{"id":38175,"date":"2023-07-05T10:42:28","date_gmt":"2023-07-05T09:42:28","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=38175"},"modified":"2023-07-06T09:43:59","modified_gmt":"2023-07-06T08:43:59","slug":"clovis-nicolas-4-tet-duc-des-lombards-paris-28-06-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/clovis-nicolas-4-tet-duc-des-lombards-paris-28-06-2023\/","title":{"rendered":"Clovis Nicolas 4 tet @ Duc des Lombards, Paris 28\/06\/2023"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>A l\u2019entracte, en sirotant son Coca, il me salue chaleureusement et dit \u00e0 un ami\u00a0: \u00ab\u00a0Comme c\u2019est un public diff\u00e9rent, on va faire la m\u00eame chose qu\u2019au 1\u00b0 set\u00a0!\u00a0\u00bb. Il m\u2019a inscrit sur la<em> guest list<\/em> pour le second set et je pr\u00e9f\u00e8re \u00e7a car ils ont eu le temps de se chauffer en premi\u00e8re partie. Ce quartet \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb de Clovis Nicolas j\u2019en attends beaucoup car selon moi, avec <em>my main man <\/em>Tom Harrell, il est un des plus passionnants exposants d\u2019un n\u00e9o-hard bop qui, jou\u00e9 par beaucoup d\u2019autres musiciens sonne nettement inf\u00e9rieur et passablement guind\u00e9 par rapport \u00e0 sa version originale des ann\u00e9es 60.<\/strong> <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce n\u00e9o-hard bop, qui a eu le vent en poupe \u00e0 partir des ann\u00e9es 90, il a parfaitement droit de cit\u00e9 parall\u00e8lement \u00e0 d\u2019autres idiomes du jazz vivant quand il est r\u00e9activ\u00e9 et renouvel\u00e9 par des musiciens inspir\u00e9s qui ont cette esth\u00e9tique chevill\u00e9e au corps. Et <strong>Clovis<\/strong> est de ceux-l\u00e0. Avec des musiciens tels que <strong>Leon Parker<\/strong> \u00e0 la batterie, <strong>Jeremy Pelt <\/strong>\u00e0 la trompette et <strong>Simona Premazzi<\/strong>, une pianiste que je ne connais pas, il est difficile de faire de la musique ennuyeuse et le set d\u00e9marre tr\u00e8s cool avec <strong>Pelt <\/strong>qui expose la m\u00e9lodie sur une rythmique chaloup\u00e9e que drivent le piano, la basse du leader et la batterie discr\u00e8te de <strong>Parker<\/strong>. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce dernier n\u2019a plus le <em>set<\/em> hyper r\u00e9duit et hyper performant de ses d\u00e9buts avec Jacky Terrasson en trio mais il se contente toujours d\u2019une batterie assez \u00e9conomique dont il tire le maximum sans le moindre effort apparent. Apr\u00e8s le solo de <strong>Pelt<\/strong> la pianiste entonne un chorus tout en douceur dans le m\u00e9dium du clavier et on sent qu\u2019on a affaire \u00e0 une s\u00e9rieuse cliente. La contrebasse suit avec un chorus dans les graves qui balance souplement sans chercher \u00e0 faire trop d\u2019effet. C\u2019est judicieux de commencer ainsi car on sent que la tension va s\u2019accentuer au fil des th\u00e8mes. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019ailleurs sur la fin du morceau <strong>Parker<\/strong> fait monter la pression par un <em>drumming<\/em> subtilement polyrythmique du meilleur aloi. Il est clair qu\u2019on va se r\u00e9galer et le second morceau en tempo m\u00e9dium le confirme d\u2019embl\u00e9e. <strong>Parker<\/strong> joue ici avec une baguette dans la main gauche et un balai dans la droite. Ce batteur, non content d\u2019\u00eatre un formidable rythmicien, est un fin m\u00e9lodiste et l\u2019\u00e9couter accompagner ses compares est toujours un r\u00e9gal, sans parler \u00e9videmment de ses solos. La pulsion discr\u00e8te et les contrastes de dynamique n\u2019ont pas de secrets pour lui et on sent que<strong> Nicolas<\/strong> se r\u00e9gale d\u2019avoir un tel partenaire dans la paire rythmique qu\u2019il constitue avec lui. Le solo de la pianiste est cette fois-ci totalement convaincant et <strong>Clovis<\/strong> le soutient d\u2019une solide et souple pulsation. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est la basse qui d\u00e9marre le morceau suivant, soutenue par les arp\u00e8ges du piano en un duo paisible que le batteur soutient avec une mailloche et un balai en friselis sur la cymbale. Puis <strong>Pelt<\/strong> entre avec une magnifique sonorit\u00e9 bien timbr\u00e9e et un phras\u00e9 a\u00e9r\u00e9 qui laisse une large place aux silences. C\u2019est tr\u00e8s beau et le morceau se construit en prenant de l\u2019ampleur tout en restant d\u2019une souveraine tranquillit\u00e9. Le public appr\u00e9cie chaleureusement ce \u00ab\u00a0Shadow of Adagio\u00a0\u00bb qui porte bien son titre et qui, comme tout le r\u00e9pertoire, est de la plume de Nicolas qui l\u2019a enregistr\u00e9 sur son dernier disque \u00ab\u00a0The Contrapuntist\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le morceau suivant groove grave avec une <em>walking bass<\/em> v\u00e9loce du leader et un <strong>Leon Parker<\/strong> qui monte en puissance et propulse les solistes de splendide mani\u00e8re, variant les accents sur sa batterie qui \u2014 je viens de le remarquer \u2014 n\u2019a pas de p\u00e9dale charleston, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable voire terrifiante par moments. Sur cette rythmique hautement dynamique <strong>Jeremy Pelt <\/strong>envoie un superbe solo d\u2019ne grande v\u00e9locit\u00e9, puis <strong>Simona Premazzi<\/strong> donne toute sa mesure avec un phras\u00e9 de toute beaut\u00e9 \u00e0 la main droite et des accords tant\u00f4t discrets tant\u00f4t touffus de la gauche. <strong>Parker<\/strong> prend ensuite son premier solo et explore ses toms et sa cymbale d\u2019une mani\u00e8re follement aventureuse tout en maintenant un groove puissant. C\u2019est renversant d\u2019inventivit\u00e9 m\u00e9lodico-rythmique. