{"id":41701,"date":"2024-10-14T15:47:09","date_gmt":"2024-10-14T14:47:09","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=41701"},"modified":"2024-10-14T15:47:09","modified_gmt":"2024-10-14T14:47:09","slug":"je-me-souviens-de-jacques-reda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/je-me-souviens-de-jacques-reda\/","title":{"rendered":"Je me souviens de Jacques R\u00e9da."},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Lundi apr\u00e8s-midi 30 septembre, apr\u00e8s un repas roboratif et mod\u00e9r\u00e9ment arros\u00e9, mon ami Gr\u00e9gory et moi devisions \u00e0 b\u00e2tons rompus en terrasse en fumant tranquillement.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Nous en v\u00eenmes par hasard \u00e0 parler de <strong>Jacques R\u00e9da<\/strong> sur lequel Gregory avait \u00e9crit sa ma\u00eetrise de lettres quelques lustres plus t\u00f4t et que j\u2019avais c\u00f4toy\u00e9 quand <strong>Jacques<\/strong> et moi \u00e9crivions pour un magazine de Jazz.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Souvenirs enjou\u00e9s d\u2019un personnage que nous admirions tous deux pour ses multiples talents et pour son humour. Revenu chez moi, descendant de mon scooter je d\u00e9couvre en ouvrant mon smartphone un sms de Gr\u00e9gory\u00a0: \u00ab\u00a0Thierry\u00a0!!! Jacques R\u00e9da est mort\u00a0! C\u2019est dingue, notre conversation de tout \u00e0 l\u2019heure. J\u2019en ai des frissons\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Eh oui, Amigo, tu le sais\u00a0: il n\u2019y a pas de hasard. Nous avons, sans en \u00eatre conscients, rendu hommage \u00e0 <strong>R\u00e9da <\/strong>\u00e0 notre fa\u00e7on, en buvant, fumant, rigolant\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Car <strong>Jacques R\u00e9da<\/strong>, outre le fait qu\u2019il \u00e9tait un immense po\u00e8te et un immense amateur\/amoureux de jazz \u2014 \u00e0 propos duquel il \u00e9crivait comme personne d\u2019autre \u2014 \u00e9tait un grand humoriste.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je me souviens que, chroniquant dans les colonnes de Jazzmag un coffret de neuf vinyles de Keith Jarrett, il avait intitul\u00e9 son article \u00ab\u00a0Jarrett l\u2019effraie\u00a0\u00bb. Rendant compte d\u2019un festival en Allemagne, il en avait qualifi\u00e9 les spectatrices de \u00ab\u00a0Teutonnes aux tentants t\u00e9tons\u00a0\u00bb. Dans une \u00e9mission de radio, sur France culture, o\u00f9 on parlait de Jelly Roll Morton et o\u00f9 un journaliste soulignait le fait que Morton, un cr\u00e9ole n\u00e9o-orl\u00e9anais \u00e0 la peau tr\u00e8s p\u00e2le, n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par la bourgeoisie locale R\u00e9da intervint ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Comment voulez-vous que des bourgeois acceptent quelqu\u2019un qui s\u2019appelle Bite Morton\u00a0?\u00a0\u00bb. Dire le mot \u00ab\u00a0bite\u00a0\u00bb sur l\u2019antenne de France culture dans les ann\u00e9es 80, qui d\u2019autre que Jacques R\u00e9da l\u2019aurait os\u00e9\u00a0? (Petite pr\u00e9cision pour les non anglophones\u00a0: un <em>jelly roll<\/em> est un g\u00e2teau roul\u00e9 \u00e0 la confiture, m\u00e9taphore limpide du sexe masculin).<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>R\u00e9da<\/strong> humoriste, c\u2019\u00e9tait une sorte de mix d\u00e9sopilant de Raymond Devos et de Pierre Desproges, en moins extraverti et plus discret.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais <strong>Jacques R\u00e9da<\/strong> n\u2019\u00e9tait pas que cela. Je ne vais pas vous infliger une biographie que vous avez trouv\u00e9e ou trouverez dans tous les journaux ou sur wikipedia. J\u2019\u00e9gr\u00e8nerai juste quelques souvenirs.