{"id":41688,"date":"2024-10-10T15:20:43","date_gmt":"2024-10-10T14:20:43","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=41688"},"modified":"2024-10-11T15:39:55","modified_gmt":"2024-10-11T14:39:55","slug":"jazz-a-la-villette-paris-01-09-au-07-09-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jazz-a-la-villette-paris-01-09-au-07-09-2024\/","title":{"rendered":"Jazz \u00e0 La Villette, Paris 01\/09 au 07\/09\/2024"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Encore une fois, la programmation du dernier Festival Estival Parisien conclut la saison 2024. Un \u00e9t\u00e9 indien aux couleurs chatoyantes, avant l\u2019heure.<\/strong><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">01\/09\/2024<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">D\u00e9marrage en beaut\u00e9 et en jeunesse, le premier jour de septembre, avec un groupe issu du CNSMP voisin, le c\u00e9l\u00e8bre conservatoire par lequel sont pass\u00e9s nombre de musiciens fran\u00e7ais de renom depuis quelques d\u00e9cennies.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le quintet d\u2019aujourd\u2019hui r\u00e9ussira-t-il \u00e0 se faire un nom et \u00e0 conqu\u00e9rir un public fid\u00e8le ou curieux\u00a0? On le leur souhaite car ses membres sont des instrumentistes de premier ordre, aussi bien au sein du son d\u2019ensemble qu\u2019au niveau des solos. On y remarque avant tout le trombone fluide et charnu de <b>Jules Regard<\/b>, le leader et compositeur du groupe, qui se taille la part du lion en termes de chorus.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Si la premi\u00e8re composition qu\u2019ils interpr\u00e8tent est gentiment jolie mais sans grandes asp\u00e9rit\u00e9s harmoniques ou rythmiques, elle est jou\u00e9e avec une belle ma\u00eetrise des dynamiques et de l\u2019interaction.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">On attend un peu le solo de guitare, mais <b>Loan Buathier<\/b> reste assez discret et ne propose que de br\u00e8ves interventions o\u00f9 on sent une nette influence de John Scofield.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le pianiste, de son c\u00f4t\u00e9 poss\u00e8de un jeu raffin\u00e9 et, en introduction de l\u2019arrangement du \u00ab\u00a0<i>Footprints\u00a0<\/i>\u00bb de Wayne Shorter \u2014 pris \u00e0 un tempo d\u2019une majestueuse lenteur \u2014 il \u00e9gr\u00e8ne des arp\u00e8ges d\u00e9licats avant de se lancer dans un stop chorus d\u2019une grande richesse.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un soliste \u00e0 suivre, donc.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quant \u00e0 la paire rythmique, elle accompagne le tout de fa\u00e7on parfaitement convaincante. Cette reprise montrera au public nombreux que ces jeunes musiciens connaissent leurs classiques.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le troisi\u00e8me morceau interpr\u00e9t\u00e9 lors de ce court set mettra de nouveau en vedette le piano d\u2019<b>Oscar Teruel <\/b>et le trombone v\u00e9loce du leader, sans oublier le guitariste qui aura ici l\u2019occasion de montrer de quel bois il se chauffe avant que la batterie ne booste avec une vigueur fortement polyrythmique ses quatre acolytes sur le final.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un jeune groupe d\u00e9j\u00e0 en possession de ses moyens et dont on se plaira \u00e0 suivre l\u2019\u00e9volution.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Apr\u00e8s les \u00ab\u00a0gamins\u00a0\u00bb, le v\u00e9n\u00e9rable v\u00e9t\u00e9ran \u2014 qui, au passage \u2014 dirigea le CNSMP \u00e0 sa cr\u00e9ation voici une trentaine d\u2019ann\u00e9es\u00a0: on reste donc plus ou moins dans la famille. Cela fait un bout de temps qu\u2019on n\u2019avait pas vu <b>Fran\u00e7ois Jeanneau<\/b> sur sc\u00e8ne \u00e0 Paris, ce me semble, et c\u2019est bon de pouvoir se faire rappeler quel grand musicien est ce saxophoniste qui \u2014 en l\u2019occurrence pour ce concert \u2014 se cantonna \u00e0 jouer du soprano, un instrument sur lequel il poss\u00e8de un des plus beaux sons de la Plan\u00e8te, ce que fit entendre un fascinant et virevoltant stop chorus sur les harmonies du \u00ab\u00a0<i>Lush Life<\/i>\u00a0\u00bb de Billy Srayhorn, o\u00f9 Emil Spanyi le rejoignit bient\u00f4t avec dans sa besace de somptueux accords et arp\u00e8ges avant que la rythmique ne vienne ponctuer le tout en finesse.