{"id":40959,"date":"2024-05-29T08:23:33","date_gmt":"2024-05-29T07:23:33","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=40959"},"modified":"2024-05-29T08:35:39","modified_gmt":"2024-05-29T07:35:39","slug":"histoire-dun-theme-take-five","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/histoire-dun-theme-take-five\/","title":{"rendered":"Histoire d&rsquo;un th\u00e8me &#8211; Take Five"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Le jazz, comme la musique baroque puis classique, raffole des \u00ab\u00a0th\u00e8me et variations\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0Goldberg\u00a0\u00bb de Bach au \u00ab\u00a0Tema con variazioni\u00a0\u00bb de Janaceck en passant par les \u00ab\u00a0Diabelli\u00a0\u00bb de Beethoven ou celles sur un th\u00e8me de Paganini de Brahms. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>En jazz, certains obsessionnels tels que John Coltrane ou Lee Konitz ont enregistr\u00e9 nombre de versions de \u00ab\u00a0My Favorite Things\u00a0\u00bb pour l\u2019un, de \u00ab\u00a0All the Things You Are\u00a0\u00bb pour l\u2019autre.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 un standard moderne qui a largement d\u00e9pass\u00e9\u00a0 en notori\u00e9t\u00e9 le cercle des amateurs de jazz que je voudrais m\u2019attaquer\u00a0: \u00ab\u00a0Take Five\u00a0\u00bb de Paul Desmond (et non de Dave Brubeck comme certains le croient encore du fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 initialement enregistr\u00e9 par le quartet du pianiste au sein duquel Desmond tenait le poste de saxophoniste alto). <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Tout le monde a pu, gr\u00e2ce \u00e0 ce \u00ab\u00a0tube\u00a0\u00bb se familiariser avec le rythme \u00e0 cinq temps et chacun a m\u00e9moris\u00e9 la petite m\u00e9lodie qui se pose sur ce rythme impair.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Inutile de commenter la version originale archi connue, au point qu\u2019elle est quasiment devenue une rengaine. Mais voyons ce qu\u2019en a fait, pour commencer <strong>Quincy Jones<\/strong>, en grande formation \u00e9videmment.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il commence par la batterie et la basse qui impulsent aux cinq temps un souple d\u00e9hanchement avant que les trombones n\u2019entrent progressivement en harmonisant le riff sur lequel le reste de l\u2019orchestre greffe un subtil contrechant. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 le tube se voit m\u00e9tamorphos\u00e9 et quand la section de saxophones entonne le d\u00e9but du th\u00e8me on est clairement dans un autre paysage. D\u2019autant que ce th\u00e8me se verra d\u00e9coup\u00e9 en tranches m\u00e9lodiques auxquelles r\u00e9pondent de somptueux riffs de trompettes\/trombones. Il serait fastidieux de d\u00e9crire en d\u00e9tail le magnifique travail d\u2019orchestration de Quincy Jones. Retenons simplement que sur le solo d\u2019alto de Phil Woods essentiellement soutenu par la rythmique il greffe des interventions de cuivre qui ponctuent le d\u00e9roul\u00e9 du chorus (lequel ne rappelle en rien l\u2019original de Desmond) jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un vibraphone inattendu vienne donner \u00e0 l\u2019espace sonore une dimension quasi spectrale. On est ici dans la haute couture orchestrale et Quincy Jones a l\u2019art d\u2019insuffler de l\u2019inattendu dans le connu. Derni\u00e8re trouvaille g\u00e9nialissime\u00a0: quand le th\u00e8me refait surface Quincy Jones met une portion de la m\u00e9lodie en \u00e9cho, cr\u00e9ant ainsi un effet de suspense qui fait attendre la suite, et c\u2019est l\u2019orchestre tout entier qui reprendra cette m\u00e9lodie qui petit \u00e0 petit dispara\u00eet comme par enchantement.`<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">(Album \u00ab\u00a0<strong>Quincy Jones<\/strong>\u00a0<strong><em>Plays Hip Hits<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0\/Mercury &#8211; 1963):<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/4jNINm9Xm5aaaiu6mWep4v?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Aux antipodes de cette version en technicolor sonore et en grande formation, on trouve celle de <strong>Rhoda Scott<\/strong> dont l\u2019orgue Hammond est simplement accompagn\u00e9 d\u2019une batterie qui n\u2019est pas particuli\u00e8rement mise en avant. Ici, c\u2019est l\u2019excellent solo d\u2019orgue, gorg\u00e9 de groove, qui sert de pi\u00e8ce de r\u00e9sistance \u00e0 cette courte et rapide interpr\u00e9tation de moins de 3 minutes soutenue par un drumming fourni. Rhoda Scott s\u2019approprie le tube en restant fid\u00e8le \u00e0 la m\u00e9lodie mais en la transposant dans le style propre \u00e0 son instrument et Take Five est tellement mall\u00e9able qu\u2019il se pr\u00eate sans probl\u00e8me \u00e0 ce traitement v\u00e9loce et vigoureux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">(Album <strong>Rhoda Scott &#8211; \u00ab\u00a0Take Five\u00a0\u00bb<\/strong>\/Verve &#8211; 1991)\u00a0<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/6Ti0OebeOiFUlK36U5Vzr9?