{"id":32641,"date":"2022-01-29T17:32:42","date_gmt":"2022-01-29T16:32:42","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=32641"},"modified":"2022-10-04T16:45:33","modified_gmt":"2022-10-04T15:45:33","slug":"pourquoi-le-jazz-la-cause-du-jazz-ou-les-causes-dune-passion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/pourquoi-le-jazz-la-cause-du-jazz-ou-les-causes-dune-passion\/","title":{"rendered":"Pourquoi Le Jazz ? La cause du jazz ou les causes d\u2019une passion"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"font-size: 18pt;\">A\u0300 l\u2019occasion de la sortie du guide-annuaire \u00ab\u00a0Jazz de France* \u00bb, \u00a0j\u2019avais souhaite\u0301 en 2010 en guise d\u2019introduction, enrichir sa 6e e\u0301dition d\u2019une enque\u0302te ine\u0301dite. Nous avions interroge\u0301 une centaine d\u2019acteurs majeurs de la vie du jazz : musiciens (16 re\u0301ponses), journalistes (21), photographes (4), responsables de festival ou de club (12), agents et tourneurs (10), producteurs phonographiques (6), musicologues et universitaires (3), directeurs d\u2019e\u0301cole de jazz (3), inge\u0301nieurs du son (2). Nous leur avons demande\u0301 de re\u0301pondre en toute liberte\u0301 (mais dans la contrainte, pas toujours respecte\u0301e, d\u2019un ou deux feuillets) a\u0300 cette question faussement simple : pourquoi le jazz ?<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 notre grande surprise, 77 acteurs sur 100 ont re\u0301pondu a\u0300 \u00ab cette dro\u0302le de question \u00bb volontairement ouverte, tout a\u0300 la fois nai\u0308ve, vaine, e\u0301vidente, saugrenue, essentielle, stupide, pertinente, impossible. Finalement \u00ab parfaite \u00bb pour reprendre l\u2019adjectif sugge\u0301re\u0301 par Francis Marmande. Preuve e\u0301tait donc faite que la question e\u0301tait bonne. En lanc\u0327ant ainsi au hasard une telle bouteille a\u0300 la mer nous avons touche\u0301 juste. Au point tre\u0300s sensible de la naissance d\u2019une passion. \u00ab <em>Body and soul<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>Premie\u0300re conclusion<\/strong> :<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">quand on interroge les \u00ab acteurs du jazz \u00bb, c\u2019est-a\u0300-dire tous ceux qui participent par leur engagement de vie a\u0300 la promotion, transmission, production et diffusion de cette musique aujourd\u2019hui centenaire et toujours juve\u0301nile, on ne rec\u0327oit que des re\u0301ponses d\u2019amoureux. Oui, le jazz est bien une histoire d\u2019amour. Parfois, pour les plus anciens, les souvenirs remontent aux anne\u0301es 1950 et 1960, mais jamais l\u2019e\u0301motion ne s\u2019est e\u0301mousse\u0301e. Ce qui est remarquable dans toutes ces re\u0301ponses, c\u2019est la ferveur et l\u2019ardeur que le sujet suscite. Autre bonne surprise : qu\u2019ils soient musiciens, hommes de radio, journalistes de presse e\u0301crite, agents, patrons de club ou de festival, responsables de label, ces \u00ab entremetteurs \u00bb ont tous bien du talent quand ils disent leur passion pour cette musique-la\u0300 !<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\">Pourquoi le jazz ?<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Antoine Herve\u0301<\/strong> emprunte sa re\u0301ponse a\u0300 Soulages : \u00ab La seule re\u0301ponse, incluant les raisons ignore\u0301es, tapies au plus obscur de nous-me\u0302mes et des pouvoirs de la {musique}, c\u2019est PARCE QUE !!!!!!!!! \u00bb. Et <strong>Diego Imbert<\/strong> d\u2019enfoncer le clou : \u00ab <em>Parce qu\u2019il ne peut pas en e\u0302tre autrement.<\/em> \u00bb \u00ab <em>Parce que je n\u2019ai pas eu le choix<\/em> \u00bb (<strong>Philippe Ochem<\/strong>).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Bien su\u0302r. \u00ab <em>Discute-t-on la re\u0301alite\u0301 d\u2019un volcan, d\u2019un oce\u0301an ?<\/em> s\u2019interroge <strong>Francis Hofstein<\/strong>. <em>Explique-t-on l\u2019e\u0301vidence d\u2019une existence ?<\/em> \u00bb Certes ! Sans doute ! Mais insistons : pourquoi donc le jazz ? La question, nous le savions en la posant, est perdement ambigue\u0308. Elle renvoie a\u0300 la cause, mais a\u0300 laquelle ? On sait depuis Aristote (comme nous le rappelle <strong>Philippe Me\u0301ziat<\/strong> dans sa belle re\u0301ponse) qu\u2019il y a la cause efficiente (\u00ab <em>a\u0300 cause de quoi le jazz ?<\/em> \u00bb, \u00ab <em>qu\u2019est-ce qui explique son apparition improbable au de\u0301but du XXe ?<\/em> \u00bb), mais aussi la cause finale (\u00ab <em>pour quoi faire ?<\/em> \u00bb, \u00ab <em>a\u0300 quelle fin ?<\/em> \u00bb). Nous oublierons les deux autres causes, la mate\u0301rielle et la formelle, quelque peu hors sujet. Quoique !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour ce qui concerne la cause finale, <strong>Philippe Ghielmetti<\/strong> re\u0301pond laconiquement : \u00ab <em>pour Vivre<\/em>\u00a0<em>!<\/em> \u00bb. \u00ab <em>Et donc pour ne pas mourir<\/em> \u00bb renche\u0301rit <strong>Pascal Bussy<\/strong>. \u00ab Parce qu\u2019il m\u2019a permis de changer de vie \u00bb confesse <strong>Fre\u0301de\u0301ric Charbaut<\/strong>. Bien su\u0302r, le jazz ne sert a\u0300 rien. Il est inutile et pourtant indispensable : \u00ab <em>Parce que le jazz est une raison de vivre<\/em> \u00bb (<strong>Se\u0301bastien Vidal<\/strong>). \u00ab <em>Parce qu\u2019il est bien plus que de la musique<\/em>, avoue <strong>Jean-Louis Wiart<\/strong>. <em>C\u2019est une manie\u0300re de voir, de respirer, d\u2019appre\u0301hender la vie. On parle a\u0300 juste raison de jazz attitude<\/em> \u00bb. <strong>Guy Le Querrec<\/strong> la de\u0301nit : \u00ab <em>E\u0302tre jazz, c\u2019est avant tout une manie\u0300re de vivre, de se promener sur le fil du hasard pour attraper une e\u0301toile filante.<\/em> \u00bb Et <strong>Philippe Me\u0301ziat<\/strong> de conclure : \u00ab <em>A\u0300 cause d\u2019un je ne sais quoi et pour presque rien<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quant a\u0300 la cause efficiente, le philosophe <strong>Christian Be\u0301thune<\/strong> pre\u0301vient : \u00ab <em>Que le jazz fut sans \u201c<\/em>pourquoi<em>\u201d explique la g\u00e9n\u00e8se scandaleuse de son apparition aux oreilles de l\u2019Occident qui n\u2019en sont toujours pas revenues<\/em>. \u00bb Quelques rares te\u0301me\u0301raires se sont quand me\u0302me essaye\u0301 a\u0300 esquisser une re\u0301ponse : \u00ab <em>Parce que le jazz est ne\u0301 d\u2019un accident collectif et d\u2019un miracle me\u0301tisse\u0301 : La Nouvelle-Orle\u0301ans<\/em> \u00bb (<strong>Gilles Anquetil<\/strong>). \u00ab <em>Le jazz fait partie de ces musiques dites \u201c<\/em>de me\u0301tissage<em>\u201d qui sont ne\u0301es a\u0300 l\u2019articulation des XIXe et XXe sie\u0300cles dans le prolongement des e\u0301pisodes de colonisation du continent ame\u0301ricain<\/em> \u00bb (<strong>Philippe Me\u0301ziat<\/strong>).<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-2-copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32667\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-2-copie.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"564\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-2-copie.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-2-copie-300x199.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-2-copie-768x510.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><span style=\"font-size: 10pt;\">Archie Shepp \u00a9Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/span><\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\">Mais il est une autre cause qu\u2019Aristote avait oublie\u0301e :<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">la cause existentielle, contingente, impre\u0301visible, celle qui transforme magiquement le hasard en ne\u0301cessite\u0301. \u00ab <em>J\u2019ai e\u0301te\u0301 la\u0300<\/em>, dit <strong>Jacques Bisceglia<\/strong>, <em>au bon endroit, au bon moment. Tout simplement.<\/em> \u00bb Nous ne doutions pas, avouons-le, qu\u2019en posant une telle question beaucoup re\u0301pondraient : \u00ab <em>pourquoi le jazz est entre\u0301 dans ma vie pour la bousculer de fond en comble ?<\/em> \u00bb. Cela n\u2019a pas manque\u0301. Et c\u2019est tant mieux. C\u2019est ce que nous souhaitions. A\u0300 savoir que chacun de tous ces passionne\u0301s se livre en re\u0301pondant a\u0300 cette double interrogation furieusement personnelle cache\u0301e dans la question : \u00ab <em>quand ai-je de\u0301couvert le jazz<\/em>\u00a0?\u00bb et \u00ab <em>pourquoi en suis-je la\u0300<\/em> ? \u00bb.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>Il y a quelque chose du ravissement dans la de\u0301couverte du jazz. <\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Il y a toujours l\u2019e\u0301tincelle primordiale qui allume le feu. L\u2019instant de la re\u0301ve\u0301lation. \u00ab <em>Le jazz comme une e\u0301vidence, une me\u0301taphore de la vie<\/em> \u00bb (<strong>Vincent Cotro<\/strong>), \u00ab <em>une sorte d\u2019e\u0301vidence<\/em>, ajoute <strong>Be\u0301thune<\/strong><em>, qui n\u2018exigeait pas qu\u2019on l\u2019interroge<\/em> \u00bb. Au de\u0301part, le plus souvent a\u0300 l\u2019adolescence, par l\u2019interme\u0301diaire d\u2019un disque, un concert, une e\u0301mission de radio ou de te\u0301le\u0301, il y a le choc initial, impre\u0301vu, \u00ab<em> la<\/em> \u00bb rencontre de\u0301cisive qui ouvre soudainement les portes d\u2019un autre monde possible. C\u2019est comme <em>\u00ab un coup de foudre<\/em> \u00bb (<strong>Laurent de Wilde<\/strong>), \u00ab <em>un coup de poing a\u0300 l\u2019estomac<\/em> \u00bb (<strong>Jean-Yves Chapperon<\/strong>), \u00ab <em>un premier jab du gauche <\/em>\u00bb (<strong>Francis Le Bras<\/strong>, grand amateur de boxe thai\u0308).<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\">Qui sont les coupables ?<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ils sont nombreux. \u00ab <em>C\u2019est la faute a\u0300 Monk<\/em> \u00bb de\u0301nonce <strong>Bernard Aime\u0301<\/strong>, ce que confirme <strong>Paul Benkimoun<\/strong>. Mais c\u2019est aussi \u00ab\u00a0<em>la faute a\u0300 Duke <\/em>(<strong>Claude Carrie\u0300re<\/strong>),<em> Dizzy<\/em> (<strong>Jean-Paul Ricard<\/strong>), <em>Oscar<\/em> (<strong>Laurent de Wilde<\/strong>), <em>Lester <\/em>(<strong>Jean-Yves Chapperon<\/strong>), <em>Coltrane<\/em> (<strong>Patrick Schuster, Armand Meignan<\/strong>), <em>Freddie Hubbard<\/em> (<strong>Fre\u0301de\u0301ric Goaty<\/strong>), <strong>Wayne Shorter<\/strong> (<em>Vincent Mahey<\/em>) ou <em>Professor Longhair a\u0300 la Grande Parade de Nice<\/em> (<strong>Pierre Bertrand<\/strong>).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 cause d\u2019eux et de beaucoup d\u2019autres, le mal est fait. On est devenu de\u0301finitivement accro a\u0300 cette musique. On ne peut plus s\u2019en passer. \u00ab <em>Le jazz est une drogue dure <\/em>\u00bb (cette me\u0302me formule est employe\u0301e par <strong>Diego Imbert<\/strong> et <strong>Pierre Christophe<\/strong>), \u00ab une douce et sublime addiction \u00bb (<strong>Armand Meignan<\/strong>). Mais, nous rassure <strong>Ludovic Tourne\u0300s<\/strong>, \u00ab <em>un petit jazz vaut plus que le whisky, le cafe\u0301, les cigarettes et le rail de coke re\u0301unis. Le de\u0301veloppement durable avant la lettre, en quelque sorte.<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32735\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"1278\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy-200x300.jpg 200w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy-681x1024.jpg 681w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/G-de-Chassy-768x1155.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Guillaume de Chassy \u00a9Philippe Colliot<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Insistons encore. Mais pourquoi le jazz pre\u0301cise\u0301ment ? \u00ab <em>Parce qu\u2019il rend tangible l\u2019utopie de\u0301mocratique <\/em>\u00bb (<strong>Guillaume de Chassy<\/strong>). \u00ab <em>Parce que c\u2019est la de\u0301mocratie en action<\/em> \u00bb (<strong>Alex Dutilh<\/strong>). Cette dimension politique est tre\u0300s pre\u0301sente dans de nombreuses re\u0301ponses pour de\u0301fendre et illustrer cette musique \u00ab <em>intelligente, tole\u0301rante et ge\u0301ne\u0301reuse<\/em> \u00bb, ouverte au carrefour de toutes les autres. Il n\u2019est donc pas e\u0301tonnant que beaucoup mettent en avant les trois valeurs cardinales de la Re\u0301publique franc\u0327aise. \u00ab <em>La liberte\u0301, l\u2019e\u0301galite\u0301 et la fraternite\u0301<\/em>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>Une socie\u0301te\u0301 re\u0302ve\u0301e en quelque sorte, le jazz ? <\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Oui, mais comment re\u0302ver en restant e\u0301veille\u0301 ? \u00ab\u00a0<em>Cette e\u0301quation, les musiciens de jazz la re\u0301solvent en permanence. C\u2019est leur secret, c\u2019est notre bonheur<\/em> \u00bb (<strong>Jean-Louis Lemarchand<\/strong>).<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La liberte\u0301,<\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026d\u2019abord. Le mot revient dans toutes les re\u0301ponses \u00ab <em>Je ne sais pas quoi dire<\/em>, dit <strong>E\u0301ric Le Lann<\/strong>, <em>excepte\u0301 que le jazz est synonyme de liberte\u0301<\/em>. \u00bb \u00ab <em>Parce que la liberte\u0301 est et sera toujours le moteur essentiel de la vie<\/em> \u00bb ajoute <strong>Andy Emler.<\/strong> \u00ab <em>Pour la liberte\u0301, contre l\u2019oppression<\/em> \u00bb conclut <strong>Henri Texier<\/strong>. En aimant passionne\u0301ment le jazz, tous ont choisi \u00ab <em>d\u2019e\u0301pouser la rigueur exigeante de sa liberte\u0301<\/em> \u00bb (<strong>Francis Hofstein<\/strong>), \u00ab <em>une liberte\u0301 ve\u0301cue, conquise de haute lutte<\/em> \u00bb (<strong>Alex Dutilh<\/strong>).<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>L\u2019e\u0301galite\u0301,<\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026ensuite. Me\u0302me si cette musique est \u00ab absolument hie\u0301rarchique (chaque musicien sait qui sont les meilleurs) et absolument de\u0301mocratique (on ne peut e\u0302tre meilleur qu\u2019a\u0300 plusieurs) \u00bb (<strong>Michel Contat<\/strong>), elle reste absolument e\u0301galitaire \u00ab <em>au sens ou\u0300 le soutien du rythme est aussi pre\u0301cieux que le funambule de la me\u0301lodie ou l\u2019architecte de l\u2019harmonie<\/em> \u00bb (<strong>Alex Dutilh<\/strong>).<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La fraternite\u0301, <\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026enfin \u00ab <em>Le jazz me permet de fraterniser avec d\u2019autres affame\u0301s de musique comme moi <\/em>\u00bb (<strong>Guillaume de Chassy<\/strong>).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le monde du jazz est reconnu par beaucoup comme un univers joyeux et chaleureux, \u00ab <em>un milieu dans lequel je me sens bien<\/em> \u00bb (<strong>Franc\u0327ois Peyratout<\/strong>), \u00ab <em>une nouvelle famille, ma vraie maison<\/em> \u00bb (<strong>Martine Palme\u0301<\/strong>).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En de\u0301couvrant le jazz, <strong>Laurent de Wilde<\/strong> confesse qu\u2019il a eu \u00ab <em>l\u2019impression de trouver un nouveau chez-moi <\/em>\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 vous, maintenant, de lire les 77 re\u0301ponses. Elles sont toutes personnelles, since\u0300res, enflamme\u0301es, intense\u0301ment ve\u0301cues. Comme dans le jazz, personne ne triche. Nous laisserons a\u0300 <strong>Xavier Felgeyrolles<\/strong> le soin de conclure : \u00ab <em>Le jazz est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser. Le jazz vient, s\u2019en va, puis il revient, tu crois le tenir, il t\u2019e\u0301vite, tu crois l\u2019e\u0301viter, il te tient. Le jazz est enfant de Bohe\u0300me certes, mais il connai\u0302t des lois! Si tu l\u2019aimes trop, prends garde a\u0300 toi&#8230; En un mot, le jazz sans passion, a\u0300 quoi bon ?<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais, au fait, vous, oui vous, lecteur de ce focus, vous n\u2019e\u0301chapperez pas a\u0300 la question : pourquoi le jazz ? A\u0300 vous de jouer !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pascal Anquetil<\/strong><strong>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/strong><\/span><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\"><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32703\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"1411\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique-181x300.jpg 181w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique-617x1024.jpg 617w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Jazz-Musique-Classique-768x1275.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a> \u00a0 \u00a0<\/span> \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/strong><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Chronique de Boris Vian<\/em><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 18pt;\"><strong>POURQUOI LE JAZZ ? <\/strong><\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>1) Les Musiciens <\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u0327a ne triche pas le jazz, c\u0327a n\u2019est pas a\u0300 la mode, mais c\u2019est devenu une e\u0301cole incontournable de la prise d\u2019initiative en musique.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comme l\u2019a dit Soulages : La seule re\u0301ponse, incluant les raisons ignore\u0301es, tapies au plus obscur de nous-me\u0302mes et des pouvoirs de la {musique}, c\u2019est PARCE QUE !!!!!!!!!!!!!!!!