{"id":38212,"date":"2023-07-06T11:15:00","date_gmt":"2023-07-06T10:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=38212"},"modified":"2023-07-06T11:15:00","modified_gmt":"2023-07-06T10:15:00","slug":"fred-hersch-trio-le-bal-blomet-paris-29-06-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/fred-hersch-trio-le-bal-blomet-paris-29-06-2023\/","title":{"rendered":"Fred Hersch Trio @ le Bal Blomet, Paris &#8211; 29\/06\/2023"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\"><strong>J\u2019arrive un peu en retard au Bal Blomet (essayez d\u2019arriver \u00e0 l\u2019heure, vous, avec les embouteillages caus\u00e9s entre autres par la police qui ratisse fr\u00e9n\u00e9tiquement Paris et sa banlieue depuis hier soir parce que Paname et environs c\u2019est pas mal le Bronx ces jours-ci). Je trouve assez facilement une place au balcon o\u00f9 je peux installer mon fid\u00e8le Mac Book \u2014 car j\u2019\u00e9cris toujours pendant que le concert se d\u00e9roule et il ne faut pas que la luminosit\u00e9 de mon \u00e9cran g\u00eane le public qui, lui, a pay\u00e9 sa place \u2014 et je suis tout de suite happ\u00e9 par la magnifique sonorit\u00e9 du piano sous les doigts de Fred Hersch qui est un ma\u00eetre du toucher subtil et raffin\u00e9.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Quant \u00e0 sa rythmique de luxe (Drew Gress \u00e0 la contrebasse et Joey baron \u00e0 la batterie, s\u2019il vous plait \u2014 et si \u00e7a ne vous plait pas\u2026 mais je n\u2019insisterai pas sur ce point) elle lui apporte un magnifique soutien au fur et \u00e0 mesure que le tempo s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et que le th\u00e8me\u00a0 gagne en intensit\u00e9 sans jamais d\u00e9passer le tempo m\u00e9dium. Apr\u00e8s le court solo de contrebasse Hersch r\u00e9expose le th\u00e8me\u00a0: une jolie m\u00e9lodie aux contours chaloup\u00e9s que le public nombreux applaudit chaudement. \u00ab\u00a0This is my favorite place to play in Paris\u00a0\u00bb dit le pianiste en pr\u00e9sentant ses accompagnateurs, et on sent effectivement qu\u2019il est comme chez lui ici, ce qui ne veut pas dire qu\u2019il va chausser ses charentaises.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Apr\u00e8s ce th\u00e8me de Kenny Wheeler, Hersch attaque une de ses compos\u00a0: une m\u00e9lodie qu\u2019on pourrait presque qualifier de simplette, sur un rythme guilleret. Mais l\u2019impro de piano rythmiquement tr\u00e8s appuy\u00e9e qui suit montre que ce petit bout de chanson se pr\u00eate fort bien \u00e0 un traitement inventif aux virages inattendus qu\u2019on n\u2019aurait pas pens\u00e9 la voir receler. C\u2019est l\u2019apanage des grands musiciens que d\u2019\u00eatre capables d\u2019extraire des p\u00e9pites harmoniques, m\u00e9lodiques et rythmiques d\u2019un th\u00e8me en apparence anodin, et Hersch est ind\u00e9niablement un des grands des 88 touches et du jazz en g\u00e9n\u00e9ral. La contrebasse ronronne et vibre all\u00e8grement sur ce tempo enlev\u00e9 et la batterie de Baron cr\u00e9pite avant d\u2019entamer une s\u00e9rie de 4\/4 pugnaces et d\u00e9tonants avec le leader dont le jeu en accords plaqu\u00e9s et en arp\u00e8ges reste comparativement serein par rapport \u00e0 la batterie qui se d\u00e9chaine. Le public, lui aussi, se d\u00e9chaine en applaudissant \u00e0 tout rompre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Cet auditoire est de toute \u00e9vidence compos\u00e9 de connaisseurs\/euses et je ferais presque figure de puceau, moi qui vois Hersh en live pour la premi\u00e8re fois\u00a0! Le morceau suivant, toujours de Hersch, est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Jobim et c\u2019est la contrebasse qui entonne la m\u00e9lodie avec une placide profondeur de son et un phras\u00e9 majestueusement lent. C\u2019est objectivement tr\u00e8s beau et \u00e7a le devient encore plus quand le piano prend un solo qui magnifie l\u2019harmonie et la ligne m\u00e9lodique du th\u00e8me. Ces trois musiciens ont un grand