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Entour\u00e9 d\u2019une garde rapproch\u00e9e dont au moins le pianiste et le batteur lui sont fid\u00e8les depuis des lustres, <b>Jeanneau<\/b> proposa un jazz libre et solidement charpent\u00e9 qui sonnait \u2014 paradoxalement, dira-t-on \u2014 plus jeune que celui des cadets qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Dot\u00e9s chacun d\u2019une forte personnalit\u00e9, les membres du quartet \u2014 dont trois auraient l\u2019\u00e2ge d\u2019\u00eatre les fils du leader octog\u00e9naire \u2014 donn\u00e8rent une magistrale le\u00e7on de musique sans jamais para\u00eetre scolaires ou p\u00e9dants.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019ailleurs qui, dans sa g\u00e9n\u00e9ration, <b>Jeanneau <\/b>pourrait-il choisir comme accompagnateurs\u00a0?<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ses anciens acolytes de son \u00e2ge \u2014 Daniel Humair, Henri Texier, Michel Portal\u2026 sont tous des leaders \u00e0 l\u2019emploi du temps charg\u00e9. D\u2019autres ne sont plus parmi nous. Le saxophoniste est donc r\u00e9duit \u2014 comme les v\u00e9t\u00e9rans pr\u00e9cit\u00e9s \u2014 \u00e0 recourir \u00e0 des sidemen quadra ou quinquag\u00e9naires de haut niveau qui, tous, ont pour lui un respect m\u00eal\u00e9 de sympathie due aux nombreuses ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0Si le jazz de <b>Jeanneau <\/b>sonne par endroits plus \u00ab\u00a0abstrait\u00a0\u00bb que celui des repr\u00e9sentants de la nouvelle g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sents juste avant lui sur la sc\u00e8ne de l\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre de la Cit\u00e9 de la Musique, il n\u2019en reste pas moins riche de propositions harmoniques, m\u00e9lodiques et rythmiques s\u00e9duisantes et accessibles, tel ce calypso enjou\u00e9 qui surgit vers la fin du concert ou ce \u00ab\u00a0<i>On Green Dolphin Street<\/i>\u00bb en rappel apr\u00e8s une ovation debout largement m\u00e9rit\u00e9e.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En effet le jazz de <b>Jeanneau<\/b> fait entendre des voix majeures et uniques de cette musique qui, de tout temps, s\u2019est jou\u00e9e sans tenir compte des cat\u00e9gories d\u2019\u00e2ge.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Souhaitons donc aux jeunes musiciens sortis des conservatoires et autres \u00e9coles de jazz de rencontrer des mentors de la trempe de <b>Fran\u00e7ois Jeanneau<\/b> qui pourront les aider \u00e0 \u00e9largir leur vision et leur champ d\u2019action.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019autre conseil qu\u2019on peut leur donner est d\u2019aller voir au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de l\u2019Hexagone ce qui s\u2019y mijote dans des sc\u00e8nes locales foisonnantes et diversifi\u00e9es. <b>Jeanneau<\/b> a bien d\u00e9nich\u00e9 Emil Spanyi et Joe Quitzke en Hongrie (ou presque puisqu\u2019en fait ce sont eux qui sont venus explorer la sc\u00e8ne fran\u00e7aise et s\u2019y faire un nom il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Rien n\u2019emp\u00eache ses cadets d\u2019aller \u00e0 leur tour confronter leur pratique \u00e0 l\u2019arc en ciel des tendances et mouvances du jazz europ\u00e9en.<\/span><\/p>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">06\/09\/2024<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En premi\u00e8re partie de <b>Kenny Garrett<\/b>, c\u2019est le 4tet de <b>Muriel Grossmann<\/b> qui ouvre le bal.