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Antoine Herve\u0301, pianiste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32634\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/henri-texier-3CJM-1-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Henri Texier \u00a9Patrick Martineau<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la liberte\u0301, contre l\u2019oppression.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la vie, contre la mort.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour l\u2019e\u0301le\u0301gance, contre la vulgarite\u0301.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la sensualite\u0301, contre la se\u0301cheresse.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la justice, contre la brutalite\u0301 et le me\u0301pris.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne sais pas quoi dire excepte\u0301 que le jazz est synonyme de liberte\u0301.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Henri Texier, contrebassiste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/E.Le-Lann.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32737\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/E.Le-Lann.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/E.Le-Lann.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/E.Le-Lann-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/E.Le-Lann-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Eric Le Lann \u00a9Philippe Colliot<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne sais pas quoi dire excepte\u0301 que le jazz est synonyme de liberte\u0301. \u00a0Et quoi de plus important ????<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>E\u0301ric Le Lann, trompettiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je me suis souvent pose\u0301 la question. Rien dans mon environnement familial et culturel ne m\u2019a pousse\u0301 dans cette direction ou me\u0302me expose\u0301 a\u0300 cette musique. J\u2019ai ni par admettre que quelque part dans le cosmos, une entite\u0301 se de\u0301vouait entie\u0300rement a\u0300 donner des passions aux hommes qu\u2019ils ne choisissaient pas.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai une copine qui est jardinie\u0300re et sa lle, depuis l\u2019a\u0302ge de six ans, veut faire du patin a\u0300 glace. Ma copine de\u0301teste le patin a\u0300 glace, en plus il lui faut se lever a\u0300 5 h 30 pour emmener sa lle a\u0300 l\u2019entrai\u0302nement avant l\u2019e\u0301cole, mais un jour la petite a vu du patin a\u0300 la te\u0301le\u0301 et, depuis, elle ne veut faire que c\u0327a. C\u0327a fait de\u0301ja\u0300 cinq ans et elle adore toujours c\u0327a. J\u2019ai vu l\u2019anne\u0301e dernie\u0300re en Ge\u0301orgie un mo\u0302me de 14 ans qui jouait du piano jazz comme un musicien accompli, c\u2019e\u0301tait extraordinaire de voir c\u0327a, il venait de la banlieue de Tbilissi et il parlait le jazz comme une langue vivante, fluide et spontane\u0301e, je me suis dit : com- ment expliquer que ce mo\u0302me joue aussi brillamment ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En fait je pense que tous les enfants du monde naissent avec un don et une sensibilite\u0301 par- ticulie\u0300re a\u0300 une activite\u0301 cre\u0301atrice : danse, peinture, musique, litte\u0301rature, the\u0301a\u0302tre, bien su\u0302r, mais aussi e\u0301be\u0301nisterie, patin a\u0300 glace ou pa\u0302tisserie ! Apre\u0300s c\u0327a, ce don e\u0301volue ou non en passion&#8230; En tout cas, je me souviens tre\u0300s bien du premier disque de jazz que j\u2019ai entendu, \u00ab\u00a0Exclusively for my Friends\u00a0\u00bb du trio d\u2019Oscar Peterson, je devais avoir 12 ans, et c\u0327a a e\u0301te\u0301 vraiment comme un coup de foudre, comme avec une femme. J\u2019ai trouve\u0301 que cette musique e\u0301tait la plus belle, la plus classe, la plus joyeuse, la plus triste, la plus swinguante que j\u2019avais jamais entendue. Tout de suite, c\u0327a m\u2019a parle\u0301 et j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019avoir trouve\u0301 un nouveau chez-moi. Et j\u2019y habite encore !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Laurent de Wilde, pianiste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/L.-de-Wilde.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32739\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/L.-de-Wilde.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/L.-de-Wilde.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/L.-de-Wilde-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/L.-de-Wilde-768x511.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Laurent de Wilde \u00a9Philippe Colliot<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La seule prose qui me vienne a\u0300 l\u2019esprit apre\u0300s moult re\u0301flexions est : parce que \u00ab la liberte\u0301 \u00bb est et sera toujours le moteur essentiel de la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Andy Emler, pianiste et leader du MegaOctet <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Toujours cette me\u0302me question, le pourquoi de la chose. Re\u0301ponse, en re\u0301sume\u0301 : la calorication du temps. Celui-la\u0300, justement, il s\u2019agit de le re\u0301chauffer : \u00ab Hot Time \u00bb oblige. Mais, attention, surtout pas en vue de le ragaillardir, de le redynamiser. Tout le contraire. Le temps est une bien grande cage pour une bien petite mouche, me rappelait l\u2019autre soir, dans quelque re\u0302ve, mon ami Leibnitz. Il voulait simplement et, sans tambour ni trompette, me remettre en me\u0301moire que le temps n\u2019a aucune re\u0301alite\u0301 absolue et que le jazz est justement la\u0300, fort a\u0300 propos, pour nous le rappeler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi chauffer le temps? C\u2019est la bonne question. Pour e\u0302tre a\u0300 me\u0302me de le de\u0301chirer (Ragtime) : le de\u0301chirement, la fracture, la brisure, la de\u0301sunion sont aussi dans le coup. Et, par dessus le marche\u0301, la distanciation d\u2019avec toute tentative de centration. Sortir, surtout, de ces illusoires et trompeuses conceptions qui persistent a\u0300 envahir nos universite\u0301s franchouillardes en ignorant jusqu\u2019a\u0300 l\u2019existence des \u00ab offbeats \u00bb et des \u00ab swing points \u00bb. Les guillemets ont ici pour fonction de prote\u0301ger cet extraordinaire espace de liberte\u0301 indispensable au swing. S\u2019il est encore possible d\u2019employer un tel gros mot. Pour les Franc\u0327ais, la pe\u0301nultie\u0300me est morte. Les poe\u0300tes, bien entendu, comme toujours, e\u0301taient les premiers a\u0300 e\u0302tre au vent de l\u2019affaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz, encore ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour capter des forces pluto\u0302t que d\u2019inventer des formes. Cela, Deleuze l\u2019avait bien compris. Me\u0302me si c\u2019est apre\u0300s quelques autres. Ou, encore, pour rechercher le vide qui donne naissance a\u0300 la beaute\u0301 du monde. Et ce, en attendant de tutoyer les nouvelles nano-chronologies. Mais, j\u2019y pense, pour la suite, mieux vaudrait vous reporter a\u0300 l\u2019e\u0301dition de mes \u0153uvres comple\u0300tes. Il y a tellement a\u0300 dire sur ce sujet.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Louis Chautemps, saxophoniste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/mc-photo-jeff-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32654\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/mc-photo-jeff-2.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"565\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/mc-photo-jeff-2.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/mc-photo-jeff-2-300x199.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/mc-photo-jeff-2-768x510.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>M\u00e9d\u00e9ric Collignon \u00a9Photo Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Voici donc ce qui est sorti ce matin de ma te\u0302te d\u2019ampoule :<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ? Parce que quand j\u2019e\u0301coute Haydn avec ma che\u0301rie, son beau minois est tout a\u0300 coup remplace\u0301 par une grimace de douleur qui me confirme que j\u2019ai bien fait de changer d\u2019outil d\u2019expression&#8230; et parce que c\u2019est une musique d\u2019individus, d\u2019e\u0301changes, de performances, de pulsions, d\u2019impulsions, d\u2019allusions, d\u2019illusions; une mixture, un chaos organise\u0301, une orgie nucle\u0301aire, une rivie\u0300re de \u00ab soi \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Me\u0301de\u0301ric Collignon<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour devenir riche et ce\u0301le\u0300bre&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz parce que l\u2019interaction, la conversation, la confrontation des points de vue. Le jazz parce que je m\u2019ennuie vite si je re\u0301pe\u0300te trop souvent la me\u0302me chose. Le jazz pour le danger qui va avec, parce que c\u2019est une musique qui ce\u0301le\u0300bre l\u2019instant et qu\u2019e\u0302tre heureux c\u2019est peut-e\u0302tre justement ce\u0301le\u0301brer l\u2019instant, oublier ce qu\u2019il y avait avant et ne pas se soucier de ce qui vient par la suite. C\u2019est peut-e\u0302tre cette ce\u0301le\u0301bration qui rend heureux les gens qui nous e\u0301coutent.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz aussi parce qu\u2019il se marie bien avec tout un tas d\u2019autres choses qui me passionnent, d\u2019autres musiques, d\u2019autres formes artistiques.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est un peu libertin, il couche volontiers et en ressort souvent grandi. Ce n\u2019est pas une forme de musique pure, c\u2019est un me\u0301lange par essence. Cela laisse la place pour de nouveaux ingre\u0301dients, au fur et a\u0300 mesure que l\u2019on en de\u0301couvre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz aussi parce que ce n\u2019est jamais ni. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai achete\u0301 des disques de Giuffre, Ellington, Milt Jackson, Lionel Hampton, Bob Cooper. La\u0300-dedans il y a encore des tre\u0301sors a\u0300 de\u0301couvrir, des plateformes pour de\u0301coller vers des ailleurs a\u0300 inventer. Le jazz doit e\u0302tre libre de se tromper, de faire fausse route, le monde du jazz doit accepter cela parce que le public, lui, est pre\u0302t a\u0300 vivre cette grande aventure avec nous, aller avec ses propres balises vers de nouveaux hasards. Il ne faut pas sous-estimer ceux que l\u2019on appelle parfois les \u00ab gens \u00bb. L\u2019instant ce\u0301le\u0301bre\u0301 pour ce qu\u2019il apporte de surprises de toutes sortes, bonnes ou mauvaises peu importe, c\u2019est le jeu&#8230; Le jazz parce qu\u2019il nous maintient en e\u0301veil, on en a tous besoin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Daniel Yvinec<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai e\u0301te\u0301 frappe\u0301 par le jazz en 1977, j\u2019avais 5 ans, c\u2019e\u0301tait a\u0300 la grande parade du jazz de Nice. J\u2019y vis l\u2019orchestre de <strong>Professor Longhair<\/strong> et je ressentis aussito\u0302t un profond attrait pour le saxophone. Le jazz constitue ce que qui m\u2019a donne\u0301 la passion pour la musique en ge\u0301ne\u0301ral, l\u2019e\u0301tincelle initiale !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab <em>Pourquoi le jazz <\/em>? \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Impossible de re\u0301pondre a\u0300 cette question, car il est inscrit tellement profonde\u0301ment dans ma vie, il est de l\u2019ordre de la passion, de l\u2019inexplicable, du vital. Je dirais donc \u00ab parce que ! \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En revanche, \u00ab <em>ce que la jazz est devenu pour moi \u00bb,<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026est une question a\u0300 laquelle je peux essayer de donner un de\u0301but de re\u0301ponse. Avec le peu de recul que j\u2019ai, je dirais que le jazz est pour moi une porte a\u0300 la croise\u0301e des chemins entre \u00ab le monde des musiques traditionnelles \u00bb &#8211; terriennes, tre\u0300s savantes sur le rythme, tre\u0300s attache\u0301es au ressenti du rythme, et donc tre\u0300s lie\u0301es a\u0300 la danse &#8211; et la musique savante occidentale ou\u0300 le travail sur les sons eux- me\u0302mes (harmonie, contrepoint, orchestration, composition&#8230;) est alle\u0301 tre\u0300s loin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz constitue une sorte de port d\u2019attache duquel je pars en voyage constamment, et dans lequel je fais souvent escale.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Au final, ce que je recherche dans la musique c\u2019est de retrouver aussi souvent que possible l\u2019e\u0301motion qui m\u2019a donne\u0301 initialement l\u2019amour de la musique, et le jazz y est \u00ab plus que \u00bb pour quelque chose.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pierre Bertrand, saxophoniste<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/P2B.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32741\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/P2B.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/P2B.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/P2B-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/P2B-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Pierre de Bethmann \u00a9Philippe Colliot<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ? En voil\u00e0 une question ! Inutile ou essentielle ? A balayer d\u2019embl\u00e9e parce qu\u2019on a vraiment autre chose \u00e0 faire, ou \u00e0 traiter enfin parce qu\u2019on sent que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Prise de t\u00eate d\u2019intello Parisien ou vrai sujet ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Premier dilemme<\/strong>, pr\u00e9visible bien s\u00fbr\u2026 Un cran plus loin, car on se pique in\u00e9vitablement de jouer le jeu, on pense \u00e0 sa propre histoire, que l\u2019on romance encore un peu plus pour l\u2019occasion, puis \u00e0 la grande Histoire qu\u2019on a lue et \u00e9cout\u00e9e (ou l\u2019inverse), et l\u2019on se dit qu\u2019on ne peut toujours pas trancher entre le hasard et la n\u00e9cessit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Deuxi\u00e8me dilemme<\/strong>, vieux comme le monde\u2026 Alors on se regarde vraiment le nombril, et l\u2019on reconna\u00eet qu\u2019on est aussi passionn\u00e9 par la question (qui ressemble furieusement \u00e0 \u00ab <em>pourquoi en suis-je l\u00e0 ?<\/em> \u00bb), que d\u00e9sireux de la reporter \u00e0 un lendemain (au moins un peu) plus chantant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Troisi\u00e8me dilemme<\/strong>, qui \u00e0 ce stade n\u2019en est plus vraiment un, car de guerre lasse on se dit surtout que c\u2019est tr\u00e8s bien ainsi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Et c\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a, le jazz : pour la volupt\u00e9 que l\u2019on ressent dans ce permanent aller-retour entre la volont\u00e9 d\u2019en savoir toujours plus pour esp\u00e9rer comprendre, et de ne jamais en savoir trop pour parvenir \u00e0 jouer ; pour cette culture du doute consubstantiel \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, qui se construirait progressivement dans l\u2019ineffable des mots qu\u2019on lui associe (et parce que le swing, d\u2019ailleurs\u2026) et des sentiments qu\u2019on \u00e9prouve \u00e0 le vivre\u2026 et pour la joie que tout ce jeu d\u2019\u00e9quilibriste procure, une joie de l\u2019entre-deux, quelque part entre l\u2019\u00e9merveillement et la m\u00e9lancolie, certainement l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9sabus\u00e9e quand m\u00eame, mais dont on se r\u00e9jouit in fine qu\u2019elle se substitue aux id\u00e9aux plus ou moins format\u00e9s du bonheur. Ne serait-ce que parce qu\u2019on ne parvient d\u00e9cid\u00e9ment plus \u00e0 penser la grandeur sans la d\u00e9cadence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Une esth\u00e9tique du XX\u00b0 si\u00e8cle pour une \u00e9thique du XXI\u00b0 en somme\u2026 n\u2019est-il pas si bon d\u2019y croire ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pierre de Bethmann, pianiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Comme musicien, je crois que l\u2019improvisation est une drogue dure. Une fois qu\u2019on y a gou\u0302te\u0301, le plaisir toujours renouvele\u0301 de cre\u0301er en direct et sans filet de nouvelles me\u0301lodies ou variations conduit a\u0300 une addiction de\u0301finitive. Pourtant comme toute addiction les effets ne\u0301gatifs sont nombreux. Le plus important est l\u2019e\u0301ternelle insatisfaction devant la re\u0301e\u0301coute de ses propres solos (sentiment partage\u0301 par la quasi-totalite\u0301 de mes amis musiciens). Et pourtant la que\u0302te de cet impossible ide\u0301al (le solo parfait) continue jour apre\u0300s jour. Je laisse donc aux psychanalystes le soin d\u2019affirmer si le musicien de jazz que je suis trouve le plaisir dans la souffrance.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Comme amateur de musique en revanche, l\u2019e\u0301coute de grands jazzmen est toujours une source de joie et d\u2019inspiration a\u0300 e\u0301galite\u0301 en ce qui me concerne avec la musique dite \u00ab classique \u00bb toutes e\u0301poques confondues.