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce batteur est clairement un des plus grands percussionnistes actuels, et ce depuis longtemps\u00a0! <strong>Simona Premazzi<\/strong> entame le morceau suivant en solo et montre magnifiquement ce dont elle est capable. En pr\u00e9sentant les musiciens Clovis nous a dit qu\u2019elle \u00e9tait une des rares Europ\u00e9ennes \u00e0 avoir jou\u00e9 sous son nom au Village Vanguard de New York, et on comprend pourquoi. Cette musicienne est vraiment une grande pianiste et sa sonorit\u00e9 comme son phras\u00e9 sont totalement convaincants. Sur cette ballade paisible <strong>Jeremy Pelt<\/strong> d\u00e9ploie un son d\u2019un moelleux remarquable. Jouer un morceau lent apr\u00e8s un rapide en public, tout en maintenant l\u2019attention et la tension, n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde et le solo de contrebasse dans le medium du manche est si m\u00e9lodique qu\u2019il s\u2019int\u00e8gre parfaitement \u00e0 l\u2019ensemble. <strong>Clovis Nicolas<\/strong> est un merveilleux contrebassiste et un compositeur inspir\u00e9. Il con\u00e7oit son instrument de fa\u00e7on orchestrale sans jamais chercher la virtuosit\u00e9 d\u00e9monstrative. Tous les morceaux qu\u2019il joue ici sont tir\u00e9s du disque \u00ab\u00a0The Contrapuntist \u00bb qu\u2019il a \u00e9crit \u00e0 l\u2019origine pour un quatuor \u00e0 cordes puis transpos\u00e9 pour un quartet de jazz. La musique classique et le contrepoint sont donc constamment sous-jacents dans ce qui est con\u00e7u comme une suite. Maintenant <strong>Leon Parker<\/strong> introduit le nouveau morceau en <em>body percussion<\/em>, en se frappant la poitrine avec les mains puis en se lan\u00e7ant dans un scat \u00e9chevel\u00e9 avant de coupler les deux pratiques. C\u2019est assez sid\u00e9rant et on se demande ce qui va suivre quand les autres musiciens entreront en sc\u00e8ne. Une nouvelle ballade, tout simplement\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-38164\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/1480144.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"1209\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/1480144.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/1480144-211x300.jpg 211w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/1480144-720x1024.jpg 720w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/1480144-768x1092.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Un morceau d\u2019une tranquille splendeur o\u00f9 la trompette d\u00e9ploie la m\u00e9lodie avec une belle sonorit\u00e9, suivie par un solo de piano d\u2019une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et enthousiasmant d\u2019inventivit\u00e9 harmonique et m\u00e9lodique. <strong>Clovis<\/strong> et <strong>Leon<\/strong> accompagnent le tout d\u2019une pulsation subtile et tonique. On est clairement dans la beaut\u00e9 et la trompette r\u00e9expose la m\u00e9lodie avant de prendre un solo intense et inspir\u00e9. On n\u2019en finirait pas de chanter les louanges de ce quartet de premi\u00e8re bourre ni de lui tresser des couronnes de laurier. <strong>Clovis Nicolas<\/strong> et ses partenaires confirment ici ce que je disais en introduction de cet article\u00a0: sous leurs doigts le jazz palpite et vibre \u00e0 son plus haut niveau et le terme \u00ab\u00a0n\u00e9o-hard bop\u00a0\u00bb para\u00eet m\u00eame r\u00e9ducteur pour qualifier leur musique. C\u2019est tout simplement de la tr\u00e8s bonne musique qui transcende les classifications stylistiques et qui r\u00e9jouit les oreilles, les corps et \u2014 oserai-je le mot\u00a0? \u2014 les \u00e2mes de tout m\u00e9lomane avis\u00e9 qui se r\u00e9gale \u00e0 l\u2019entendre live, au point qu\u2019on a presque envie de se passer d\u2019\u00e9couter autre chose pendant un moment apr\u00e8s une prestation d\u2019une telle qualit\u00e9. Bravo, donc, et merci \u00e0 eux pour cette soir\u00e9e inoubliable\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Thierry Qu\u00e9num<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Personnel\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Clovis Nicolas<\/strong>\u00a0: contrebasse, composition, lead<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jeremy Pelt<\/strong> : trompette<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Simona Premazzi<\/strong>\u00a0: piano<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Leon <\/strong>Parker : batterie, percussion<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a9Photo Header Ingrid Hertfelder<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019entracte, en sirotant son Coca, il me salue chaleureusement et dit \u00e0 un ami\u00a0: \u00ab\u00a0Comme c\u2019est un public diff\u00e9rent, on va faire la m\u00eame chose qu\u2019au 1\u00b0 set\u00a0!\u00a0\u00bb. 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