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Au sax soprano, la leadeuse du groupe poss\u00e8de une sonorit\u00e9 dense et ac\u00e9r\u00e9e et un phras\u00e9 tranchant. Mais le son de groupe est trop envahissant, ce qui est le probl\u00e8me de <i>La Philharmonie <\/i>qui n\u2019est pas faite, acoustiquement parlant, pour la musique \u00e9lectrifi\u00e9e \u2014 qui a \u00e9t\u00e9 choisie comme lieu de concert jazz par d\u00e9faut, <i>la Grande Halle<\/i> \u00e9tant r\u00e9quisitionn\u00e9es pour les J.O.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Au sax alto, <b>Grossmann<\/b> poss\u00e8de un son et un phras\u00e9 plus fluides et la guitare n\u2019est pas en reste, qui d\u00e9livre des solos bluesy d\u2019une grande limpidit\u00e9 quoiqu\u2019un peu trop longs \u00e0 mon go\u00fbt.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quant \u00e0 l\u2019orgue et la batterie, ils ronronnent et cr\u00e9pitent assez lourdement. On est l\u00e0 dans un jazz grooveux sans grande originalit\u00e9 mais bien ficel\u00e9 et qui se situe bien en dessous de ce que faisaient les omnipr\u00e9sents <i>organ combos<\/i> des ann\u00e9es 60.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"attachment_41683\" style=\"width: 860px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-41683\" class=\"size-full wp-image-41683\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Muriel_Grossmann_Qt_00019.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Muriel_Grossmann_Qt_00019.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Muriel_Grossmann_Qt_00019-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Muriel_Grossmann_Qt_00019-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><p id=\"caption-attachment-41683\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Muriel Grossmann Quartet &#8211; Jazz \u00e0 la Villette &#8211; Philharmonie de Paris : Muriel Grossmann (saxophone) et Radomir Milojkovic (guitare)<\/span><\/p><\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Kenny Garrett<\/b>, on l\u2019attendait au tournant, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas venu \u00e0<b> Jazz \u00e0 la Villette<\/b>.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est tout de blanc v\u00eatu qu\u2019il se pr\u00e9senta sur sc\u00e8ne et d\u2019embl\u00e9e son alto trancha dans la masse sonore du quintet.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La sono trop forte, g\u00e2cha un peu le solo du pianiste et l\u2019alto s\u2019en tira mieux\u2026 Mais on ne reconnut pas bien la magnifique sonorit\u00e9 qu\u2019on lui conna\u00eet. C\u2019est enfin la basse qui p\u00e2tit le plus de cette sonorisation brouillonne, surtout en solo.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quant \u00e0 la chanteuse-percussionniste, elle est carr\u00e9ment inaudible, tandis que le couple basse-batterie \u00e9volue dans une \u00e9paisse brume sonore.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le public nombreux, qui est rapidement invit\u00e9 \u00e0 claquer des mains, semble pourtant appr\u00e9cier ce concert d\u00e9cevant, tant au niveau de la musique que de la sonorisation, tandis que le gars Qu\u00e9num et son coll\u00e8gue de <i>Jazzmag<\/i> quittent les lieux, sans se concerter, apr\u00e8s le troisi\u00e8me morceau.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"attachment_41685\" style=\"width: 860px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-41685\" class=\"size-full wp-image-41685\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/20240906_Kenny_Garrett_JazzVillette_010.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/20240906_Kenny_Garrett_JazzVillette_010.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/20240906_Kenny_Garrett_JazzVillette_010-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/20240906_Kenny_Garrett_JazzVillette_010-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><p id=\"caption-attachment-41685\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Kenny Garrett \u00ab\u00a0Sounds from the Ancestors\u00a0\u00bb &#8211; Jazz \u00e0 la Villette &#8211; Philharmonie de Paris : Kenny Garrett (saxophone) et Jeremiah Edwards (basse)<\/span><\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Et votre d\u00e9vou\u00e9 serviteur trace la route dans le Paris nocturne sur son fid\u00e8le scooter Honda \u00ab\u00a0Swing\u00a0\u00bb (il n\u2019y a pas d\u2019hasard\u00a0!) pour aller se nettoyer les oreilles \u00e0 la p\u00e9niche <em>Le Son de la Terre<\/em>, o\u00f9 <strong>Jean-Pierre Como<\/strong> et son combo mi-Rital mi-Frenchy d\u00e9chire sa reum chaud bouillant ou coolissime, en configuration totalement acoustique, avant de faire des bisous et autres papouilles \u2014 hante ou bien tout tonnerre et au-dessus de la ceinture \u2014 \u00e0 l\u2019un de leurs <em>jazz<\/em> <em>writers<\/em> favoriz (Ol\u00e9\u00a0!).