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pierre Christophe, pianiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est une question qui n\u2019aime pas les re\u0301ponses. Il re\u0301siste a\u0300 toutes les de\u0301finitions et nous rappelle que re\u0301sister c\u2019est cre\u0301er et que cre\u0301er, c\u2019est aussi re\u0301sister. Je ferai honneur a\u0300 cette belle question en prohibant les parce que en toc qui de\u0301finissent et tuent les belles questions. J\u2019e\u0301voquerai pluto\u0302t des <em>parce que<\/em> en forme de points d\u2019interrogation qui laissent les questions vivre !!!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que<strong> Thelonious, Miles Davis, Sonny Rollins, Paul Motian, Bill Evans, Charlie Parker, Bud Powell, John Coltrane, Duke Ellington, Frank Sinatra, Bill Carrothers&#8230; <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le monde est vaste, parce qu\u2019Ils sont le monde et la chance de la Rencontre. Rencontre avec tous ces \u00ab <em>Je<\/em> \u00bb \u00ab <em>so near so far<\/em> \u00bb. L\u2019\u0153il des sons&#8230; Parce que c\u2019est mon presque ailleurs&#8230; Parce que&#8230; \u00ab <em>les nuages la\u0300-bas<\/em> \u00bb (Baudelaire).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il est beau, multiple et ne\u0301cessaire. Parce qu\u2019il me transporte dans un monde meilleur et contribue a\u0300 rendre le no\u0302tre plus fre\u0301quentable. Parce qu\u2019il me permet de cultiver mon jardin inte\u0301rieur et d\u2019en proposer la visite a\u0300 toute heure.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il repre\u0301sente un choix de vie singulier : travailler dur pour avoir moins mais e\u0302tre plus. Parce qu\u2019un me\u0301tier qui repose sur l\u2019e\u0301motion rec\u0327ue et donne\u0301e constitue tout de me\u0302me un privile\u0300ge.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz m\u2019impose l\u2019e\u0301tude des mai\u0302tres tout comme la ne\u0301cessite\u0301 de m\u2019en e\u0301manciper. Parce que c\u2019est un viatique pour progresser sans cesse, tout en sachant le but inatteignable. Parce que cette perspective est, selon les jours, de\u0301sespe\u0301rante ou exaltante, mais qu\u2019elle m\u2019arrache a\u0300 l\u2019uniformite\u0301 ambiante et me garantit contre l\u2019ennui.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz me permet de fraterniser avec d\u2019autres affame\u0301s de musique, e\u0301pris d\u2019absolu ; que nous formons une sorte de communaute\u0301 d\u2019a\u0302mes.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que, lorsqu\u2019il est since\u0300re et ge\u0301ne\u0301reux, il re\u0301concilie la mai\u0302trise du langage et la liberte\u0301 de parole, la science mathe\u0301matique et l\u2019expression du c\u0153ur, le raffinement et la sauvagerie, la discipline et la de\u0301sinvolture. Parce qu\u2019il fait jaillir la poe\u0301sie de l\u2019instant, qu\u2019il consacre le fugace, la surprise, l\u2019irrecommenc\u0327able.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019au sein d\u2019un groupe, il exige tout autant l\u2019affirmation de soi que la compre\u0301hension de l\u2019autre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il incite au cheminement collectif, au bouillonnement des ide\u0301es dans le respect mutuel. Parce qu\u2019il rend tangible l\u2019utopie de\u0301mocratique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il est synonyme de ferveur et d\u2019empathie. Parce qu\u2019il repre\u0301sente la vie au risque de l\u2019invention.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0Guillaume de Chassy, pianiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz paie peut-e\u0302tre aujourd\u2019hui le prix de sa propre ambigui\u0308te\u0301.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">La balance entre la recherche et le consensuel n\u2019a jamais e\u0301te\u0301 aussi instable. Les situations perturbantes cre\u0301ent toujours une certaine fascination. Le jazz n\u2019e\u0301chappe pas a\u0300 la re\u0300gle d\u2019e\u0302tre soumis, comme les autres musiques, a\u0300 la pression de la loi du marche\u0301. Cette loi essaie d\u2019appliquer les soi-disant formules pour que \u00ab <em>c\u0327a marche<\/em> \u00bb. Et parfois, \u00ab <em>oui, c\u0327a marche<\/em> \u00bb Mais a\u0300 quel prix ? Ce jazz qui marche, celui que l\u2019on voit \u00ab <em>a\u0300 la te\u0301le\u0301<\/em> \u00bb renvoie une image nostalgique, stylistiquement scle\u0301rose\u0301e, parfois si agre\u0301able a\u0300 l\u2019oreille, mais a\u0300 la premie\u0300re e\u0301coute seulement. C\u2019est cette image qui provoque le de\u0301sinte\u0301re\u0302t de tant d\u2019auditeurs pour cette musique.<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Le grand public ne connai\u0302t plus le jazz actuel, celui qui s\u2019invente de nos jours, ce laboratoire vivant, toujours la\u0300, toujours en mouvement<\/strong>.<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">De cette me\u0301connaissance, je ne m\u2019inquie\u0300te gue\u0300re. Je comprends bien qu\u2019un jeune ne veuille pas e\u0301couter un passe\u0301 rema\u0302che\u0301, raba\u0302che\u0301, ou\u0300 tout lien avec sa propre vie est absent. Mais c\u2019est malheureusement ce jazz-la\u0300 que les me\u0301dias lui servent a\u0300 la te\u0301le\u0301. Le jazz est en gros labelise\u0301 \u00ab <em>intellectuel <\/em>\u00bb, marginalise\u0301 e\u0301conomiquement et exclu me\u0301diatiquement.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz (au sens large) aujourd\u2019hui est l\u2019une des seules musiques (parfois le classique contemporain, rarement le pop et le rock, a\u0300 part des phe\u0301nome\u0300nes tels que Jeff Buckley et autres Radiohead, mais pratiquement jamais la varie\u0301te\u0301) qui pour moi lie et relie me\u0301lodie, harmonie, rythme, pulsation et paroles, tous au me\u0302me niveau, dans un contrepoint qui rend, malgre\u0301 elle, la chose&#8230; politique. <strong>Miles Davis<\/strong> est un musicien politique au-dela\u0300 me\u0302me de la couleur, tel un James Baldwin en litte\u0301rature. Un vrai artiste s\u2019occupe de son art et essaie de l\u2019ame\u0301liorer en le communiquant.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32636\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/David-Linx-1CJM-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>David Line \u00a9Photo Patrick Martineau<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Beaucoup d\u2019artistes populaires aujourd\u2019hui font exactement en musique ce qu\u2019ils reprochent a\u0300 la politique : la mondialisation. L\u2019excellence et l\u2019e\u0301loquence sont des qualite\u0301s qui ne sont plus marchandes. Elles ne font pas vendre. Elles ne font donc pas partie des e\u0301le\u0301ments qui fabriquent notre \u00eatre dans le miroir chaque matin. Pour l\u2019instant il ne s\u2019agit pas de juger. Je constate simplement.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est l\u2019une des seules musiques aujourd\u2019hui ou\u0300 la mai\u0302trise de l\u2019instrument, sa technique et sa dexte\u0301rite\u0301, cette excellence et e\u0301loquence, peuvent servir le langage du c\u0153ur. Pour devenir, e\u0302tre simplement cette langue vivante, cette parole vive. But what goes around comes around always ! Le jazz n\u2019a jamais e\u0301te\u0301 \u00a0aussi vivant\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>David Linx<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32638\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/diego-3nbCJM-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Diego Imbert \u00a9Photo Patrick Martineau<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La premie\u0300re re\u0301ponse qui me vient a\u0300 l\u2019esprit est : parce qu\u2019il ne peut pas en e\u0302tre autrement, et que, quoiqu\u2019il arrive, le jazz occupe une part importante dans ma vie, et ce, pour plusieurs raisons. La principale est qu\u2019il y a toujours eu du jazz a\u0300 la maison, et que cette musique est intimement lie\u0301e a\u0300 des souvenirs de ma vie personnelle. Le jazz a cette capacite\u0301 a\u0300 aider a\u0300 de\u0301velopper un \u00ab <em>univers inte\u0301rieur<\/em> \u00bb, a\u0300 fac\u0327onner une image mentale en lien avec des e\u0301motions que l\u2019on apprend a\u0300 ressentir lorsque l\u2019on entre dans le jazz et que l\u2019on de\u0301veloppe tout au long de sa vie. Il doit en e\u0302tre de me\u0302me pour les autres musiques (pas toutes, he\u0301las) et les autres formes d\u2019expression artistique, mais pour moi, c\u2019est le jazz. La chance aussi d\u2019avoir, en plus, rencontre\u0301 des personnes qui m\u2019ont appris a\u0300 e\u0301couter et a\u0300 appre\u0301cier cette musique. Et ensuite, gra\u0302ce a\u0300 la pratique instrumentale, c\u2019est avec l\u2019improvisation que l\u2019on arrive a\u0300 s\u2019exprimer et a\u0300 communiquer avec les autres musiciens, car le jazz a cette caracte\u0301ristique de mettre en situation plusieurs protagonistes qui, me\u0302me si ils ne se connaissent pas, arrivent a\u0300 e\u0301changer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La liberte\u0301 et l\u2019e\u0301change malgre\u0301 des contraintes fortes (harmonie, rythme), en tout cas pour la forme de jazz que j\u2019aime. Ce n\u2019est pas uniquement re\u0301serve\u0301 au jazz, mais c\u2019est une caracte\u0301ristique. En plus, l\u2019acte cre\u0301atif, comme la sce\u0300ne, est, il me semble, une drogue dure avec les me\u0302mes me\u0301canismes d\u2019addiction et il est tre\u0300s difficile de de\u0301crocher !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Diego Imbert, contrebassiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que : Oscar Peterson, Andre\u0301 Francis, Martial Solal, Alain Gue\u0301rrini, Bill Evans, Sylvain Torrikian, Orson Welles, Ivan Jullien, Franck Bergerot, Marc Johnson, Stephan Sweig, Dexter Gordon, Cassavetes, Bach, Ravel, Ligeti, Laurent Cokelaere, le Clos du Marquis 88, Sco eld, Xavier Prevost, Mac Coy Tyner, Glenn Gould, Bill French, Le Quai de la Gare, Sangoma Everett, Serge Reggiani, Michel Contat, Lionel Benhamou, Rilke, Zool Fleischer, Pre\u0301vert, tous les musiciens de la Bande a\u0300 Badault et de l\u2019ONJ 91, Yves Torchinsky, JC Bonneau, Jazz a\u0300 Nice, Patrice Caratini, le Dre\u0301her, Ella &amp; Louis, Le Petit Opportun, Mikael Brecker, la Pinte, Maurice Vander, Jean-Pierre Sarrazin, Marc Thomas, Sam Rivers, Eroll Garner, Claude Bensignor, Evelyne Voillaume, Toots Thielemans, Louis Sclavis, Dominique Pifare\u0301ly, Edgar Morin, Simon Spang-Hanssen, Michel Orier, Franc\u0327ois Jeanneau, Slide Hampton, Andy Emler, Emmanuel Bex, Monk, Mingus, Ellington, Philippe Hersant, Antoine Herve\u0301, Thad Jones-Mel Lewis, Daniel Larrieu, Hank Jones, Wayne Shorter, Gil Evans, Milton Nascimento, Pastorius, Zawinul, Joe Lovano, Herbie Hancock, Chick Corea, Jacques Rebotier, Claus Stotter, Jean-Louis Pommier, Benny Golson, Franc\u0327ois Laizeau, \u00a0Claude Barthe\u0301le\u0301my, Geoffroy de Masure, Guillaume Orti, Heiri Kaenzig, Lauren Newton, Loic Touze\u0301, John Taylor, Franc\u0327ois Merville, Kenny Wheeler, Dave Douglas, Regis Huby, Se\u0301bastien Boisseau, Laurent Blondiau, Bill Frisell, Christophe Monniot, Charlie Haden.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Denis Badault, pianiste <\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>2) Journalistes <\/strong><\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la joie,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">parce que la stupeur,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">cette douleur dont on se fout, les droits civiques<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">la vie<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">avions et planeurs<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">les oies sauvages<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019Histoire<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">les histoires et les morts l\u2019amour<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">les histoires d\u2019amour l\u2019invention du sie\u0300cle<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">les sauvages<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la pulse Parce que le son Parce que la phrase Et le reste suit<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019Ella et Louie Ornette et Scottie Bird et Dolphy<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">les contrebasses<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que les trois me\u0301pris dans l\u2019ordre<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">le de\u0301ni<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">puis la haine<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">aujourd\u2019hui cette douce condescendance d\u2019incompre\u0301hension<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">parce que le jazz<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">n\u2019est pas de la musique pas de l\u2019art<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">pas du cochon<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">mais l\u2019instant<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">la science<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">la violence<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">la cole\u0300re du bonheur c\u2019est tout<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Francis Marmande, e\u0301crivain, journaliste au Monde <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que j\u2019avais un an et demi quand les troupes allie\u0301es ont de\u0301barque\u0301 en Alge\u0301rie. Parce que Radio Alger a\u0300 l\u2019e\u0301poque diffusait du jazz local, du Django Reinhardt (qui e\u0301tait passe\u0301 par la\u0300), du Glenn Miller.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il y avait un piano (droit) dans le minuscule appartement de mes grands- parents a\u0300 Bab el Oued.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que mon grand-pe\u0300re anglophone (bien que ne\u0301 a\u0300 Pistoia en Toscane) invitait chez lui des soldats anglais et ame\u0301ricains qui jouaient sur ce piano, les premiers boogies que j\u2019ai entendus.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019un copain de lyce\u0301e m\u2019avait vendu des nume\u0301ros de Jazz Hot.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que Louis-Victor Mialy pre\u0301sentait (sur Radio Alger) le lundi soir une e\u0301mission intitule\u0301e \u00ab A\u0300 l\u2019avant-garde du jazz \u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que pendant la guerre d\u2019Alge\u0301rie les informations sur ce qui se passait a\u0300 Alger e\u0301taient plus comple\u0300tes et pre\u0301cises sur Europe N\u00b0 1 et que les Grandes Ondes e\u0301taient moins parasite\u0301es en soire\u0301e (heures de \u00ab Pour ceux qui aiment le jazz \u00bb) qu\u2019a\u0300 l\u2019heure du gou\u0302ter (\u00ab Salut les copains \u00bb).<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que mes parents, qui n\u2019e\u0301taient pas hostiles au jazz, n\u2019avaient pas a\u0300 fermer la porte de ma chambre puisque je n\u2019avais pas de chambre et dormais dans l\u2019une des deux pie\u0300ces (\u00ab salle a\u0300 manger \u00bb).<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que j\u2019ai rencontre\u0301 Jean-Louis Comolli en octobre 1958 dans les jardins de l\u2019univer-site\u0301 d\u2019Alger (en attendant d\u2019entrer dans la salle de travaux pratiques de biologie ve\u0301ge\u0301tale, en PCB \u2013 aujourd\u2019hui transforme\u0301 en premie\u0300re anne\u0301e de me\u0301decine) et que nous avons poursuivi en e\u0301changeant deux disques : Miles Davis avec Monk (Bags\u2019 Groove, 25 cm) contre les trios de Monk (30 cm).<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que, parce que, parce que la vie quoi !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Philippe Carles, ancien directeur de la re\u0301daction de Jazz Magazine <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le pivot de mes amours musicales reste cette musique ne\u0301e il y a plus ou moins un sie\u0300cle, musique qui fut LA musique du sie\u0300cle dernier (mais peut-e\u0302tre seulement LA musique des 60 premie\u0300res anne\u0301es du sie\u0300cle dernier) ? Par nostalgie ? On ne vieillit pas sans nostalgie, mais si mon gou\u0302t pour la musique du Donegal, les valses de Jo Privat ou \u00ab Disraeli Gears \u00bb de Cream peut s\u2019y re\u0301duire, ce n\u2019est pas le cas du jazz.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ce pourrait e\u0302tre l\u2019effet d\u2019une espe\u0300ce de dogmatisme auquel, avec l\u2019a\u0302ge, on n\u2019e\u0301chappe pas tout a\u0300 fait.