sens de la mise en espace de la musique. Je veux dire par l\u00e0 qu\u2019ils organisent une r\u00e9partition des voix quasi spatiale, jouant avec les silences, l\u2019intensit\u00e9, les br\u00e8ves acc\u00e9l\u00e9rations ou ralentissement de tempo\u2026 Bref l\u2019interplay entre eux trois est d\u2019une densit\u00e9 et d\u2019une fluidit\u00e9 sid\u00e9rante et ce trio poss\u00e8de clairement son propre son de groupe, par-del\u00e0 la sonorit\u00e9 de chacun de ses membres, tel Joey Baron qui propose maintenant un solo o\u00f9 il frappe ses toms et ses cymbales \u00a0\u00e0 mains nues, alternant des bombes et des frappes plus l\u00e9g\u00e8res tandis que le piano et la basse assurent une tournerie\u00a0 r\u00e9p\u00e9titive en accords. D\u00e9lire d\u2019applaudissements largement m\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-38225\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/fredhersch_markniskanen1_hi-res.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/fredhersch_markniskanen1_hi-res.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/fredhersch_markniskanen1_hi-res-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/fredhersch_markniskanen1_hi-res-768x511.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Si ce premier set se maintient \u00e0 un tel niveau de cr\u00e9ativit\u00e9 je vais \u00eatre jaloux du public du second concert\u00a0o\u00f9 les trois lascars seront vraisemblablement encore plus chauds ! Baron, qui est un peu le lutin comique du trio fait tomber ou semblant de faire tomber ses baguettes et occasionne un court interm\u00e8de d\u2019humour d\u00e9sopilant. Puis le piano \u00e9gr\u00e8ne des arp\u00e8ges piqu\u00e9s tandis que la basse gronde dans les graves et que Baron fait cr\u00e9piter sa batterie de fa\u00e7on apparemment d\u00e9sordonn\u00e9e. Pas de r\u00e9elle m\u00e9lodie ici\u2026 mais si, elle appara\u00eet au bout de quelques minutes et c\u2019est un joli th\u00e8me aux accents ludiques qui explore le m\u00e9dium et l\u2019aigu du clavier avec un phras\u00e9 capricant du plus bel effet. Je parlais plus haut du sens de la mise en espace de ce trio. Il ma\u00eetrise \u00e9galement le d\u00e9roul\u00e9 du set, alternant tension et d\u00e9tente, acc\u00e9l\u00e9rations et ralentissements, douceur et fermet\u00e9 ce qui fait qui fait que ce concert semble suivre un sc\u00e9nario magistralement con\u00e7u, tout en apparaissant comme totalement spontan\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Le morceau que le trio vient de jouer est d\u00e9di\u00e9 au pianiste fran\u00e7ais Beno\u00eet Delbecq. Je ne ne savais pas qu\u2019Hersch le connaissait et l\u2019appr\u00e9ciait. Un musicien am\u00e9ricain qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ses confr\u00e8res europ\u00e9ens est plus ou moins un oiseau rare et Hersch est de toute \u00e9vidence un de ceux-l\u00e0. La derni\u00e8re fois que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d\u2019un tel ph\u00e9nom\u00e8ne c\u2019\u00e9tait la pianiste et chanteuse am\u00e9ricaine Patricia Barber qui me confiait appr\u00e9cier hautement ses conf\u00e8res italien et fran\u00e7ais Enrico Pieranunzi et Jacky Terrasson. Comme la musicienne de Chicago, Fred Hersch est de toute \u00e9vidence un artiste ouvert et cultiv\u00e9. Ca se ressent d\u2019ailleurs dans son jeu alors qu\u2019il expose maintenant une somptueuse ballade qui, comme le premier morceau que j\u2019ai entendu, prend de l\u2019ampleur avant de redevenir paisiblement sereine. Et le dernier morceau est un standard, \u00ab\u00a0Softly as in a Morning Sunrise\u00a0\u00bb, pris en tempo m\u00e9dium. Je poss\u00e8de un certain nombre de versions de ce th\u00e8me intemporel et je dois dire que celle du trio de Fred Hersch \u2014 o\u00f9 Joey Baron a opt\u00e9 pour le jeu aux balais tandis que Drew Gress d\u00e9roule une imp\u00e9riale <em>walking bass<\/em> \u2014 est une des plus inventive et int\u00e9ressante qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019ou\u00efr.