<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">07\/09\/2024<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Du trio de <strong>Brad Mehldau<\/strong>, le moins qu\u2019on puisse attendre, c\u2019est qu\u2019il se produise avec une sonorisation acoustique correcte.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce fut le cas dans la <em>Grande Salle de la Cit\u00e9 de la Musique<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le pianiste commence avec un ostinato dans les mediums-aigus du clavier, bient\u00f4t rejoint par une main gauche et une contrebasse \u00e9conomes, accompagn\u00e9es par une batterie discr\u00e8te. Quel bonheur d\u2019entendre cette sonorit\u00e9 de trio fluide et vibrante qui prend son temps pour asseoir une atmosph\u00e8re d\u2019une pl\u00e9nitude intimiste remarquable.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le morceau suivant est plus enjou\u00e9 avec une ligne m\u00e9lodique bondissante expos\u00e9e conjointement par le piano et la basse. Plus lyrique, le th\u00e8me qui suit \u2014 <em>\u00ab\u00a0Blue Impulse<\/em>\u00a0\u00bb \u2014 est trait\u00e9 avec un grand classicisme o\u00f9 la m\u00e9lodie est mise en avant avec une rigueur et une lisibilit\u00e9 cantabile du meilleur effet.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Mehldau<\/strong> a de toute \u00e9vidence renonc\u00e9 \u00e0 \u00e9pater, se contentant d\u2019inscrire son jeu dans la grande tradition du beau piano jazz. Et s\u2019il poss\u00e8de les moyens techniques de sid\u00e9rer son public, il ne les met jamais en \u0153uvre pour de mauvaises raisons.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Maturit\u00e9\u00a0? Certes, mais aussi attitude d\u2019un artiste qui n\u2019a plus rien \u00e0 prouver et qui puise dans un r\u00e9pertoire personnel accumul\u00e9 au fil des ans, \u00e9maill\u00e9 de quelques standards.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Avec un nouveau, jeune et fort bon bassiste, <strong>Felix Moselholm<\/strong>, et le batteur de ses d\u00e9buts, <strong>Jorge Rossy, Mehldau<\/strong> est moins aventureux qu\u2019avec sa rythmique majeure compos\u00e9e des excellents Larry Grenadier et Jeff Ballard, mais il creuse ici un sillon fertile o\u00f9 il peut exprimer ce qu\u2019il est devenu \u00e0 54 ans.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Mehldau<\/strong> avait intitul\u00e9 voici quelques lustres, une s\u00e9rie de CDs \u00ab\u00a0<em>The Art of the Trio<\/em>\u00a0\u00bb et il a continu\u00e9 \u00e0 cultiver cet art parall\u00e8lement \u00e0 des disques en solo ou autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans la formule actuelle, le triangle n\u2019est pas \u00e9quilat\u00e9ral et le pianiste est clairement le boss, m\u00eame si ses sidemen sont de haut niveau, entre autres sur un standard tel qu\u2019<em>\u00ab Impression<\/em>\u00a0\u00bb (de John Coltrane, trait\u00e9 en 5\/4) o\u00f9 le bassiste et le batteur s\u2019octroy\u00e8rent chacun un copieux solo.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais <strong>Mehldau<\/strong> \u2014 qui, voici quelque temps, pouvait sembler morose, nostalgique voire d\u00e9pressif et heureux que Ballard et Grenadier le poussent vers le plaisir de jouer \u2014 irradie aujourd\u2019hui une resplendissante s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui fait plaisir \u00e0 entendre.