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Il m\u2019inspire tout a\u0300 la fois tendresse et de\u0301gou\u0302t pour les singes savants et des de\u0301vots du revival (new, swing, bop ou free, ne\u0301gritude), mais aussi une adhe\u0301sion sans re\u0301serve lorsque certains spe\u0301cialistes de tel idiome du sie\u0300cle passe\u0301 atteignent une authenticite\u0301 et une ferveur qui me fait myste\u0300re. Ce pourrait e\u0302tre une passion d\u2019historien. J\u2019aurais aime\u0301 l\u2019e\u0302tre, car cette histoire, dans tous ses travers, est trop belle, trop riche et trop fe\u0301conde pour me\u0301riter moins que des attentions e\u0301rudites. Ce pourrait e\u0302tre une passion de collectionneur de timbres, de lecteur de re\u0301sultats sportifs ou d\u2019amateur de mode\u0301lisme. On n\u2019est pas jazzfan sans se ranger dans l\u2019une ou l\u2019autre cate\u0301gorie. Mais il y a autre chose. Une lec\u0327on de liberte\u0301 de pense\u0301e, d\u2019esprit de veille, d\u2019initiative en temps re\u0301el, de rapport au temps, de qualite\u0301 du geste, de convivialite\u0301, de proximite\u0301&#8230; Je m\u2019accorde trois noms Lee Konitz, Wayne Shorter, Marc Ducret. Je pense a\u0300 l\u2019exemple qu\u2019ils offrent a\u0300 ce de\u0301but de sie\u0300cle qui ne sait par ou\u0300 commencer. Je pense a\u0300 ceux plus jeunes dont j\u2019ai ha\u0302te d\u2019entendre le prochain concert parce que j\u2019aime les voir penser leur e\u0301poque loin des formats et des sentiers battus, loin des plans de carrie\u0300re et de communication, quitte a\u0300 s\u2019e\u0301garer ou a\u0300 nous perdre. Mais que serait ce sie\u0300cle de la toile internet si l\u2019on n\u2019avait pas le loisir s\u2019y perdre. N\u2019est-ce pas la meilleure fac\u0327on de s\u2019y retrouver ? Ce pourrait e\u0302tre : \u00ab Pourquoi le jazz ? \u2013 Pour espe\u0301rer encore pouvoir me perdre ? \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Franck Bergerot, \u00a0ancien re\u0301dacteur en chef de Jazz Magazine\/Jazzman <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ? Parce que le jazz est ne\u0301 d\u2019un accident collectif et d\u2019un miracle me\u0301tisse\u0301 : La Nouvelle-Orle\u0301ans. Le jazz au moment de nai\u0302tre n\u2019avait aucune raison historique de devenir la musique la plus locale, la plus universelle et bouleversante du monde. Oui, le jazz est un accident qui dure, mais aussi un continent dont tous les amoureux de cette musique- monde ne connai\u0302tront que 95 % de son histoire et de sa ge\u0301ographie, c\u2019est-a\u0300-dire tout ce qui s\u2019est joue\u0301 jour et nuit, de jams en sets, et qui n\u2019a jamais e\u0301te\u0301 enregistre\u0301. Le jazz depuis un sie\u0300cle est un univers ine\u0301puisable. C\u2019est un continent dont les centres, les capitales, les styles et les langages changeaient tous les vingt ans. Quelle autre musique est-elle capable de faire depuis 1910 sa re\u0301volution permanente, d\u2019Armstrong a\u0300 Coltrane ? Et puis le jazz ce sont surtout des centaines de voix singulie\u0300res, de combats personnels, gagne\u0301s ou perdus, d\u2019aventures impre\u0301visibles. L\u2019ADN du jazz est dans ses musiciens flamboyants ou fragiles. Le jazz est fait de noms qu\u2019il ne faut jamais oublier. Ceux des petits mai\u0302tres dont la voix si amie a accompagne\u0301 notre vie. La liste n\u2019a pas de n. Pourquoi le jazz? Parce que, dans le de\u0301sordre des e\u0301poques, des races et des styles, nous avons eu le bonheur de rencontrer : Pee Wee Russell et Benny Golson, Eddie Costa et Grant Green, Lucky Thompson et Frankie Trumbauer, Bunny Berigan et Booker Little, Paul Quinichette et Adrian Rollini, Don Byas et Lennie Niehaus, Red Nichols et Artie Shaw, Fats Navarro et Tony Fruscella, Tal Farlow et Art Pepper, Frank Teschemacher et Earl Hines, Mary Lou Williams et Serge Chaloff, Lee Konitz et Bubber Miley, E\u0301ric Dolphy et Benny Carter, Charlie Barnet et Jack Teagarden, Paul Desmond et Billy Higgins, Andrew Hill et Martial Solal, Jacki Byard et Henry Red Allen, Terry Gibbs et Charlie Rouse, Buster Bailey et Andy Kirk&#8230; Oui, la liste de nos amis est sans fin. Pourquoi le jazz ? Mais, bien su\u0302r, pour eux. Tous les musiciens de jazz sont sous-estime\u0301s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Gilles Anquetil, ancien r\u00e9dacteur en chef au Nouvel Observateur <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Burqa la Jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ne nous voilons pas la face : Dieu n\u2019existe pas. Certains passent leur vie a\u0300 le nier ou a\u0300 le regretter, d\u2019autres comme moi s\u2019en re\u0301jouissent. Adolescent mystique, victime des curetons comme d\u2019autres des imams, de ceux qui abusent me\u0301taphysiquement de la nai\u0308vete\u0301 infantile, j\u2019ai cru en Dieu jusqu\u2019a\u0300 quinze ans, avant de de\u0301couvrir pe\u0302le-me\u0302le Armstrong, He\u0301raclite, Ornette, Heidegger, Louis de Fune\u0300s, Hendrix, Marx, Dizzy, Pierre Dac, Foucault, Parker, Nietzsche, Coltrane, Hampate\u0301 Ba\u0302, James Brown, Breton, gra\u0302ce a\u0300 la radio et a\u0300 un prof de philo existentialiste, qui m\u2019a appris a\u0300 e\u0301carter mes esgourdes et a\u0300 me gratter la te\u0302te.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ainsi j\u2019ai fait mon deuil des dieux, sauf un : Jazz.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Sans dieu on est anxieux, alors je vous file la recette, ne l\u2019e\u0301bruitez pas, il n\u2019y en aura pas pour tout le monde. Vous remplacez<em> d<\/em> par <em>j<\/em>, <em>i <\/em>par <em>a<\/em>, <em>e<\/em> et<em> u<\/em> par <em>z<\/em>, bref, \u00abdieu\u00bb par \u00abjazz\u00bb. Vous vivrez mieux votre vie. Dieu ne sait pas vivre. Jazz est doue\u0301 pour c\u0327a. Dieu n\u2019a me\u0302me plus envie de jouer au jeu de la vie, tel que Jazz l\u2019incarne. Les fous de Dieu adorent tuer. Les fous de Jazz sont inoffensifs : me\u0302me si elles ne sont pas toujours sympas pour nos tympans, leurs fausses notes sont rarement mortelles.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Burqa le jazz, et burqa pas LA jazz ? Ainsi que Duke, mon seul dieu a\u0300 part Jazz, j\u2019aime trop les femmes pour ne pas m\u2019interroger sur le sexe de notre musique pre\u0301fe\u0301re\u0301e. D\u2019ailleurs vous aurez remarque\u0301 qu\u2019en ce de\u0301but du IIIe mille\u0301naire, les meufs commencent a\u0300 emmerder se\u0301rieusement les jazzMEN&#8230; et il e\u0301tait temps qu\u2019elles s\u2019en me\u0302lent !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Apre\u0300s tout, si Dieu (ce vieux barbu insolent) a cre\u0301e\u0301 l\u2019homme a\u0300 son image, comme Il n\u2019existe pas, alors LE jazz non plus.Donc vive LA JAZZ ! Adorons tous (et toutes) cette superbe de\u0301esse !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ge\u0301rald Arnaud, journaliste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi \u00ab <em>la<\/em>\u00a0<em>Jaz<\/em> \u00bb ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">En Occitanie, \u00ab <em>la<\/em> Jaz \u00bb, mot sublime utilise\u0301 par les Trobadors du Moyen A\u0302ge, de\u0301signe le moment sublime ou\u0300 la Domna (mai\u0302tresse du jeu de l\u2019amour) dit oui, j\u2019oui, avec son amant. Pour en arriver a\u0300 cet instant partage\u0301, le poe\u0300te doit se plier aux re\u0300gles de l\u2019amour courtois : avoir une posture telle qu\u2019il se hisse au niveau de sa Domna. Attention ! l\u2019amour peut se perdre. Parce que c\u2019est la Domna qui en est toujours de\u0301positaire. Comme le jazz, c\u2019est de l\u2019Instant et de l\u2019Instinct.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jacme Gaudas <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est la musique qui incarne le mieux l\u2019ide\u0301e que Sartre et quelques autres se sont faite de la liberte\u0301.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019avec elle il est impossible de tricher.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019elle est absolument hie\u0301rarchique (chaque musicien sait qui sont les meilleurs) et absolument de\u0301mocratique (on ne peut e\u0302tre meilleur qu\u2019a\u0300 plusieurs). Parce que c\u2019est une musique qui sait ce qu\u2019improviser veut dire.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est lui, sous toutes ses formes, parce que c\u2019est moi, de toutes les couleurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Michel Contat<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est la de\u0301mocratie en action. L\u2019e\u0301coute de l\u2019autre. Des autres, plus exactement. Et qu\u2019a\u0300 partir de la\u0300 on va chercher des re\u0301ponses au plus profond de soi. Dans des convictions. Des intimes convictions.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz est un corps vivant qui transpire et capte la lumie\u0300re, qui rate une note comme on rote une phrase, avec l\u2019e\u0301le\u0301gance de la mettre en sce\u0300ne pour la rendre imparable.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz est une histoire d\u2019amour. Pas seulement entre les musiciens qui se font des \u0153illades aux oreilles, mais entre chacun d\u2019eux et la musique. Jusqu\u2019a\u0300 se laisser de\u0301posse\u0301der de leur corps, re\u0301duit au ro\u0302le de passeur d\u2019une gra\u0302ce qui les de\u0301passe, de \u00ab conducteur \u00bb d\u2019une inspiration ou\u0300 le savoir-faire n\u2019a plus prise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019il suppose l\u2019humilite\u0301 du savoir e\u0302tre et partager. Et se rembourse par l\u2019incommensurable bonheur de se sentir de temps en temps en apesanteur de la trage\u0301die de la condition humaine. Il y a pourtant une vraie douleur dans la conscience que cet e\u0301tat, celui de l\u2019improvisation inspire\u0301e \u2013 collective ou individuelle &#8211; est par essence e\u0301phe\u0301me\u0300re, volatile. Des baisers vole\u0301s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est une liberte\u0301 ve\u0301cue, conquise de haute lutte ; qu\u2019il y est question d\u2019e\u0301galite\u0301, au sens ou\u0300 le soutier du rythme est aussi pre\u0301cieux que le funambule de la me\u0301lodie ou l\u2019architecte de l\u2019harmonie ; et que la fraternite\u0301, celle du \u00ab un pour tous, tous pour un \u00bb est la condition de sa fluidite\u0301 d\u2019expression.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que sans la vie qui bouillonne dans le jazz de l\u2019autre bout du monde, que je ne connais pas encore, la mort n\u2019a pas de sens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Alex Dutilh, producteur a\u0300 France Musique, ancien re\u0301dacteur en chef de Jazzman <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans le film \u00ab\u00a0<em>Jammin\u2019 The Blues\u00a0<\/em>\u00bb, re\u0301alise\u0301 en 1944 par Gjon Milli, on voit <strong>Lester Young<\/strong> jouer assis, dans la fume\u0301e de sa cigarette, son saxophone e\u0301trangement porte\u0301 de travers, comme il en avait l\u2019habitude&#8230; Lester a cette nonchalance et cette classe ! J\u2019e\u0301tais mo\u0302me quand je suis tombe\u0301 sur ce film, et je me suis dit qu\u2019il y avait derrie\u0300re cette fume\u0301e quelque chose qu\u2019il fallait de\u0301couvrir. J\u2019y suis alle\u0301, je n\u2019en suis toujours pas revenu. Aujourd\u2019hui, de telles images seraient sans doute censure\u0301es ! Le jazz est incorrect. Il l\u2019e\u0301tait plus encore a\u0300 l\u2019e\u0301poque de Lester, il l\u2019est toujours malgre\u0301 tous les formatages et les mises au pas.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est enracine\u0301 dans son e\u0301poque, il respire par elle, avec ses vices et ses carcans. Mais il a la force de toujours s\u2019e\u0301chapper et nous permet aussi de nous en de\u0301livrer. <strong>Keith Jarrett<\/strong> aime bien chambrer les interpre\u0300tes de musique classique, parce qu\u2019ils ont du mal a\u0300 improviser, alors que c\u2019est le quotidien des jazzmen. Jarrett, lui, se lance seul dans le vide. Voila\u0300 aussi pourquoi le jazz. Pour la fulgurance de l\u2019improvisation, la force d\u2019e\u0301tonnement que peu d\u2019autres expressions artistiques procurent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Cecil Taylor<\/strong> a\u0300 Cha\u0302teauvallon en 1973. Un coup de poing dans l\u2019estomac&#8230; Plus moyen de parler. <strong>Roy Hargrove,<\/strong> l\u2019e\u0301te\u0301 dernier chez nous a\u0300 RTL, le jaillissement et l\u2019e\u0301nergie&#8230; <strong>Pat Metheny<\/strong> et son Orchestrion ! le Barnum de la musique improvise\u0301e. Il faut oser, il ose, le mec !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Mais quelle musique sait nous inventer encore des surprises et des excitations pareilles ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Yves Chaperon, journaliste, vigneron et ex producteur de l\u2019e\u0301mission \u00ab L\u2019Heure du jazz \u00bb sur RTL <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que justement je suis en train d\u2019en e\u0301couter tout en essayant de re\u0301pondre a\u0300 votre dro\u0302le de question. J\u2019en suis a\u0300 ma take 12, apre\u0300s cinq un finished takes a\u0300 moitie\u0301 convaincantes et six outtakes sans inte\u0301re\u0302t. (J\u2019essaye d\u2019improviser ma re\u0301ponse, c\u2019est tre\u0300s difficile.) Le jazz, je ne pourrais jamais m\u2019en passer. J\u2019en ai un besoin vital. Je n\u2019ai jamais su pourquoi. Sans doute ne le saurai-je jamais. Tant mieux. Mais je sens que vous insistez : \u00ab<em><strong> Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em> \u00bb Mais comment vous re\u0301pondre en si peu de signes sans en faire une affaire personnelle ? ! Car le vrai sujet de votre dissertation express, c\u2019est bien \u00ab pourquoi aimez-vous le jazz ? \u00bb, n\u2019est-ce pas ? Depuis toujours, je lis tout ce qu\u2019il y a d\u2019e\u0301crit sur les pochettes de disques et, surtout, j\u2019apprends par c\u0153ur les noms des musiciens. [Tout a commence\u0301 avec \u00ab<em> 52nd Street<\/em> \u00bb de <strong>Billy Joel,<\/strong> Columbia, 1978, avec<strong> Freddie Hubbard<\/strong> a\u0300 la trompette.] Je me suis donc attache\u0301 a\u0300 eux avant tout le reste \u2013 les genres, les modes, les querelles&#8230; Alors, le jazz, ce paradis juste des vrais musiciens, s\u2019est lentement mais su\u0302rement rapproche\u0301 de moi, et j\u2019ai aime\u0301 <strong>Miles Davis<\/strong> et <strong>John Coltrane<\/strong> avant de comprendre que j\u2019aimais aussi le jazz. \u00ab <em><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em> \u00bb Vous m\u2019agacez. Laissez-moi tranquille, ce matin j\u2019e\u0301coute <strong>Richie Beirach, George Mraz <\/strong>et <strong>Jack DeJohnette<\/strong>. Chut&#8230; Ils sont en train de jouer \u00ab <em>Snow Leopard<\/em> \u00bb (Elm, ECM, 1979), et la moindre note re\u0301pondra mieux a\u0300 votre question que mes trente et quelques minutes d\u2019improvisation e\u0301crite malhabile.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Fre\u0301de\u0301ric Goaty, directeur de la re\u0301daction de Jazz Magazine\/Jazzman <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quand on est tombe\u0301 dedans a\u0300 l\u2019a\u0302ge de 12 ans, on ne pense me\u0302me pas a\u0300 se poser la question&#8230; On se dit simplement qu\u2019on a eu de la chance, d\u2019autant plus qu\u2019en me\u0302me temps on de\u0301couvrait Mozart, Stravinsky, Bartok, Brassens, Tre\u0301net, Gre\u0301co, Fred Astaire et quelques autres, alors qu\u2019on e\u0301tait de la ge\u0301ne\u0301ration catastrophique de la guerre d\u2019Alge\u0301rie et des ye\u0301-ye\u0301 a\u0300 venir. Ah oui ! c\u2019est du pot !&#8230; Alors pourquoi le jazz ? Parce que c\u2019e\u0301tait fort et beau et juste, le contre-pied de la me\u0301diocrite\u0301. Et puis parce que !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Claude Carrie\u0300re, journaliste, fondateur du \u00ab Jazz Club \u00bb de France Musique, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en janvier 2021<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em> Parce qu\u2019il marche, pardi ! Un pied en avant, en perpe\u0301tuel de\u0301se\u0301quilibre, le jazz ne craint pas de tre\u0301bucher, de faire un faux pas ou de se tromper de chemin. Il avance, encore et toujours. S\u2019il jette parfois un \u0153il dans le re\u0301troviseur, il trouve chaque jour en son sein du sang neuf, se gardant ainsi de faire marche arrie\u0300re. Sophistique\u0301 et primaire, brut et le\u0301che\u0301, blues et contemporain, rauque et raf ne\u0301, e\u0301corce et miel : le jazz cultive le paradoxe et l\u2019ambigui\u0308te\u0301, comme d\u2019autres l\u2019ordre antique ou les courbes baroques. C\u2019est sans doute pour cela que les travers du ne\u0301oclassicisme qui semblent parfois l\u2019atteindre ne font que glisser sur son ombre sans jamais le contraindre. Et voila\u0300 pourquoi l\u2019on n\u2019est gue\u0300re inquiet pour son avenir. Au-dela\u0300 des styles et des e\u0301coles, des guerres picrocholines et des querelles de clochers, le jazz reste aujourd\u2019hui bien vivant, d\u2019est en ouest et du nord au sud, jouant le jeu du plaisir, de l\u2019e\u0301change et de la cre\u0301ation, aupre\u0300s de ses acteurs comme de son public. Avec un talent fou pour se jouer de l\u2019institution qui tente souvent de le re\u0301cupe\u0301rer pour mieux l\u2019annexer a\u0300 un discours politique pre\u0301fabrique\u0301, le jazz ne se laisse pas capturer. Sans se de\u0301battre, sans plus he\u0301siter, il continue d\u2019avancer d\u2019un pas volontaire. Nul besoin d\u2019avoir balise\u0301 l\u2019itine\u0301raire en envoyant quelque allume\u0301 en e\u0301claireur : le jazz, de toute e\u0301ternite\u0301, sait bien que ce sont aussi le risque, et les frissons qu\u2019il provoque, qui le font marcher. Droit devant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Arnaud Merlin, producteur a\u0300 France Musique <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que, re\u0301pondrais-je d\u2019abord. Discute-t-on la re\u0301alite\u0301 d\u2019un volcan, d\u2019un oce\u0301an, d\u2019une me\u0301moire ? Explique-t-on l\u2019e\u0301vidence d\u2019une existence, d\u2019une pre\u0301sence d\u2019emble\u0301e intemporelles ? Le jazz e\u0301tait la\u0300, gorge\u0301 de cette ardeur e\u0301ternellement fragile toujours au bord d\u2019une destruction incessamment remise au lendemain, et ainsi l\u2019ai-je rencontre\u0301. Par hasard. Un hasard dont j\u2019ai fait un choix. Pourquoi? Parce que, re\u0301pondrais-je encore. Cerne-t-on l\u2019amour autrement qu\u2019avec des mots aussi beaux que vains ? Raconte-t-on la passion qui fond ensemble un sujet et un objet sans les longues phrases ou\u0300 se cherche la re\u0301ponse de\u0301 nitive a\u0300 ce saisissement de l\u2019un par l\u2019autre, qu\u2019ensuite on construit, note a\u0300 note ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai e\u0301pouse\u0301 la rigueur exigeante de sa liberte\u0301, j\u2019ai aime\u0301 l\u2019infini de ses instants, ou\u0300 se concentre soudain l\u2019univers, et son audace m\u2019a ouvert le vaste champ des possibles. Parce qu\u2019il est la vie, ce re\u0301el ou\u0300 s\u2019e\u0301prouve son chant, ce bruit e\u0301norme ou\u0300, dans le silence, s\u2019e\u0301panouit la violence d\u2019une jouissance que le\u0301gitiment la joie des sens illumine\u0301s et l\u2019incandescence des mots et des re\u0301ponses a\u0300 l\u2019impossible question du jazz. Car, comme le dit un jour Louis Armstrong du swing, \u00ab If you gotta ask, you\u2019ll never know \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019envoie ma re\u0301ponse de Stavanger, la capitale norve\u0301gienne du pe\u0301trole, ou\u0300 l\u2019on m\u2019a invite\u0301 pour un festival de jeune jazz europe\u0301en organise\u0301 par des Irlandais (tout le monde suit ?). Pourquoi le jazz, donc ? Pourquoi a\u0300 Stavanger ou ailleurs ? Parce que cette musique est devenue un e\u0301le\u0301ment incontournable de la culture officielle ouest-europe\u0301enne, et qu\u2019aucune ville europe\u0301enne de plus de 50 000 habitants ne peut se permettre de ne pas accueillir quelques concerts de jazz par an, voire un festival que le de\u0301partement ou la re\u0301gion sponsoriseront peu ou prou. Je ne parle pas de musique, direz-vous. Mais ou\u0300 se trouve-t-elle ? Dans les dizaines de CDs que je rec\u0327ois tous les mois et que je n\u2019ai pas le temps d\u2019e\u0301couter ? Peut-e\u0302tre : je verrai quand je trouverai le temps de les e\u0301couter. Mais je sais de\u0301ja\u0300 qu\u2019il y avait davantage de jazz dans le phrase\u0301 et le timbre des deux chanteuses de fado quinquage\u0301naires et non professionnelles que j\u2019ai entendues l\u2019autre jour dans une gargotte du quartier d\u2019Alfama a\u0300 Lisbonne que dans la moitie\u0301 des concerts et disques de jazz que j\u2019ai entendus l\u2019an dernier. <strong><em>Alors pourquoi le jazz ?