hurlants<\/em>, po\u00e8me maritime qui suit un navigateur dans un voyage \u00e0 la fois g\u00e9ographique et m\u00e9taphysique, j\u2019ai voulu sortir du moment improvis\u00e9, j\u2019ai voulu qu\u2019il y ait une vraie forme musicale travaill\u00e9e en amont, une pi\u00e8ce musicale cr\u00e9\u00e9e pour l\u2019occasion. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">En 2021, alors que je n\u2019avais pas encore termin\u00e9 l\u2019\u00e9criture de ce livre, j\u2019ai rencontr\u00e9 les membres du Fred Aubin Trio (aujourd\u2019hui Broken Wing Trio, compos\u00e9 de Fred Aubin, Morgan Baudry et Beno\u00eet Jouandon)\u00a0: nous devions monter sur sc\u00e8ne ensemble \u00e0 l\u2019initiative de la Maison de la po\u00e9sie et de l\u2019oralit\u00e9 de Rouen pour y pr\u00e9senter un m\u00e9lange de standards du jazz, de compositions du trompettiste Fr\u00e9d\u00e9ric Aubin, et de po\u00e8mes pris par le jazz d\u2019auteurs tels que Hart Crane, Blaise Cendrars, Mina Loy, Bob Kaufman, et bien d\u2019autres. Le tout avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 en une matin\u00e9e sans que nous ne nous soyons rencontr\u00e9s avant et, malgr\u00e9 le peu de pr\u00e9paration, la soir\u00e9e fut un v\u00e9ritable succ\u00e8s. \u00c7a a d\u00e9but\u00e9 comme \u00e7a, comme dirait l\u2019autre. Le trio avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 sur un spectacle m\u00ealant jazz et textes auparavant avec la com\u00e9dienne Elise Beckers, un concert-lecture intitul\u00e9 <em>Chet Baker, l\u2019ombre d\u2019un ange, <\/em>nourri en partie du livre d\u2019Alain Gerber sur Chet Baker. Par la suite, j\u2019ai mis en pause l\u2019\u00e9criture de mon po\u00e8me marin pendant un bon moment, notamment du fait de ma d\u00e9cision d\u2019aller aider \u00e0 l\u2019Est quand la guerre a d\u00e9but\u00e9, mais lorsque j\u2019ai enfin achev\u00e9 le manuscrit, j\u2019ai appel\u00e9 Fred Aubin pour lui r\u00e9affirmer mon envie de pr\u00e9parer quelque chose. En 2023, la Factorie (Maison de Po\u00e9sie de Normandie), situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Val de Reuil, nous a offert une r\u00e9sidence, \u00e0 Fred et moi-m\u00eame, et nous avons alors pu travailler \u00e0 ce projet que nous avions \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e8s de deux ans auparavant. Nous avons enfin pu commencer la construction du projet <em>50\u00e8mes hurlants, <\/em>trompette et voix. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De mon c\u00f4t\u00e9, il s\u2019agissait d\u2019abord d\u2019op\u00e9rer une s\u00e9lection dans le po\u00e8me et de d\u00e9couper des parties du texte, de r\u00e9\u00e9crire, pour cr\u00e9er de nouveaux assemblages tout en gardant le fil narratif. Comme je l\u2019ai dit, mon livre n\u2019est pas \u00e9crit pour l\u2019oralit\u00e9, ce que l\u2019on propose est donc une adaptation du livre. <em>Les cinquanti\u00e8mes hurlants <\/em>est un long po\u00e8me d\u2019environ quatre-vingt pages et il a donc fallu faire des choix. En ce qui concerne l\u2019aspect purement musical, nous voulions avec Fred d\u00e9ployer quelque chose d\u2019essentiellement jazz tout en y incorporant d\u2019autres genres. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait aussi de laisser Fred libre de certaines exp\u00e9rimentations \u00e0 la trompette et au bugle, de certains traits musicaux que seule cette forme particuli\u00e8re \u00ab\u00a0lecture et trompette\u00a0\u00bb pouvait lui offrir. Fred a l\u2019habitude d\u2019arpenter des terrains divers puisqu\u2019il est un des membres de La Maison Tellier, un groupe qui m\u00eale les genres. La base de notre proposition est donc jazz, mais elle incorpore des \u00e9l\u00e9ments de pasodoble, de blues, et s\u2019inspire aussi des chants de marins. Le tout donne une composition originale de Fred Aubin sur un texte qui est une version alternative et plus courte, resserr\u00e9e, du r\u00e9cit en vers libre propos\u00e9 dans le livre. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Propos recueillis par Franck M\u00e9dioni<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Bibliographie\u00a0<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Les cinquanti\u00e8mes hurlants, <\/em>Gallimard, 2025.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Le nom du son<\/em>, <em>une anthologie jazz et po\u00e9sie<\/em>, avec Franck M\u00e9dioni, Le castor astral, 2024.<br \/>\nLa chambre et le barillet, \u00e9ditions L\u2019angle mort (coll. 11h18), 2023<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Marquis Minuit, <\/em>\u00e9ditions Le Castor astral, 2021.<em><br \/>\nNadirs, <\/em>\u00e9ditions maelstr\u00d6m, 2016-2019.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a9Photo Header Sandra Benyachou<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0Le jazz m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er mes propres jeux, mes propres r\u00e8gles, mes propres architectures \u00bb\u00a0 Rencontre avec le po\u00e8te amateur de jazz Tom Buron qui fait para\u00eetre Les cinquanti\u00e8mes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":329,"featured_media":42665,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13],"tags":[9269],"class_list":{"0":"post-42660","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"tag-tom-buron"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/329"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42660"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42660\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":42702,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42660\/revisions\/42702"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42665"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}