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Trois autres standards, un \u00ab\u00a0<em>Estate\u00a0<\/em>\u00bb d\u2019une majestueuse lenteur, un \u00ab\u00a0<em>From this Moment on<\/em>\u00a0\u00bb joyeusement tranquille \u2014 o\u00f9 la contrebasse et la batterie eurent \u00e0 nouveau l\u2019occasion de s\u2019illustrer brillamment \u2014 et un <em>\u00ab\u00a0Young and Foolish<\/em>\u00a0\u00bb du m\u00eame acabit vinrent confirmer cette esth\u00e9tique du <em>less is more<\/em>. Et c\u2019est avec une vision lumineuse du piano et du trio que <strong>Mehldau <\/strong>\u00e9grena le r\u00e9pertoire d\u2019un concert o\u00f9 il avait de toute \u00e9vidence autant de plaisir \u00e0 retrouver le public parisien, que ce dernier \u00e9prouva de bonheur \u00e0 \u00e9couter un de ses musiciens favoris.<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Atelier du Plateau\u00a0<\/em>: <strong>Paul Jarret Acoustic Large Ensemble<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Contraste total \u2014 quoi que la musique, comme son nom l\u2019indique, soit \u00e9galement acoustique \u2014 avec l\u2019ALE de <strong>Paul Jarret<\/strong>. L\u00e0 c\u2019est elle, dira-t-on. Et effectivement elle est bien l\u00e0\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Du solo de violons introductifs aux parfums celtiques \u00e0 l\u2019ensemble de cordes, anches et embouchures, on est dans le haut du panier d\u2019un jazz europ\u00e9en assum\u00e9 dans ses sonorit\u00e9s et dans un flux qu\u2019on ne trouve que sur le Vieux Continent.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0\u00ab<em>\u00a0Vieux<\/em>\u00a0\u00bb est d\u2019ailleurs impropre tant l\u2019\u00e9criture touffue est innovatrice, sans parler de l\u2019instrumentation unique. Ce son dense et touffu s\u2019enfle et d\u00e9cro\u00eet majestueusement, laissant percevoir les subtilit\u00e9s des timbres de chaque instrument qui s\u2019imbrique ou s\u2019individualisent de fa\u00e7on tout, sauf al\u00e9atoire. Car pour diriger une telle phalange il faut une plume ac\u00e9r\u00e9e et une grande science des alliages sonores et des dynamiques. Tant\u00f4t fluide, tant\u00f4t \u00e9paisse, la sonorit\u00e9 d\u2019ensemble est magnifique et innovante, puisant all\u00e8grement dans la musique minimaliste et les franges de la contemporaine r\u00e9p\u00e9titive voire les musique folk et baroque. Pas de batterie ici, ni de longs solos.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019aucuns demanderont\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce encore du jazz\u00a0?<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">En fait on s\u2019en fout, envo\u00fbt\u00e9 qu\u2019on est par ce flux tranquille ou temp\u00e9tueux et cette masse sonore imposante et ductile au sein de laquelle deux contrebasses peuvent dialoguer sur un motif r\u00e9p\u00e9titif r\u00e9it\u00e9r\u00e9 dans les aigus et les m\u00e9diums.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La guitare peut entonner une d\u00e9licate m\u00e9lop\u00e9e popisante tandis que l\u2019Ensemble, dispos\u00e9 en cercle, lui fournit un contrepoint harmonique et m\u00e9lodique de toute beaut\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Navigant souvent dans las graves du spectre sonore (2 basse &amp; 2 tubas\u00a0!), la sonorit\u00e9 de l\u2019Ensemble vous prend aux tripes tout en sollicitant fr\u00e9quemment votre oreille harmonique. Cette sorte de basse continue, h\u00e9rit\u00e9e de la musique baroque, est d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable et, utilis\u00e9e finement, elle apporte un substrat d\u2019une grande beaut\u00e9 aux instruments qui \u00e9voluent dans les aigus et les m\u00e9diums (violon alto, harpe). Une telle utilisation de la conduite de voix est absolument sid\u00e9rante et participe amplement au charme envoutant d\u2019une musique qu\u2019on esp\u00e8re entendre souvent sur les sc\u00e8nes hexagonales et europ\u00e9ennes.<\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a9Photos Jazz \u00e0 La Villette<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore une fois, la programmation du dernier Festival Estival Parisien conclut la saison 2024. 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