<\/em> <\/strong>La question devrait e\u0302tre a\u0300 mon sens \u00ab <strong><em>Ou\u0300 est le jazz ?<\/em> <\/strong>\u00bb. Ou\u0300 le trouve-t-on aujourd\u2019hui loin des productions\/ cre\u0301ations\/re\u0301ve\u0301lations et autres \u00ab tions \u00bb ? De\u0301sole\u0301 de parai\u0302tre aussi pessimiste : j\u2019entends encore du jazz, bien su\u0302r, ici ou la\u0300. Mais a\u0300 tant fureter au travers du fatras ambiant mon oreille se lasse beaucoup et s\u2019e\u0301merveille rarement. Pourquoi le jazz est-il devenu cela ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Thierry Que\u0301num, Jazz Magazine <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour vivre tout simplement. Je l\u2019ai rencontre\u0301 tardivement. Il m\u2019attendait. La de\u0301couverte de son existence de\u0301termina ma vie professionnelle. Notre rencontre e\u0301tait ine\u0301vitable. J\u2019ai toujours aime\u0301 la musique. Mon pe\u0300re n\u2019en e\u0301coutait jamais. Ma me\u0300re passait parfois des disques de piano qui m\u2019e\u0301merveillaient, des \u0153uvres de Ravel, Debussy. Son jeune fre\u0300re raffolait des musiques juge\u0301es barbares de Barto\u0301k et Schoenberg. Je me revois enfant e\u0301couter avec lui \u00ab <em>The Flood<\/em> \u00bb d\u2019Igor Stravinsky, un ope\u0301ra se\u0301riel qui faisait grincer des dents mon grand-pe\u0300re. Je voulais apprendre le piano. Mon pe\u0300re refusa cate\u0301goriquement. Frustre\u0301, je me mis beaucoup plus tard a\u0300 la batterie. \u00ab<em> Ne\u0300gre blanc<\/em> \u00bb de la famille, je jouais depuis longtemps du tam-tam, utilisant mes cuisses comme tambours. Je changeais de registre sonore. Les pires cauchemars de mes parents devenaient re\u0301alite\u0301. La musique des Beatles et des Rolling Stones envahirent leur appartement. Inventive, la pop music regorgeait alors de me\u0301lodies et d\u2018arrangements sophistique\u0301s, mais les rythmes restaient lourds, binaires, ancre\u0301s dans une pulsation beaucoup trop re\u0301gulie\u0300re. J\u2019ai de\u0301couvert le jazz au de\u0301but des anne\u0301es 1970 avec<strong> Miles Davis, Herbie Hancock <\/strong>et <strong>Weather Report<\/strong>. L\u2019e\u0301coute des disques de Soft Machine m\u2019y avait pre\u0301pare\u0301. Jean-Pierre Patillot qui travaillait a\u0300 Jazz Hot guidait mes pas. Je de\u0301couvris le bop, le hard bop et le jazz modal, me familiarisant chez Polydor avec les tre\u0301sors du catalogue Verve. Je touchais enfin du doigt la musique qui me correspondait le mieux, un jazz acoustique au sein duquel harmonies europe\u0301ennes, modes et rythmes africains servent de vraies me\u0301lodies. J\u2019ai laisse\u0301 tomber la batterie, mais le jazz m\u2019avait appele\u0301, happe\u0301 et ne m\u2019a plus jamais quitte\u0301. Je le sers depuis trente ans par mes e\u0301crits. Sans me lasser. Aujourd\u2019hui encore, il m\u2019apporte beaucoup de joie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pierre de Chocqueuse, Jazz Magazine, blogdechoc.over-blog.com <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em> Question e\u0301trange pose\u0301e par le camarade Anquetil, a\u0300 laquelle il est encore plus e\u0301trange de tenter de re\u0301pondre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le cacao, pourquoi les crevettes ? J\u2019adore les grosses crevettes roses avec de la mayonnaise. Le jazz est.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Point a\u0300 la ligne, comme la crevette rose de Madagascar.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Il coule dans les veines des artistes, comme un besoin irre\u0301pressible de s\u2019exprimer, de dire le monde. C\u2019est un moyen de communication unique, invente\u0301 par ceux qui n\u2019avaient pas le droit a\u0300 la parole. C\u2019est un langage, une culture, une manie\u0300re de penser ou de voir les choses. C\u2019est, du plus loin que je m\u2019en souvienne, la manie\u0300re dont je voulais voir les choses. E\u0302tre au plus pre\u0300s de ceux qui font cette musique, pour tenter d\u2019en de\u0301crypter les codes et de comprendre ce myste\u0300re cre\u0301atif.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Au stade \u00ab un \u00bb de l\u2019e\u0301volution jazzistique, il y a l\u2019artiste. Tout le reste n\u2019est que foutaise, parasite qui tente mise\u0301rablement (au mieux) de comprendre, (au pire) qui vit dessus.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Il faut tenter dans ce pourquoi, de toujours e\u0302tre du co\u0302te\u0301 de ceux qui font cette musique. Le jazzman avance tre\u0300s vite, pas simple de le suivre dans les me\u0301andres des rami cations complexes d\u2019une musique qui en 100 ans a fait plusieurs fois sa re\u0301volution.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ? Parce que c\u2019est une raison de vivre, une raison de respirer, d\u2019y laisser son dernier souf e sur les dernie\u0300res mesures du dernier chorus&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce c\u2019est BON. C\u2019est trop BON.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Quand tout est re\u0301uni et que tous sont en harmonie, publics, artistes, musique et magie, c\u2019est simplement trop BON.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Pourquoi le jazz ?<\/em> Parce qu\u2019il n\u2019y a pas de plus belle fac\u0327on de finir sa nuit ou de la commencer, parce que cette musique pousse les humains a\u0300 se parler, a\u0300 e\u0301changer et parfois a\u0300 communier. Le jazz est, point a\u0300 la ligne.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Il suffit de glisser cette petite e\u0301tincelle partout ou\u0300 l\u2019on peut pour insuffler plus de vie et plus d\u2019humanite\u0301.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Pourquoi le jazz ?<\/em><\/strong> Parce qu\u2019il n\u2019y a rien de meilleur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Se\u0301bastien Vidal, directeur d\u2019antenne de TSF Jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019amour du jazz. Lire le beau livre de Jean-Pierre Moussaron, <em>L\u2019Amour du jazz<\/em> (E\u0301ditions Galile\u0301e, 2009). Cette musique appele\u0301e jazz, pourvoyeuse d\u2019images musicales parmi les plus e\u0301carquillantes, demeure une source d\u2019e\u0301motions intenses.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi ? Des justifications sont-elles ne\u0301cessaires ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour le jeu. Primaute\u0301, supre\u0301matie du jeu. Primeur de l\u2019improvisation, confiance dans l\u2019instant, l\u2019instinct, l\u2019autre, le de\u0301sir.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019en mouvement perpe\u0301tuel, c\u2019est l\u2019espace des possibles, le grand mixage, des de\u0301sirs, des combats, des expressions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi ? Et comment ? Parce que le jazz demeure ce lieu de re\u0301sistance a\u0300 l\u2019usage me\u0301canique de la musique. Non pas un style parmi d\u2019autres, mais une manie\u0300re bouleversante de vivre la musique, de conside\u0301rer ses propres expe\u0301riences musicales, de les brusquer, voire de les re\u0301inventer. De\u0301fendre cette vision du jazz, celle d\u2019artistes<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un art vivant et non un art fige\u0301, qui se ressourcent dans un rapport dynamique a\u0300 la tradition et a\u0300 l\u2019histoire. Il y faut la conviction que le jazz n\u2019a d\u2019avenir que s\u2019il met a\u0300 la question son pre\u0301sent. Le bel aujourd\u2019hui. <strong>Miles Davis<\/strong> : \u00ab <em>Aimez-moi pour ce que je fais maintenant<\/em>. \u00bb S\u2019il veut vivre, et non pas se survivre, le jazz ne doit-il pas s\u2019e\u0301chapper a\u0300 lui-me\u0302me ? Il est sans cesse a\u0300 l\u2019e\u0301preuve de sa disparition, de sa dissolution, c\u2019est sa seule fac\u0327on d\u2019e\u0302tre vivant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Franck Me\u0301dioni, <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi prendre un ascenseur pluto\u0302t qu\u2019un autre ? Dans l\u2019un on e\u0301coute une musique ad hoc, dans l\u2019autre on monte a\u0300 l\u2019e\u0301chafaud.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi cet ascenseur ? Parce qu\u2019un jour, sans pre\u0301venir, on m\u2019y a fait monter, au de\u0301tour d\u2019un apre\u0300s-midi sans faille d\u2019un adolescent curieux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que cet ascenseur-la\u0300 s\u2019est ouvert devant moi et que j\u2019y suis monte\u0301, sans me retourner et que je suis reste\u0301, et que j\u2019y suis toujours et qu\u2019il reste encore tellement d\u2019e\u0301tages avant l\u2019e\u0301chafaud.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que, quitte a\u0300 aller a\u0300 l\u2019e\u0301chafaud, autant prendre cet ascenseur-la\u0300. On y croise de dro\u0302les de ze\u0300bres, de sacre\u0301s alligators, une vraie jungle&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Pourquoi le jazz?<\/em> <\/strong>Mais parce que, entre l\u2019immense rigueur magnifique de l\u2019e\u0301criture musicale occidentale et la purete\u0301 sensuelle, terrienne et menace\u0301e des musiques orales, il y a cette terre promise, ce chaudron bouillant, ce souk bruyant.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019on peut y avoir le beurre, l\u2019argent du beurre et le sourire de la cre\u0301mie\u0300re. Parce que trois accords ne suffiront jamais.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019un son sale, rauque, hurle\u0301 est plus vivant, plus re\u0301sonant qu\u2019une purete\u0301 artificielle et manie\u0301re\u0301e.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019on forme une famille, une vraie, choisie, choye\u0301e.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019on s\u2019y engueule, qu\u2019on s\u2019y aime, qu\u2019on y meurt.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em> Aucune ide\u0301e. Ce n\u2019est pas moi, c\u2019est lui. D\u2019abord le choc, la premie\u0300re note. Le premier morceau. Le premier disque. Puis, imme\u0301diatement apre\u0300s, le sentiment de manque. L\u2019abi\u0302me profond, insondable. Il en reste tant a\u0300 de\u0301couvrir. Et cet ascenseur qui ne s\u2019arre\u0302te pas, qui continue, qui monte encore. Il est trop tard pour en descendre&#8230; \u00ab Le jazz m\u2019a tuer \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Matthieu Jouan, directeur de la publication de Citizen Jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019e\u0301vidence de Monk<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ce n\u2019est que bien des anne\u0301es plus tard, que j\u2019ai su qu\u2019elles e\u0301taient en couleur. Je les ai revues pre\u0300s de vingt ans plus tard, gra\u0302ce a\u0300 la complicite\u0301 d\u2019un ami qui avait pu acce\u0301der aux archives de la te\u0301le\u0301vision franc\u0327aise. J\u2019ai retrouve\u0301, malgre\u0301 la banalisation qu\u2019engendre la te\u0301le\u0301vision, la fascination qu\u2019avaient exerce\u0301e a\u0300 l\u2019e\u0301poque ces images de Thelonious Monk. Seul devant son piano dans un studio de l\u2019ORTF, a\u0300 l\u2019invitation de son ami, Henri Renaud, auteur avec le re\u0301alisateur Bernard Lion de ce \u00ab Jazz Portrait, premie\u0300re partie \u00bb (qui ne connut jamais de seconde partie), Monk jouait ses morceaux les plus connus. Parmi eux, \u00ab <em>Round Midnight<\/em> \u00bb. Je me souviens encore et je retrouvais en les revoyant \u2013 me\u0302me sans la dramatisation que cre\u0301e le noir et blanc \u2013 l\u2019e\u0301vidence qui me frappa a\u0300 la premie\u0300re vision :<strong> c\u2019est c\u0327a le jazz !<\/strong> Le lendemain de la premie\u0300re diffusion, je fonc\u0327ais au magasin Fnac situe\u0301 a\u0300 l\u2019e\u0301poque avenue de Wagram et apre\u0300s avoir fouille\u0301 dans le bac consacre\u0301 a\u0300<strong> Monk<\/strong>, je de\u0301nichais un album intitule\u0301 <em>Greatest Hits<\/em>, dans lequel gurait un \u00ab <em>Round Midnigh<\/em>t \u00bb. J\u2019avoue que je ne m\u2019e\u0301tais me\u0302me pas pose\u0301 la question de savoir s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une version en solo. Elle e\u0301tait la\u0300 et cela suffisait.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ce n\u2019e\u0301tait pas mon premier contact avec le jazz. Outre le gou\u0302t des standards, mes parents, mon pe\u0300re en particulier, m\u2019avaient transmis leurs amours : <strong>Django Reinhardt, Ella Fitzgerald, Duke Ellington<\/strong>. Mais, <strong>Monk&#8230; Monk<\/strong> fut une re\u0301ve\u0301lation et le de\u0301but d\u2019une fascination pour le jazz et ceux qui le jouent qui ne m\u2019a plus quitte\u0301.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Paul Benkimoun, Le Monde <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La cause du jazz et sa fin<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">On ne pose pas impune\u0301ment la question \u00ab <strong><em>Pourquoi le jazz?<\/em><\/strong> \u00bb a\u0300 un philosophe. On attend au moins de lui qu\u2019il interroge la question elle-me\u0302me, dans sa forme et dans son fond. Allons-y.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em>Demander \u00ab pourquoi le jazz ? \u00bb<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est s\u2019orienter au moins dans deux directions, comple\u0301mentaires mais oppose\u0301es : \u00ab <em>le jazz, a\u0300 cause de quoi ?<\/em> \u00bb d\u2019une part, et \u00ab <em>le jazz, en vue de quoi, pour quoi faire ?<\/em> \u00bb, d\u2019autre part. En termes savants, c\u2019est donc interroger la cause efficiente (qu\u2019est-ce qui \u00ab explique \u00bb l\u2019apparition du jazz?) et la cause finale (qu\u2019est-ce qui en justifie l\u2019existence ?). On laissera de co\u0302te\u0301, malgre\u0301 l\u2019inte\u0301re\u0302t, les deux autres causes, la mate\u0301rielle et la formelle.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz fait partie de ces musiques dites \u00ab de me\u0301tissage \u00bb qui sont ne\u0301es a\u0300 l\u2019articulation des XIXe et XXe sie\u0300cles dans le prolongement des e\u0301pisodes de colonisation du continent ame\u0301ricain. Choc des cultures, choc des corps et des a\u0302mes, rencontres force\u0301es, subies ou accepte\u0301es, viols sans doute. Pas sans conse\u0301quences : ici les musiques cre\u0301oles, la\u0300 le tango ou la salsa, encore ailleurs d\u2019autres formes de musiques syncre\u0301tiques, et aux USA le jazz. Avec peut-e\u0302tre (je ne vais pas me faire des amis!) dans le cas de ce dernier rejeton une sorte de ge\u0301nie propre, particulier, qui en fait une exception : au regard du droit, tous les enfants se valent, mais dans les faits, un seul prend la dimension suf sante pour faire le tour du monde, impose partout son ge\u0301nie : le jazz. Dans de nombreux cas, les musiques du me\u0301tissage produisent des \u0153uvres inte\u0301ressantes, susceptibles de plaire, de remplir des fonctions essentielles, mais une seule se de\u0301tache pour briller comme une fondation musicale, unique en son genre : le jazz.