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Que des musiciens contemporains comme Hersch soient toujours d\u00e9sireux de puiser dans le \u00ab\u00a0<em>Great American<\/em> Songbook\u00a0\u00bb est rassurant pour l\u2019avenir de ces chansons que les musiciens plus jeunes ont tendance \u00e0 n\u00e9gliger. Comme me le disait voici quelques ann\u00e9es en interview Sonny Rollins,\u00e0 qui je demandais ce qu\u2019il pensait des standards\u00a0: \u00ab\u00a0On n\u2019est pas oblig\u00e9 de les jouer en concert ou sur disque, mais il faut les conna\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb Et c\u2019est par des accords telluriques martel\u00e9s dans les graves du piano qu\u2019Hersch termine ce set, d\u2019abord seul. Puis il laisse poindre la m\u00e9lodie par bribes et on reconna\u00eet sans peine le \u00ab\u00a0\u2018Round Midnight\u00a0\u00bb de Thelonious Monk. Voici typiquement un th\u00e8me que des centaines de musiciens ont jou\u00e9 ou enregistr\u00e9 au cours de plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Oser le reprendre aujourd\u2019hui sans passer pour ringard implique d\u2019avoir vraiment quelque chose \u00e0 dire sur cette grille harmonique complexe, et Hersch s\u2019en sort de fort belle mani\u00e8re, alternant accords aux <em>voicings<\/em> d\u2019une grande richesse et passages m\u00e9lodiques qui se d\u00e9marquent du th\u00e8me originel. L\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de la basse et de la batterie apr\u00e8s cette longue et magnifique intro en solo fait clairement monter la tension mais rompt, selon moi, la magie que le clavier solitaire avait install\u00e9e. Cela reste du tr\u00e8s bon trio, ne vous m\u00e9prenez pas sur ma restriction, et le public comme moi gardera, j\u2019en suis s\u00fbr, un souvenir \u00e9bloui de cette quasi heure et demie en compagnie de Fred Hersch, Drew Gress et Joey Baron. En attendant le retour, dans quelques mois on peut le parier, du pianiste dans sa salle parisienne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Et, face \u00e0 l\u2019enthousiasme de son auditoire qui l\u2019applaudit \u00e0 tout rompre, Hersch nous gratifie en rappel d\u2019un ultime standard\u00a0: \u00ab\u00a0Somewhere\u00a0\u00bb de Leonard Bernstein, tir\u00e9 de \u00ab\u00a0West Side Story\u00a0\u00bb\u00a0: une interpr\u00e9tation courte mais lumineuse qui couronne un concert exceptionnel\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Thierry Qu\u00e9num<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\">Musiciens\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\"><strong>Fred Hersch<\/strong>\u00a0: piano<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\"><strong>Drew Gress<\/strong> : contrebasse<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size: 14pt\"><strong>Joey Baron<\/strong> : batterie<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; J\u2019arrive un peu en retard au Bal Blomet (essayez d\u2019arriver \u00e0 l\u2019heure, vous, avec les embouteillages caus\u00e9s entre autres par la police qui ratisse fr\u00e9n\u00e9tiquement Paris et sa banlieue&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":178,"featured_media":38221,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13,2526],"tags":[8107,2965,6528],"class_list":{"0":"post-38212","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite","8":"category-place-du-jazz","9":"tag-drew-gress","10":"tag-fred-hersch-fr","11":"tag-joey-baron"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38212","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/178"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38212"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38212\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/38221"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38212"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38212"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38212"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}