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Al Jarreau<\/strong>, quant \u00e0 lui, sur un de ses plus c\u00e9l\u00e8bres enregistrements publics, commence par un scat quasiment chuchot\u00e9 auquel il imprime une pulsation souple et tonique avant que ses comparses aux claviers et au vibraphone ne viennent l\u2019\u00e9pauler alors qu\u2019il commence \u00e0 chanter les paroles. La batterie reste ici assez discr\u00e8te car c\u2019est la voix du chanteur qui se charge de l\u2019aspect rythmique et m\u00e9lodique de cette interpr\u00e9tation habit\u00e9e o\u00f9 Jarreau varie constamment l\u2019intensit\u00e9 de son chant en passant continuellement d\u2019un scat terriblement inventif \u00e0 une prise en charge des paroles. On reste totalement scotch\u00e9 par les inflexions et les virages m\u00e9lodico-rythmiques de cette voix tour \u00e0 tour souple et puissante qui peut tout se permettre sur un morceau qu\u2019elle transfigure.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">(Album <strong>Al Jarreau \u00ab\u00a0<em>Look to the Rainbow<\/em>\u00ab\u00a0<\/strong>\/Warner Bros.Live 1977)<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/7q75JQTz2KqTtgEgIO0ULB?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>George Benson<\/strong>, par un moulinet de son guitariste rythmique, imprime \u00e0 Take Five une dynamique funky qui se maintiendra tout au long du morceau.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Sur ce substrat, le guitariste soliste \u00e9nonce la m\u00e9lodie note pour note avec une d\u00e9contraction au niveau du phras\u00e9 et une rondeur de son inimitables. C\u2019est par la suite le solo du leader qui retiendra toute l\u2019attention\u00a0: un d\u00e9boul\u00e9 de phrases v\u00e9loces et fortement accentu\u00e9es sur le plan rythmique d\u00e9file avec une invention m\u00e9lodique renversante. On ne reconna\u00eet plus la m\u00e9lodie tant Benson a fait sienne cette version et quand le piano \u00e9lectrique prend le relai du guitariste l\u2019int\u00e9r\u00eat baisse de fa\u00e7on \u00e9vidente. On pourrait souhaiter que cette version longue de plus de sept minutes soit davantage concentr\u00e9e sur le solo de Benson, mais ce dernier \u2014 qui intervient de nouveau de fa\u00e7on moins\u00a0 int\u00e9ressante vers la fin \u2014, quoi qu\u2019excellent soliste, n\u2019a pas en tant que \u00ab\u00a0metteur en sons\u00a0\u00bb (comme on dit metteur en sc\u00e8ne au th\u00e9\u00e2tre) la dimension et le talent de Jones ou de Jarreau.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">(Album <strong>George Benson \u00ab\u00a0<em>Bad Benson<\/em>\u00ab\u00a0<\/strong>\/CTI) or<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/5NokPZ0EoOl3t5SHKy2zA3?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Paul Desmond<\/strong> lui-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas un grand fan de son \u00ab\u00a0tube\u00a0\u00bb dont le succ\u00e8s l\u2019avait un peu d\u00e9pass\u00e9. Au point qu\u2019il composa par la suite et par d\u00e9rision un \u00ab\u00a0Take Ten\u00a0\u00bb tout \u00e0 fait int\u00e9ressant, ne serait-ce que par la participation du guitariste Jim Hall.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourtant le saxophoniste revint sur son morceau f\u00e9tiche au mitan des ann\u00e9es 70 avec son propre groupe\u00a0: une guitare (Ed Bickert), une basse (Don Thompson) et une batterie (Jerry Fuller) nullement mise en avant, le tout sur un tempo nonchalant correspondant parfaitement \u00e0 celui qui se qualifiait lui-m\u00eame non sans ironie d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0alto le plus lent de la plan\u00e8te\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il est clair que Desmond veut ici se d\u00e9marquer de la version originelle. Outre son propre solo arabisant, c\u2019est \u00e0 la basse qu\u2019est confi\u00e9 le r\u00f4le principal et il faut reconna\u00eetre que cette version live tardive (Desmond meurt deux ans plus tard \u00e0 52 ans) s\u2019\u00e9loigne en beaut\u00e9 de celle qui a fait le succ\u00e8s et la r\u00e9putation de son auteur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">(Album \u00ab\u00a0<strong><em>The Paul Desmond Quartet Live<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0\/ A&amp;M-Horizon- 1974)\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=GT9AoQjzpEw\"><strong>Video Youtube<\/strong><\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-40951\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Paul-Desmond-4tet.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"481\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Paul-Desmond-4tet.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Paul-Desmond-4tet-300x170.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Paul-Desmond-4tet-768x435.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jazz, comme la musique baroque puis classique, raffole des \u00ab\u00a0th\u00e8me et variations\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0Goldberg\u00a0\u00bb de Bach au \u00ab\u00a0Tema con variazioni\u00a0\u00bb de Janaceck en passant par les \u00ab\u00a0Diabelli\u00a0\u00bb de Beethoven&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":178,"featured_media":40955,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13],"tags":[159,2969,76,1092,3334],"class_list":{"0":"post-40959","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"tag-al-jarreau","10":"tag-george-benson-fr","11":"tag-paul-desmond","12":"tag-quincy-jones-fr","13":"tag-rhoda-scott-fr"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/178"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40959"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":40960,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40959\/revisions\/40960"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/40955"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}