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi donc ? Myste\u0300re. Allez demander : \u00ab pourquoi le ge\u0301nie ? \u00bb Demandez pourquoi, alors que partout les conditions sont les me\u0302mes, c\u2019est dans un seul cas que la \u00ab chose \u00bb se produit ? Quelque chose a du\u0302 clocher. Quelque chose ne s\u2019est pas produit \u00ab selon les lois de la nature \u00bb, mais selon une cause particulie\u0300re. Par exemple Louis Armstrong, a\u0300 qui il est passe\u0301 par la te\u0302te les \u00ab stop chorus \u00bb de \u00ab Potato Head Blues \u00bb, qui ne servent a\u0300 rien mais qui sont stupe\u0301fiants de bizarre beaute\u0301 bondissante et gratuite. Parce que sinon, le jazz dans les bars, dans les rues, pour les enterrements, pour la danse, pour tout ce que vous voulez, c\u0327a roule, c\u0327a fonctionne, et pas besoin de \u00ab Potato Head Blues \u00bb pour danser. Vaut mieux plus simple, me\u0302me&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Alors le jazz, pour quoi faire, dans quel but, a\u0300 quelle n ? Mais en vue de rien du tout messieurs dames, c\u0327a ne sert strictement a\u0300 rien le jazz, pas plus que toute autre activite\u0301 humaine tourne\u0301e vers la jouissance de l\u2019art, et son retour. C\u2019est pour la beaute\u0301, c\u2019est tout, pour la beaute\u0301 de la phrase musicale, pour le plaisir de faire advenir cette chose. Totalement inutile. Et quand me\u0302me indispensable pour une certaine cate\u0301gorie d\u2019e\u0302tres, peut-e\u0302tre me\u0302me pour tous les e\u0302tres humains \u2013 mais ils ne le savent pas toujours. La cause du jazz rejoint ici sa n, et d\u2019une certaine fac\u0327on, la cause du jazz (le coup de folie d\u2019Armstrong) signe en me\u0302me temps sa n. Le jazz est mort de\u0300s ce moment-la\u0300 comme musique d\u2019ameublement, comme musique d\u2019e\u0301change, comme musique de lien social. Armstrong s\u2019isole par son acte, il se se\u0301pare. Il fait exister la chose (la chose, c\u2019est la cause, c\u2019est le me\u0302me mot en latin) et en me\u0302me temps la fait disparai\u0302tre. Du moins tant que personne ne reprend le ambeau. Tenez, par exemple, voila\u0300 encore quelque chose qui cloche : un soir, a\u0300 Marseille, entendant \u00ab Potato Head Blues \u00bb, ou quelque chose d\u2019approchant, un bon guitariste manouche se met a\u0300 pleurer. Il pleure d\u2019entendre c\u0327a. Mais ce qu\u2019il entend, et qui cause ces larmes de jouissance, il est peut-e\u0302tre le seul a\u0300 l\u2019entendre. Il n\u2019aura de cesse que de s\u2019inscrire dans cette voie, a\u0300 sa fac\u0327on. Mais Django Reinhardt, a\u0300 quoi c\u0327a sert ? A\u0300 fonder une entreprise orissante, certes. Mais ce n\u2019est pas ce qu\u2019il a voulu faire, fonder une entreprise. Il voulait faire la plus belle musique du monde, pour lui, pour sa satisfaction. Pour rien. Et me\u0302me si c\u0327a rapportait, c\u2019e\u0301tait pour rien.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz ? A cause d\u2019un je ne sais quoi, et pour presque rien.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Philippe Me\u0301ziat, philosophe, journaliste <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Jeune journaliste, un ve\u0301te\u0301ran m\u2019avait donne\u0301 la fameuse re\u0300gle de base du me\u0301tier, les cinq questions auxquelles il faut re\u0301pondre dans tout papier. Les cinq W en anglais (Who ? Where ? When ? What ? Why ?). Pour aussito\u0302t me confier d\u2019un air entendu :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>On ne peut jamais dire pourquoi<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je vais tenter de le de\u0301mentir. <strong><em>Pourquoi le jazz ?<\/em><\/strong> Je ne me suis jamais pose\u0301 la question quand cette passion m\u2019a saisi a\u0300 peine adolescent. Tellement le jazz s\u2019est impose\u0301 sans autre forme de proce\u0300s. De manie\u0300re irrationnelle naturellement. Secoue\u0301 par le rythme, se\u0301duit par les belles me\u0301lodies, surpris par les improvisations. Tout respirait finalement (mais je n\u2019y avais jamais pense\u0301 jusqu\u2019a\u0300 maintenant) la liberte\u0301, l\u2019e\u0301galite\u0301 et la fraternite\u0301. Une socie\u0301te\u0301 re\u0302ve\u0301e en quelque sorte, le jazz ? Oui mais comment re\u0302ver en restant e\u0301veille\u0301 ? Cette e\u0301quation, les musiciens de jazz la re\u0301solvent en permanence. C\u2019est leur secret, c\u2019est notre bonheur. Le myste\u0300re reste entier. Et c\u2019est tre\u0300s beau et bien ainsi. Mais les artistes n\u2019ont pas le monopole du jazz. C\u2019est une attitude, une manie\u0300re d\u2019e\u0302tre, le respect de l\u2019autre, de sa diffe\u0301rence, la ge\u0301ne\u0301rosite\u0301, l\u2019insouciance et aussi l\u2019exigence. Ne pas transiger avec les grands principes fondateurs et accepter une re\u0301volution perma- nente. Centenaire alerte, le jazz rugit toujours. Refusons l\u2019ordre e\u0301tabli (les chapelles et les oukases), les de\u0301viances (l\u2019appellation jazzy !) et autres re\u0301cupe\u0301rations commerciales (voitures, produits bancaires). Soyons de\u0301raisonnables et la raison du jazz l\u2019emportera.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Louis Lemarchand <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est une musique si \u00ab\u00a0multiple\u00a0\u00bb, le fruit de tant d&rsquo;histoires et de brassages qu&rsquo;il semble inconcevable de ne pas en aimer au moins un fragment. A moins bien s\u00fbr d&rsquo;\u00eatre herm\u00e9tique \u00e0 toute forme de musique, ce qui peut se concevoir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Enfant du rock et de la pop, puis du rock progressif, du jazz rock, je suis entr\u00e9 dans \u00ab\u00a0le monde des jazz\u00a0\u00bb par l&rsquo;un de ses sommets, John Coltrane, guid\u00e9 en cela par une longue lettre manuscrite que m&rsquo;avait \u00e9crite l&rsquo;un de ses sp\u00e9cialistes, Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 Simon, au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Un choc ! Puis j&rsquo;ai remont\u00e9 la piste des grands (<strong>Miles, Monk, Mingus, Ornette.<\/strong>..) tout en pr\u00eatant une oreille attentive \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9laborait \u00ab\u00a0en direct\u00a0\u00bb, tout pr\u00e8s de nous.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En France, certains musiciens ont d&#8217;embl\u00e9e occup\u00e9 chez moi une place de c\u0153ur (<strong>Michel Portal, Louis Sclavis, Henri Texier, Renaud Garcia-Fons<\/strong>&#8230;) et sont pr\u00e9sents \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s de fa\u00e7on quasi permanente. Ils font partie de mon histoire et guettent du coin de l\u2019\u0153il mon parcours de d\u00e9couverte.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Avant tout, le jazz poss\u00e8de une ind\u00e9finissable part d&rsquo;incertitude et d&rsquo;inconnu, il peut vous embarquer sur des chemins dont vous ne soup\u00e7onniez pas forc\u00e9ment l&rsquo;existence et faire vibrer en vous cette corde du myst\u00e8re qui est celle de la cr\u00e9ation m\u00eal\u00e9e \u00e0 une grande libert\u00e9. Il y a toujours un c\u0153ur qui bat tr\u00e8s fort, une pulsation vitale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb, je me suis rappel\u00e9 &#8211; c&rsquo;est l\u00e0 un exemple de ces surgissements &#8211; la si belle aventure de l&rsquo;ONJ sous la direction d&rsquo;<strong>Olivier Benoit<\/strong>, entre 2014 et 2018. Un grand voyage en direction de Paris, Berlin, Rome et Oslo. Un monde \u00e0 part, un jazz aux couleurs \u00e9lectriques, \u00e9clectique et nourri aussi de rock ou de musique contemporaine. Un grand r\u00e9pertoire servi par une jeune garde qui continue d&rsquo;avancer sur son proche chemin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u00e0 est le jazz, mais pas seulement. Il en existe tant&#8230; Vous avez sans doute votre propre r\u00e9ponse \u00e0 cette question.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Denis Dessasis (2022)<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je me souviens quelle r\u00e9v\u00e9lation fut pour moi la d\u00e9couverte de Sidney Bechet. J&rsquo;avais alors une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es. Provenant de la radio d&rsquo;un voisin qui avait fort heureusement pouss\u00e9 les d\u00e9cibels, se fit entendre un chant qui m&rsquo;\u00e9tait inconnu. Un chant majestueux, envo\u00fbtant, \u00e0 la fois puissant et lyrique. Ce fut un coup de foudre musical. Il me semblait qu&rsquo;un d\u00e9mon m&rsquo;ouvrait les portes du paradis. Qui joue, demandais-je, Sidney Bechet, un musicien qui vient de dispara\u00eetre, me r\u00e9pondit-on. Nous \u00e9tions donc le 14 mai 1959. Et moi, qui ne connaissais rien au jazz, je d\u00e9cidais alors de le suivre en toute libert\u00e9 et je fus englouti par cette musique.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: large;\">Alain Tomas, membre de\u00a0l&rsquo;Acad\u00e9mie du Jazz, journaliste Couleurs Jazz Media<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Consid\u00e9r\u00e9 en tant que performance, le jazz offre \u00a0-bien davantage qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;autres points de vue- une impressionnante mati\u00e8re \u00e0 la r\u00e9flexion critique. Ses solistes virtuoses sont souvent dot\u00e9s d&rsquo;une forme de technique extraordinaire et presque toujours se distinguent par des traits de style individuel fort int\u00e9ressants. La performance de jazz offre une excitation qui lui est propre et qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;on peut \u00e9prouver lors dune repr\u00e9sentation de musique \u00a0\u00bb classique \u00ab\u00a0. Dans la salle de concert ou \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra, la musique n&rsquo;est pas seulement un art mais aussi une sorte de jeu. La soprano qui ex\u00e9cute l&rsquo;air de colorature le plus rebattu (ou le chef dirigeant la plus profonde des symphonies) entreprend de venir \u00e0 bout de certains obstacles pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s et connus du public. Il existe une euphorie particuli\u00e8re (plus ou moins ind\u00e9pendante du pur plaisir musical)\u00a0 \u00e0 remarquer l&rsquo;aisance avec laquelle la soprano atteint les sommets de l&rsquo;aigu ou la suavit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance avec laquelle elle adapte les phrases m\u00e9lodiques. C&rsquo;est comme observer un excellent tireur aux prises avec une s\u00e9rie de cibles difficiles et mettant dans le mille un nombre incroyable de fois. Ce type d&rsquo;euphorie particuli\u00e8re fait totalement d\u00e9faut dans le jazz. l n&rsquo;y a aucun obstacle, aucun test pr\u00e9cis de ma\u00eetrise technique. Selon son humeur, l&rsquo;improvisateur de jazz peut se lancer dans des prouesses de virtuosit\u00e9 tout \u00e0 fait remarquables. Mais toute cette virtuosit\u00e9 surgit sous l&rsquo;impulsion du moment, parfois r\u00e9sulte d&rsquo;une \u00e9motion instantan\u00e9e, parfois m\u00eame d&rsquo;un accident. Par le fait m\u00eame qu&rsquo;il improvise, on ne peut jamais savoir exactement quelle a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re intention du musicien qui joue. On ne sait pas quelle est la cible qu&rsquo;il vise.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Winthrop Sergeant &#8211; <i>Jazz, Hot and Hybrid <\/i>(1938)<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a03) Photographes et illustrateurs <\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">E\u0302tre jazz c\u2019est avant tout une manie\u0300re de vivre, de se promener sur le l du hasard pour attraper une e\u0301toile lante, une fac\u0327on d\u2019aller a\u0300 la rencontre d\u2019un imaginaire qui contient toujours l\u2019improvisation, la curiosite\u0301, qui oblige a\u0300 e\u0301couter les autres, a\u0300 les voir, a\u0300 e\u0302tre dis- ponible pour mieux les raconter en manifestant sa propre poe\u0301sie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Guy Le Querrec <\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je n\u2019e\u0301coute pratiquement jamais de musique chez moi. Sauf pour le travail, sur les enceintes de mon Mac. En revanche, j\u2019e\u0301coute de la musique sur un iPod en marchant, dans le train ou en voiture. Du classique, ge\u0301ne\u0301ralement des compositeurs du XXe sie\u0300cle, et beaucoup de jazz au sens le plus large, des gures historiques comme Ellington, Hawkins, Monk, Chet, Ray Charles, Getz, Coltrane, Ornette, Lacy, Derek Bailey&#8230; J\u2019aime aussi rede\u0301couvrir des albums beaucoup e\u0301coute\u0301s-che\u0301ris dans le passe\u0301, en prenant garde de faire en sorte que l\u2019accoutu- mance ne vienne pas trop e\u0301mousser la troublante e\u0301motion des premiers jours. Mais bien plus que la musique en boi\u0302te, en conserve somme toute, la situation du concert en salle ou (surtout) en club a pour moi un attrait de pre\u0301dilection, particulie\u0300rement cette fois pour les pratiques d\u2019aujourd\u2019hui, les musiques de combat et de re\u0301sistance. Parce que l\u2019auditeur devient alors e\u0301galement le te\u0301moin privile\u0301gie\u0301 des manifestations furtives et incontro\u0302le\u0301es du me\u0301canisme de la cre\u0301ation instantane\u0301e \u2014 quand celle-ci se de\u0301tourne visce\u0301ralement des sentiers balise\u0301s, fussent-ils autoproclame\u0301s cre\u0301atifs ou innovants \u2014 et de l\u2019e\u0301change au bord du gouffre : gestes, regards, mimiques, he\u0301sitations, interrogations&#8230; Alors, pourquoi le jazz ? Parce que le jazz, et la libre impro, sont des communaute\u0301s tisse\u0301es d\u2019individualite\u0301s fortes (et non de clones ou de \u00ab simples \u00bb interpre\u0300tes), de personnalite\u0301s uniques faites de chair et de sang qui s\u2019harmonisent ou interfe\u0300rent, voire qui de\u0301tonnent, dans l\u2019acte musical, avec une e\u0301nergie absolue dans l\u2019intensite\u0301 ou la retenue. Le jazz de cre\u0301ation, et plus encore l\u2019improvisation libre, ont partie lie\u0301e avec le hasard, l\u2019accident, la prise de risque, le danger. Max Roach parlait du jazz comme de \u00ab la seule de\u0301mocratie re\u0301alise\u0301e \u00bb. Barry Guy comparait l\u2019im- provisation a\u0300 \u00ab une musique socialiste \u00bb, d\u2019autres a\u0300 une pratique libertaire. Soit la mise en commun des e\u0301nergies individuelles pour mener un projet collectif a\u0300 bonne fin. Avec de l\u2019humilite\u0301, du respect, de l\u2019engagement, etc.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ge\u0301rard Rouy, journaliste et photographe <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En fait, je ne me suis jamais pose\u0301 la question. J\u2019ai e\u0301te\u0301 la\u0300, au bon endroit, au bon moment. Tout simplement.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ne\u0301 a\u0300 Paris en 1940, j\u2019ai grandi dans une cite\u0301 a\u0300 Montrouge. Mon voisin de palier s\u2019appelait Michel de Villers, un des meilleurs saxophonistes de l\u2019imme\u0301diate apre\u0300s-guerre, compa- gnon de route de Django Reinhardt (1947), Kenny Clarke (1948), Bill Coleman et Don Byas (1949). Comme j\u2019ai fait mes e\u0301tudes au Quartier latin, c\u2019est tout naturellement que j\u2019ai commence\u0301 a\u0300 fre\u0301quenter le Caveau de la Huchette.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai donc de\u0301couvert le jazz gra\u0302ce a\u0300 Bechet et a\u0300 Maxim Saury. De\u0301but d\u2019une passion qui ne m\u2019a jamais quitte\u0301. Le soir, j\u2019allais a\u0300 la Huchette, puis, a\u0300 la fermeture, je rejoignais de Villers au Trois Mailletz ou\u0300 il jouait avec Andre\u0301 Persiani. Quand il avait ni, avant de rentrer a\u0300 Montrouge, nous allions au Tabou e\u0301couter Henri Renaud, Bobby Jaspar, Rene\u0301 Thomas ou Sacha Distel. Un soir de 1956, j\u2019y vois arriver Milt Jackson dont je connaissais le visage pour l\u2019avoir vu dans Jazz Hot que me donnait Kurt Mohr. Ce discographe travaillait alors a\u0300 Latin Musique ou\u0300 il me conseillait pour mes rares achats. Ce soir-la\u0300, j\u2019ai demande\u0301, en toute nai\u0308vete\u0301, a\u0300 Milt Jackson : \u00ab Qu\u2019est-ce que le bebop ? \u00bb. Sa re\u0301ponse fut bre\u0300ve : \u00ab E\u0301coute Charlie Parker \u00bb. Le lendemain, j\u2019achetais le seul disque disponible de Parker, un Dial sur lequel se trouvait le tragique \u00ab Lover man \u00bb. Je l\u2019e\u0301coutais sans cesse. Coup de foudre. J\u2019avais trouve\u0301 mon oxyge\u0300ne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 partir de la\u0300, j\u2019ai ve\u0301cu le jazz au quotidien, de\u0301couvrant gra\u0302ce a\u0300 Boris Vian et sa collection \u00ab Jazz pour tous \u00bb les enregistrements classiques. J\u2019avais aussi la chance d\u2019e\u0301couter le jazz le plus contemporain possible, car tre\u0300s peu de disques arrivaient chez nous. Il y avait heureu- sement le Chat qui pe\u0302che, un de mes deux clubs pre\u0301fe\u0301re\u0301s, l\u2019autre e\u0301tant le Montmartre de Copenhague ou\u0300 j\u2019avais la chance d\u2019aller, de 1963 a\u0300 1966, six fois par mois pour mon travail. Il y eut les rencontres de\u0301cisives avec les musiciens : Albert Nicholas, Bud Powell, Oscar Pettiford (qui m\u2019a tant appris), Kenny Clarke, sans oublier Don Cherry (une tre\u0300s grande amitie\u0301 a\u0300 partir de 1963), Alan Silva, Jimmy Lyons, Archie Shepp, Sun Ra, Sonny Sharrock, Dave Burrell, Charles Gayle, William Parker, Hamid Drake, et beaucoup d\u2019autres. Il y eut aussi le bonheur toujours renouvele\u0301 des concerts : Louis Armstrong, Count Basie, Duke Ellington, Billie Holiday, J.A.T.P., les Jazz Messengers (Ah! ceux de 1958!), Sonny Rollins, Miles et Coltrane, Thelonious Monk (c\u2019est toujours a\u0300 l\u2019e\u0301coute de sa musique que je trouve le bonheur absolu), Charles Mingus, E\u0301ric Dolphy, Albert Ayler, Sun Ra&#8230; Aujourd\u2019hui quand je re\u0301e\u0301coute tous ces concerts, j\u2019e\u0301prouve le me\u0302me plaisir. Ils n\u2019ont pas pris une ride. Toujours la chance. J\u2019apprends la photo gra\u0302ce a\u0300 Marc Garanger, a\u0300 l\u2019arme\u0301e en Alge\u0301rie, en 1961. Au retour, je pro fie de ma position de te\u0301moin privile\u0301gie\u0301, ma proximite\u0301 avec tous ces musiciens, pour les photographier dans leurs vies prive\u0301e et professionnelle. Tous cela sans aucun voyeurisme. Les portes s\u2019ouvrent. Je deviens ge\u0301rant et programmateur de clubs, journaliste spe\u0301cialise\u0301, producteur artistique de disques, producteur a\u0300 Radio France, tout en restant inde\u0301pendant. J\u2019ai la fierte\u0301 de n\u2019appartenir a\u0300 aucune de ces chapelles qui ont fait et font toujours autant de mal au jazz en France.