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Par exemple sa timidit\u00e9 et son \u00e9moi quand, lors de la f\u00eate des 40 ans de Jazz Magazine, au Petit Journal Montparnasse, je lui pr\u00e9sentai Gabe Baltazar, un grand saxophoniste m\u00e9connu en Europe o\u00f9 il n\u2019avait jamais jou\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je l\u2019avais fait venir de son fief hawaiien pour quelques concerts en France, et comme invit\u00e9 surprise des 40 ans de Jazzmag. Jacques connaissait \u00e9videmment la discographie de Gabe, entre autres comme premier alto de l\u2019orchestre de Stan Kenton, mais il ne l\u2019avait \u00e9videmment jamais vu ni entendu live. Jacques \u00e9tait tout intimid\u00e9 et craignait que le fait d\u2019entendre Gabe in vivo ne soit pas \u00e0 la hauteur du souvenir mythifi\u00e9 qu\u2019il en avait via les disques. Son sourire quand Gabe joua quelques morceaux montrait clairement qu\u2019aucune d\u00e9ception n\u2019\u00e9tait venue entacher son audition.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">En tant que chroniqueur de jazz<strong>, Jacques R\u00e9da<\/strong> a \u00e9t\u00e9 pour moi un mod\u00e8le ind\u00e9passable. Le seul, d\u2019ailleurs. Un vieux sage espi\u00e8gle qui injectait dans sa prose \u2014 ou ses vers, car il rimait parfois ses articles \u2014 sa fibre po\u00e9tique universellement reconnue dans le monde de la litt\u00e9rature francophone.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Lire ses articles incitait \u00e0 aller d\u00e9couvrir ses \u0153uvres de po\u00e8te et lire ses po\u00e8mes \u2014 dont un certain nombre sur le jazz \u2014 incitait \u00e0 aller voir ce qu\u2019il \u00e9crivait en tant que journaliste.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A travers ses ballades dans les coins de Paris encore populaire, \u00e0 pied, \u00e0 v\u00e9lo ou en Solex, on d\u00e9couvrait \u2014 en parall\u00e8le d\u2019autres aspects du personnage \u2014 sa sensibilit\u00e9 extr\u00eame et un pan de l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un homme pudique et de ce que j\u2019appellerais son \u00ab\u00a0univers\u00a0\u00bb si je ne d\u00e9testais pas ce vocable aujourd\u2019hui galvaud\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usure.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Car <strong>Jacques R\u00e9da<\/strong> \u00e9tait un homme complet, multiple, riche et prot\u00e9iforme\u00a0: Parisien apr\u00e8s \u00eatre n\u00e9 \u00e0 Lun\u00e9ville, en Lorraine, pi\u00e9ton et cycliste-solexiste, intellectuel \u00e0 sa fa\u00e7on et diablement terrien sans \u00eatre terre \u00e0 terre, aussi amoureux du saxo que du v\u00e9lo, possesseur d\u2019une gouaille de paysan-ouvrier h\u00e9rit\u00e9e du XIX\u00e8me si\u00e8cle ou du d\u00e9but du XX\u00e8me \u2014 o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9 en 1929 \u2014 et directeur pendant quelques lustres d\u2019une revue litt\u00e9raire aussi prestigieuse que la NRF des \u00e9ditions Gallimard.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A pied, \u00e0 v\u00e9lo ou en mobylette, on n\u2019en finirait pas de faire le tour de l\u2019\u0153uvre de <strong>Jacques R\u00e9da<\/strong>\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais maintenant qu\u2019il nous a quitt\u00e9s \u00e0 95 ans, il ne nous reste que cette \u0153uvre pour nous rappeler \u2014 ou d\u00e9couvrir \u2014 ce citoyen libre et \u00e9m\u00e9rite de la R\u00e9publique des lettres, et des souvenirs inoubliables \u00e0 ch\u00e9rir pour ceux qui ont eu la chance de le c\u00f4toyer ou de croiser son chemin. Adieu Grand Homme\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">1929 &#8211; 2024<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Photo Couverture : \u00a9 Jean-Luc Bertini<\/p>\n<p>Photo Header : \u00a9Christophel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi apr\u00e8s-midi 30 septembre, apr\u00e8s un repas roboratif et mod\u00e9r\u00e9ment arros\u00e9, mon ami Gr\u00e9gory et moi devisions \u00e0 b\u00e2tons rompus en terrasse en fumant tranquillement. 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