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quelle chance ! Et tout cela sans aucun plan de carrie\u0300re. Je me suis contente\u0301 de suivre mes oreilles et mon c\u0153ur. Bilan de ma vie : je suis un homme libre qui se contente de vivre sa passion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jacques Bisceglia, photographe, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2013 <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ben, parce qu\u2019il est la\u0300&#8230; Passe\u0301e la vanne pas bien dro\u0302le, il faut reconnai\u0302tre qu\u2019a\u0300 un sie\u0300cle pre\u0300s la question n\u2019aurait pas eu beaucoup de sens. En gros le jazz, qui est ne\u0301 avec le XXe sie\u0300cle, aura e\u0301te\u0301 de toutes les aventures musicales de son e\u0301poque, y compris la relecture des musiques qui l\u2019ont pre\u0301ce\u0301de\u0301 et la prise en compte de celles qui sont apparues apre\u0300s lui. Et voila\u0300 pourquoi le jazz : parce que, avec sa grande rigueur et sa tout aussi grande liberte\u0301, il a e\u0301te\u0301 et reste le carrefour de toutes les musiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Marc Taraskoff, peintre, illustrateur, signataire de la couverture de Jazz de France, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en mars 2015<\/strong><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4) Diffuseurs, responsables de club et de festival <\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>C\u2019est la faute a\u0300 Thelonious&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un vinyle 45 tours Atlantic 232013 S achete\u0301 le 28 mai 1962 ( je datais alors chaque rare achat sur la pochette), juste la veille d\u2019atteindre l\u2019a\u0302ge de 15 ans. Un 45 tours choisi sans doute au hasard quand j\u2019e\u0301coutais d\u2019ordinaire Little Richard, Eddie Cochran, Gene Vincent, Elvis Presley et Paul Anka. Peut-e\u0302tre a\u0300 cause de ce dro\u0302le de nom de Thelonious et de la photo de pochette, be\u0301ret noir, costume-cravate, regard errant sur un inde\u0301 ni bruineux, mur de pierre brut en fond de sce\u0300ne. Deux titres (\u00ab In Walked Bud \u00bb et \u00ab Rhythm a Ning \u00bb) sur ce disque des Jazz Messengers, un texte de pre\u0301sentation de\u0301licieusement laconique (\u00ab Cette rencontre \u2013 unique dans l\u2019histoire du jazz \u2013 confronte le jeu brutal et direct du batteur Art Blakey avec les conceptions re\u0301vo- lutionnaires du pianiste Thelonious Monk \u00bb) et un conseil d\u2019importance : Nous vous recommandons de ve\u0301rifier fre\u0301quemment votre saphir et de le changer aussi souvent qu\u2019il est ne\u0301cessaire pour conserver la purete\u0301 sonore. Nettoyer la surface avec un chiffon humide, assurez-vous de la le\u0301ge\u0300rete\u0301 de votre pick-up ainsi que de la vitesse de votre tourne-disque. Thelonious, donc, comme une de\u0301 agration, une e\u0301nigme, l\u2019expression d\u2019un art de la rup- ture, une e\u0301nergie primordiale et une manie\u0300re radicale de se libe\u0301rer des stigmates des conformismes.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Thelonious, et une question troublante : comment se peut-il que, la premie\u0300re note joue\u0301e, le premier accord plaque\u0301, l\u2019on reconnaisse d\u2019emble\u0301e ce pianiste ? D\u2019ou\u0300 vient cette sensation aiguise\u0301e de s\u2019en remettre a\u0300 l\u2019instant, jusqu\u2019a\u0300 l\u2019extre\u0302me pointe du possible et sans la moindre assignation ?\u00a0 Apre\u0300s quelques jours, sur 45 tours toujours, Thelonious, cette fois sur fond solaire et avec chapeau irlandais (The Unique Thelonious Monk avec Oscar Pettiford et Art Blakey, Riverside EP 113), m\u2019a incite\u0301 a\u0300 traverser vers le co\u0302te\u0301 ensoleille\u0301 de ma rue pour pousser la porte de M. Destouches qui fabriquait de splendides tourne-disques verts en forme de mallettes, le haut-parleur servant de capot. Par la suite, je me suis toujours assure\u0301 me\u0301ti- culeusement de la le\u0301ge\u0300rete\u0301 de mon pick-up.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu&rsquo;il m&rsquo;a permis de changer de vie pour devenir l&rsquo;aboutissement de ma passion : la Musique. C&rsquo;est le jazz, apre\u0300s le rock, qui m&rsquo;a permis d&rsquo;ouvrir mes oreilles a\u0300 des sons, des formes de liberte\u0301s qui n&rsquo;existent que chez lui. Cette passion m&rsquo;a fait de\u0301missionner, a\u0300 33 ans, de mon me\u0301tier pour entrer dans le monde de l&rsquo;inconnu, celui de la presse, de la radio 25 ans plus tard, je suis er d&rsquo;avoir apporte\u0301 ma modeste contribution au jazz gra\u0302ce, entre autres, a\u0300 la Radio Paris Jazz et au festival Jazz a\u0300 Saint-Germain-des-Pre\u0301s qui fe\u0302te cette anne\u0301e ses 10 ans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Bernard Aime\u0301, ancien directeur artistique du Petit Faucheux <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Frustre\u0301? Su\u0302rement de ne pas savoir jouer d&rsquo;un instrument. Alors le bonheur est en moi lorsque le musicien joue la musique que j&rsquo;aime sur une des sce\u0300nes du festival ou lorsque je tente de faire partager ma passion au moyen d&rsquo;un micro.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Fre\u0301de\u0301ric Charbaut, directeur artistique du festival Jazz a\u0300 Saint-Germain-des-Pre\u0301s <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour une raison politique !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le Petit Faucheux nai\u0302t dans les anne\u0301es 1980. A\u0300 cette e\u0301poque on voyait monter le de\u0301li- tement social et son corollaire la pousse\u0301e des populismes. Nous souhaitions, par une action culturelle, contribuer a\u0300 proposer du liant social.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Rapidement, le projet qui se voulait artistiquement e\u0301clectique a\u0300 l\u2019origine s\u2019est recentre\u0301 sur le jazz jusqu\u2019a\u0300 l\u2019exclusivite\u0301. En amont de rencontres, Bernard Lubat, Bernard Aime\u0301, qui ont e\u0301te\u0301 de\u0301terminantes, mon inclinaison pour cette musique, relativement a\u0300 d\u2019autres propos artistiques, ne s\u2019est pas forge\u0301e sur des bases esthe\u0301tiques mais sur d\u2019autres crite\u0300res. J\u2019e\u0301tais attire\u0301, dans le contexte de l\u2019e\u0301poque, par l\u2019aspect rencontre, entre la culture africaine et l\u2019europe\u0301enne sur le sol ame\u0301ricain, de cette musique. Une telle e\u0301mergence ne semblait posse\u0301der les vertus ne\u0301cessaires pour affronter le rejet des diffe\u0301rences. La capacite\u0301 d\u2019improvisation propre au jazz m\u2019est toujours apparue comme une main tendue en permanence vers les autres. Le rapport des musiciens a\u0300 leur musique me se\u0301duisait aussi, avec cette impression d\u2019e\u0302tre tourne\u0301 prioritairement vers la cre\u0301ation, sans se laisser perturber par une agac\u0327ante mise en sce\u0300ne des egos. Le rapport des musi- ciens entre eux m\u2019apparaissait aussi comme exemplaire. Une formation, exception faite des grandes, est compose\u0301e de musiciens e\u0301gaux, jusque dans leurs salaires, au service d\u2019une cre\u0301ation, alors que dans d\u2019autres contextes tout concourt a\u0300 se\u0301parer l\u2019artiste de ses accompagnateurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Contrairement a\u0300 la le\u0301gende j\u2019ai aussi de\u0301couvert in fine, une musique qui, retraite venue, restera un peu plus pour moi qu\u2019un excellent mot pour le scrabble.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Michel Audureau, ancien directeur du Petit Faucheux <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz parce que c\u2019est une e\u0301vidence que l\u2019on ne veut rien faire d\u2019autre&#8230; Parce que Duke, Louis, Django, Bird, Ella, Thelonious, Fats&#8230; Parce que Guy Labory fait de\u0301 ler un paseo d\u2019histoire du jazz dans les are\u0300nes de Ni\u0302mes, Miles, Dizzy, Sassy, Mingus, Sonny&#8230; Parce que la mandoline de mon grand-pe\u0300re, les 33 tours de mes parents, parce que mon professeur de piano n\u2019aimait pas c\u0327a, parce que l\u2019humour&#8230; Parce que sans le jazz, la batterie n\u2019aurait peut-e\u0302tre jamais existe\u0301 ; le sourire de Jo Jones, la souplesse du swing. Parce qu\u2019une note sonne faux quand elle n\u2019est pas dans le tempo et qu\u2019elle redevient juste par la magie d\u2019une ronde pointe\u0301e&#8230; Parce que le blues&#8230; Parce que Lubat a raison ! Par ou\u0300 c\u0327a s\u2019arre\u0302te ? Entendre ce que l\u2019on joue, jouer ce qu\u2019on entend, jouer sa vie. Risquer l\u2019impre\u0301vu, l\u2019improbable ; improviser au jour la nuit&#8230; Parce qu\u2019e\u0301vasions en solo, solitaire, ou en groupe soli- daire. Parce que langage universel, on se reconnai\u0302t et on se retrouve toujours un jour&#8230; Parce que le public interpelle au milieu d\u2019un morceau, \u00ab oh yeah, come on \u00bb, et qu\u2019on ne sait pas pourquoi&#8230; Le jazz parce qu\u2019Alain Jean Marie connai\u0302t des milliers de standards et autant de manie\u0300res de les harmoniser dans les douze tonalite\u0301s, et que Herbie en propose d\u2019autres&#8230; Le jazz parce que c\u2019est le fondement de toutes les musiques dites \u00ab actuelles \u00bb. Jazz, musique e\u0301volutive a\u0300 l\u2019e\u0301coute, des arts et de l\u2019humanite\u0301, fait du bien aux autres et a\u0300 soi-me\u0302me. Le jazz parce qu\u2019il vous donne tout et vice versa.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ste\u0301phane Kochoyan, pianiste, directeur artistique de nombreux festivals\u00a0 <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Sans rentrer dans les grandes the\u0301ories, le jazz, c\u2019est simplement une fac\u0327on d\u2019e\u0302tre, une fac\u0327on de jouer&#8230; Un e\u0301tat d\u2019esprit, une liberte\u0301 peu commune, une passion omnipre\u0301sente et de\u0301vorante&#8230; A\u0300 consommer sans mode\u0301ration.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la densite\u0301 d\u2019expression de <strong>George Adams<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la magie de la voix de <strong>Jeanne Added<\/strong> entre stalactites et stalagmites, Parce que la beaute\u0301 des chemins buissonniers emprunte\u0301s par <strong>Carla Bley<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la re\u0301volte aux e\u0301meutes de Los Angeles par Lester Bowie,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que les gamins studieux qu\u2019ont e\u0301te\u0301 <strong>David Chevallier <\/strong>et <strong>Franc\u0327ois Merville<\/strong>, Parce que la belle folie musicale de <strong>Me\u0301de\u0301ric Collignon,<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le professeur qu\u2019a su e\u0302tre <strong>Jean-Claude Fohrenbach<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019e\u0301criture me\u0301lodique de <strong>Gabor Gado<\/strong> et l\u2019e\u0301le\u0301gance de <strong>Gabor Winand<\/strong>, Parce que la majuscule a\u0300 l\u2019Accorde\u0301on de <strong>Richard Galliano<\/strong>,<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ste\u0301phane Portet, directeur du Sunset\/Sunside <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que les voyages autour de la Me\u0301diterrane\u0301e de <strong>Renaud Garcia-Fons,<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019infernal <strong>Alain Gibert<\/strong> a fait bouillir la marmite avec le <strong>Nelson Mandela Metropolitan Choir<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le me\u0301lange avec les Gnawas de Tanger,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que <strong>Daniel Humair<\/strong> est joaillier,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la musique diffe\u0301rente et toujours la me\u0302me d\u2019<strong>Ahmad Jamal<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que <strong>Jean-Franc\u0327ois Jenny-Clark<\/strong> e\u0301tait de\u0301licat,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que <strong>Steve Lacy<\/strong> e\u0301tait un poe\u0300te e\u0301mouvant,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que <strong>Jeanne Lee,<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la de\u0301chirure, l\u2019espoir, le re\u0302ve, la cole\u0300re d\u2019<strong>Abbey Lincoln<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la rencontre d\u2019<strong>Eddy Louiss <\/strong>et de <strong>Michel Petrucciani<\/strong> a\u0300 Souillac, deux soirs de suite, Parce que l\u2019aventure vers <strong>Mieko Miyazaki, Mounir Troudi, Dhafer Youssef.<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que la musique rageuse d\u2019un <strong>Michel Portal<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019un soir, il a fallu improviser en attendant<strong> Enrico Rava<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que toutes les histoires image\u0301es qu\u2019<strong>Aldo Romano, Louis Sclavis <\/strong>et <strong>Henri Texier<\/strong> ont ramene\u0301es, Parce que <strong>Quest<\/strong> m\u2019a donne\u0301 des couleurs,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019A<strong>rchie Shepp<\/strong> parle le jazz couramment,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019exigence d\u2019un <strong>Martial Solal<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que l\u2019e\u0301volution de la musique d\u2019<strong>Esbjo\u0308rn Svensson<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que tous les effets que fait <strong>Erik Truffaz<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le boubou de <strong>David S. Ware<\/strong>,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le \u00ab facteur <strong>Barney \u00bb Wilen<\/strong> m\u2019a distille\u0301 toutes ses notes bleues par une \u00ab<em> bella giornata<\/em> \u00bb, Parce que le jazz c\u2019est la vie,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que toutes les autres raisons&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Robert Peyrillou, Souillac en Jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Nombreux sont ceux qui, comme moi, pensent que, au-dela\u0300 des de\u0301terminismes sociaux et e\u0301ducatifs bien identi e\u0301s auxquels il a pu e\u0302tre confronte\u0301, ses propres inclinaisons artistiques et particulie\u0300rement musicales rele\u0300vent pluto\u0302t du hasard que d\u2019une logique construite. Qu\u2019une rencontre, une coi\u0308ncidence fortuite, un choc e\u0301motionnel impre\u0301vu vont lui ouvrir subitement les portes du monde de l\u2019ope\u0301ra, du chant harmonique tibe\u0301tain ou du jazz, alors que ces domaines lui e\u0301taient jusqu\u2019alors totalement e\u0301trangers&#8230; Or, le hasard est oriente\u0301. A\u0300 notre insu, nos oreilles, constamment en alerte, captent des signaux que notre cerveau ne sait pas interpre\u0301ter tout de suite, mais qui, en fait, guident nos pas, organisent nos rencontres, fac\u0327onnent nos destine\u0301es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Certes, nous e\u0301coutons de la musique ou pratiquons un instrument par plaisir, mais cela n\u2019est pas la seule raison. Les choix artistiques que nous faisons doivent se re\u0301ve\u0301ler \u00ab utiles \u00bb. Quelle he\u0301re\u0301sie !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ce que nous e\u0301coutons nous \u00ab sert \u00bb assure\u0301ment, en nous dotant d\u2019outils d\u2019analyse et de compre\u0301hension du monde, de moyens de communication et d\u2019expression de nos sentiments. C\u2019est un prisme au travers duquel va s\u2019organiser notre perception du monde, un \u00ab ltre \u00bb qui va contribuer a\u0300 structurer notre personnalite\u0301 et nous aider a\u0300 mieux nous socialiser. Cela est loin d\u2019e\u0302tre anodin&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Alors, qu\u2019est-ce qui a motive\u0301 le fan de rock\/blues \u00ab progressif \u00bb que j\u2019e\u0301tais dans les anne\u0301es 1970 a\u0300 quasiment renier du jour au lendemain ses premie\u0300res amours et a\u0300 embrasser fougueusement les musiques de jazz ? Que m\u2019offrait de plus le jazz qui allait me permettre de progresser sur le plan personnel, en tant que musicien aussi bien qu\u2019homme engage\u0301 dans la cite\u0301 ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans les anne\u0301es 1970, nous cherchions en effet notre place dans cette socie\u0301te\u0301 conservatrice des \u00ab 30 glorieuses \u00bb, citoyens tout juste majeurs dans un pays en pleine mutation qui passait brutalement du rural a\u0300 l\u2019urbain et du local au global. Un pays qui sortait tout juste de l\u2019e\u0300re coloniale et une ge\u0301ne\u0301ration qui se posait de\u0301ja\u0300 la question du me\u0301tissage. Le rock m\u2019avait permis d\u2019afficher un regard \u00ab rebelle \u00bb, de partager des codes avec une grande partie de mon entourage et de m\u2019af rmer sous le regard de l\u2019autre et de tester mon pouvoir de se\u0301duction. Mais tout cela tournait en rond ; le groupe de rock fonction- nait en quasi-autarcie. C\u2019e\u0301tait un cercle ferme\u0301 presque sectaire ou\u0300 j\u2019e\u0301touffais tandis que ma pratique instrumentale stagnait. Il me fallait en sortir. Un faisceau d\u2019indices me conduisit vers la cave du jazz club local. Et c\u2019est la\u0300, en de\u0301pit d\u2019une forte emprise de la petite bourgeoisie d\u2019alors (pour employer le jargon du temps), qui aurait du\u0302 logiquement me faire fuir, que je trouvais ce qui me manquait, l\u2019esprit du jazz. Le jazz connaissait une re\u0301volution libertaire (les fameuses \u00ab musiques improvise\u0301es \u00bb), en phase avec les aspirations de ma ge\u0301ne\u0301ration. Tout en faisant exploser les cadres traditionnels, les gures de proue de ce mouvement de rupture ne cessaient de se re\u0301fe\u0301rer aux grands cre\u0301ateurs le\u0301gendaires et pre\u0301tendaient en e\u0302tre les he\u0301ritiers et s\u2019en inspirer. Il e\u0301tait donc licite de poursuivre simultane\u0301ment l\u2019exploration de l\u2019univers du blues, d\u2019e\u0301tudier les lois complexes du bop, les fulgurances coltraniennes tout en pratiquant l\u2019impro totale et sans let&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Trente ans plus tard, a\u0300 bien y regarder, je ne suis pas certain que ce qu\u2019offre le jazz actuel ne serve de la me\u0302me manie\u0300re les ge\u0301ne\u0301rations d\u2019aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ou\u0300 est passe\u0301 l\u2019esprit du jazz ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jacques Panisset, ex directeur du Grenoble jazz festival <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que je n\u2019ai pas eu le choix : un impo\u0302t e\u0301motionnel direct en pleine gueule comme un pre\u0301le\u0300vement musical et poe\u0301tique obligatoire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz, c\u2019est s\u2019affranchir : briser le joug, briser les chai\u0302nes, composter, de\u0301barrasser, de\u0301charger, de\u0301consigner, de\u0301douaner, de\u0301faire, de\u0301gager, de\u0301grever, de\u0301lier, de\u0301livrer, de\u0301taxer, e\u0301man- ciper, exempter, exone\u0301rer, franchir, informer, initier, libe\u0301rer, mettre au courant, mettre au parfum, racheter, re\u0301dimer, renseigner, surtaxer, taxer, timbrer, mettre en liberte\u0301&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz est un e\u0301tat d\u2019esprit, une manie\u0300re d\u2019e\u0302tre. Dire de l\u2019alle\u0301gresse et du refus.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est peut-e\u0302tre c\u0327a le jazz : du renoncement jubilatoire ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>La\u0302cher prise ?<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Oui, c\u2019est peut-e\u0302tre c\u0327a le jazz aussi. S\u2019abandonner.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong><\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ce serait a\u0300 refaire aujourd\u2019hui, since\u0300rement, je n\u2019y retournerais pas. J\u2019ai le sentiment que cette musique-la\u0300, le jazz en marche j\u2019entends, celui qui habite l\u2019he\u0301ritage donc qui s\u2019en affranchit, fonce aussi frontalement dans le mur de l\u2019incompre\u0301hension que le poe\u0300te va au suicide.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Et pourtant, j\u2019y crois toujours : la magie du geste improvise\u0301, cultive\u0301, est unique. Inoui\u0308e, parfois.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais je ne l\u2019aime gue\u0300re cette musique quand elle se re\u0301pe\u0300te, quand elle be\u0301gaie, quand elle fraye avec les te\u0302tes de gondoles.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Cette musique-la\u0300, pour moi, n\u2019est pas le jazz.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est une me\u0301moire vive, e\u0301rudite et qui dit de son e\u0301poque pour peu qu\u2019on l\u2019entende. Ce serait a\u0300 refaire, vraiment ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019y retournerais quand me\u0302me \u2014 te\u0302te baisse\u0301e \u2014 plus me\u0301chant qu\u2019aujourd\u2019hui \u2014 me\u0302me pas su\u0302r \u2014 fragile toujours, apre\u0300s avoir achete\u0301 une vigne, des volailles, et des cochons nourris aux glands et aux cha\u0302taignes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pata negra. Blanc et noir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Philippe Ochem, pianiste, directeur de Jazzdor Strasbourg et de Jazzdor Strasbourg-Berlin <\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que cette musique, de\u0301couverte a\u0300 l\u2019adolescence au milieu des anne\u0301es soixante avec les derniers disques de John Coltrane, a e\u0301te\u0301 toujours ma source de vie et ma part de re\u0302ve !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Depuis 1976, c\u2019est aussi une compagne tre\u0300s exigeante, car toute ma vie a e\u0301te\u0301 construite en fonction des concerts et des festivals que j\u2019organise, des articles e\u0301crits, des e\u0301missions de radio re\u0301alise\u0301es, des photographies expose\u0301es ou publie\u0301es&#8230; Une douce et sublime addiction dont je ne peux plus me passer et que je ne peux oublier que dans les bras de ma compagne aime\u0301e, me\u0302me si la\u0300 encore je peux rester saisi par la me\u0301lodie inoubliable du \u00ab Lonely woman \u00bb d\u2019Ornette !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Armand Meignan, ex directeur de l\u2019Europa jazz Festival<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que, simplement par hasard, tout petit, je suis tombe\u0301 dedans, \u00ab live \u00bb au festival d\u2019Antibes (1962). Sur sce\u0300ne <strong>Dizzy Gillespie<\/strong> (avec <strong>Le\u0301o Wright <\/strong>et<strong> Lalo Schiffrin<\/strong>), ses joues gon e\u0301es et un son de trompette proprement inoui\u0308, litte\u0301ralement stupe\u0301 ant. Pour moi, un authentique choc, la conviction de\u0301 nitive qu\u2019une expression musicale libertaire e\u0301tait possible et le de\u0301but d\u2019une relation passionnelle qui ne s\u2019est jamais de\u0301mentie depuis. Alimente\u0301e par une forte curiosite\u0301 naturelle, ladite passion s\u2019est tre\u0300s rapidement trans- forme\u0301e en une \u00ab collectionnite \u00bb aigue\u0308 (le peu de concerts, a\u0300 cette lointaine e\u0301poque, dans mon Vaucluse natal, entrai\u0302nant un phe\u0301nome\u0300ne de compensation par accumula- tion de galettes vinyles). Laquelle, au bout du compte, a servi de de\u0301clencheur a\u0300 l\u2019envie pressante d\u2019oui\u0308r en chair et en sons les musiciens de\u0301couverts sur ces bons vieux LPs qu\u2019il e\u0301tait, en ce temps-la\u0300, relativement facile de se procurer aupre\u0300s d\u2019une valeureuse confre\u0301rie aujourd\u2019hui moribonde : les disquaires.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">De l\u2019ensemble de ces e\u0301ve\u0301nements fondateurs de\u0301coule, avec l\u2019aide de deux amis parta- geant le me\u0302me type de lubies, l\u2019initiative (relativement inconsciente, mais de\u0301termine\u0301e) de fonder l\u2019AJMI (1978) a\u0300 Avignon. C\u2019est donc ainsi, qu\u2019au l du temps et du de\u0301veloppe- ment de l\u2019association, le jazz n\u2019a plus jamais cesse\u0301 de faire partie inte\u0301grante de ma vie personnelle et qu\u2019il a progressivement occupe\u0301 aussi la totalite\u0301 de ma vie profession- nelle (depuis 1995). Et ce n\u2019est qu\u2019un de\u0301but&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Paul Ricard, fondateur de l\u2019AJMI<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Mais parce que vital !<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce qu\u2019amour, rires, larmes, e\u0301motions, joie, tendresse, enthousiasme, silence&#8230; sensualite\u0301, sexualite\u0301, pudeur, liberte\u0301, re\u0302ve, phantasme, intimite\u0301, inspira- tion, respiration, prise de parole, prise de risque, communaute\u0301, tension, de\u0301tente, recueille- ment, question, re\u0301ponse, suspens, retenue, de\u0301licatesse, swing, exhibition, improvisation, mouvement, cadence, mesure, tempo, rythme, geste, danse, transe, noire, bleu, Afrique, Ame\u0301rique, Nouvelle-Orle\u0301ans, Chicago, Kansas City, New York, Paris, Stockholm, Milan, Tokyo, partout, ailleurs, la\u0300 aussi, toi aussi, toi encore&#8230; Parce que free, soul, funk, bebop, negro spiritual, gospel, ragtime, New Orleans, stride, boogie, blues, rhythm\u2019n\u2019blues, hard bop, cool, third stream, fusion, world, plus loin encore&#8230; Parce que Louis, Bessie, Dexter, Cootie, Duke, Earl, Barney, Sidney, Bix, Jelly Roll, Count, Big Bill, BB, Fats, Bean, Pres, Lady Day, Ella, Sarah, Dinah, Anita, Fletcher, Benny, Artie, Django, Ste\u0301phane, Charlie, Illinois, Arnett, Bird, Dizzy, Max, Sphere, Klook, Erroll, Lionel, Gerry, Chet, Jimmy, Paul, Dave, Art, Miles, Sonny, John, Nat, Ray, Stan, Gil, Ornette, Abdullah, Gato, Hermeto, Bill, Michael, Keith, Jan, Joe, Carla, amis, intimes&#8230; Parce que corps et a\u0302me, choses folles et tristesse de Saint-Louis&#8230; Pourquoi le jazz ??? Quelle dro\u0302le de question ? Mais parce que la vie !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Michel Proust,\u00a0programmateur de Jazz au Phare, saxophoniste.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La tentation est grande de re\u0301pondre seulement \u00ab parce que \u00bb. Comme un gamin qui est trop e\u0301tonne\u0301 qu\u2019un adulte cherche une re\u0301ponse tellement e\u0301vidente&#8230; Mais bon, tentons une analogie. Sur le ring, vous sentez l\u2019adversaire a\u0300 votre porte\u0301e. Vous pensez a\u0300 vos appuis, vous bougez, vous anticipez ses mouvements, tout va bien. Et d\u2019un coup, paf, un direct du gauche venu d\u2019on ne sait ou\u0300. Sec, imparable. C\u0327a vous est de\u0301ja\u0300 arrive\u0301 ? Moi, oui. Apre\u0300s, vous e\u0302tes nettement moins vaillant. KO debout, c\u2019est l\u2019expression. Et beaucoup plus modeste. Mon premier jab du gauche, je l\u2019ai encaisse\u0301 a\u0300 4 ans, en e\u0301coutant Fats Waller. Je ne l\u2019e\u0301coute plus tre\u0300s souvent (c\u2019est pas bien) mais il m\u2019a emmene\u0301 vers d\u2019autres horizons depuis. Je ne lui ai pas toujours e\u0301te\u0301 de\u0300le, j\u2019aime beaucoup d\u2019autres musiques, mais je nis tou- jours par remonter sur le ring pour en de\u0301coudre avec lui. Et par prendre des coups&#8230; Crochet du droit de Charlie Parker, uppercut de John Coltrane, mais j\u2019insiste, et je me rele\u0300ve a\u0300 chaque fois. Je combats pour le titre !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Bon, d\u2019accord, je pourrais parler de la beaute\u0301 de la musique, du plaisir d\u2019improviser ensemble, de faire partager ces moments de magie&#8230; Du baratin, tout c\u0327a. Le jazz, c\u2019est Mohammed Ali a\u0300 Kinshasa, en 1974. Grande gueule, beau, fort et invincible. Irre\u0301sistible !<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Francis Le Bras, ex ditrecteur de Reims Jazz Festival<\/span><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a05) Agents et tourneurs <\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi PAS le jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab La musique des pauvres, pour enrichir les riches. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans des couchers de solos Ils e\u0301changeaient leur vie Contre des surdoses de ge\u0301nie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019ART y gagnait en swing<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Mais autour de minuit<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Combien d\u2019amis y perdirent leur vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019inventeur du troisie\u0300me set N\u2019e\u0301tait certainement pas Le trompettiste<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 la le\u0300vre qui saigne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La liberte\u0301,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Au prix d\u2019un chorus mal paye\u0301. N\u2019avait certainement pas<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le gou\u0302t d\u2019un grand cru classe\u0301.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Il y a des caves<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ou\u0300 le sang de l\u2019homme N\u2019arrive pas a\u0300 se me\u0301langer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Les yeux rougis, Par la fatigue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Des nuits chimiques<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ont fait grandir L\u2019abolition &#8211; Harmonique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Nous avons, enfin pu ce\u0301le\u0301brer Le FREE.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 Haight Ashbury,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Sur des beats &#8211; Ge\u0301ne\u0301ration. Fleurissaient, sous perfusion Les \u00ab soft \u00bb Machine Fusion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab Quand le pe\u0300re fusion, la messe ca\u0302line \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">&#8211; Weather Report &#8211; Cool &#8211; au beau xe.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">&#8211; Mahavishnu cherchait encore sa Shakti &#8211; La lle d\u2019Ipane\u0301Marne<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Fardait son a\u0302me a\u0300 l\u2019ayahuasca.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">On croyait tenir la bonne ligne&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">He\u0301las&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Les monstres&#8230; Partis.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Que reste-il de ces grands vides ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pa\u0302les copies, d\u2019une mauvaise se\u0301rie&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Aujourd\u2019hui&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Loin du droit civique La morale s\u2019organise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Une poigne\u0301e de sourds Prennent en main<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Nos addictions ludiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Premiers pupitres de l\u2019industrie. Ils t\u2019expliquent<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comment le score s\u2019e\u0301crit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Eux qui ne font pas la diffe\u0301rence Entre une blanche et un noir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Des &#8211; Si &#8211; De\u0301ment&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">La musique perd de sa magie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le JAZZ lui&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Du haut de son paradis &#8211; Sourit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Alors&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz&#8230; Pourquoi PAS le jazz.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Christian Pe\u0301gand,<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz? Dans un premier temps par hasard, au gre\u0301 du vent et des rencontres de la vie. Mais avec du recul : par improvisation, parce qu\u2019il n\u2019y pas de hasard, juste des ren- contres. Parce que cette musique et ceux qui la font portent en e\u0301tendard une envie de vivre pour ce qu\u2019ils de\u0301fendent, au prix d\u2019un sacri ce souvent important, et donc une forme de re\u0301sistance qui rend ce milieu &#8211; cette musique, les musiciens et ceux qui les aident a\u0300 faire leur me\u0301tier &#8211; unique et enthousiasmant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pascal Pilorget, GiantSteps <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019aime le jazz parce que c\u2019est une musique exigeante surprenante passionnante, tou- jours en mouvement et qui ne laisse d\u2019autre choix que l\u2019excellence.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Qu\u2019est-ce qui est du jazz ? Qu\u2019est-ce qui n\u2019en est pas ? Finalement l\u2019absence de re\u0301ponse donne une souplesse d\u2019appre\u0301ciation, laissant place a\u0300 une ouverture d\u2019esprit propice a\u0300 avoir une bonne part d\u2019improvisation dans son approche du me\u0301tier.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi je travaille dans le jazz ? Pas pour l\u2019argent, pas pour la gloire Je travaille dans la musique depuis 35 ans par choix, et par passion, mais ce sont les hasards du parcours professionnel qui m\u2019ont amene\u0301 a\u0300 devenir producteur de jazz.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai trouve\u0301 dans le jazz (depuis 15 ans) un milieu dans lequel je me sens bien. J\u2019y ren- contre des gens que j\u2019appre\u0301cie et ce beaucoup plus que dans les autres milieux musi- caux dans lesquels j\u2019ai pu e\u0301voluer. C\u2019est un me\u0301tier a\u0300 l\u2019e\u0301quilibre fragile ou\u0300 le producteur e\u0301volue comme un funambule entre exigences et espoirs d\u2019artistes angoisse\u0301s aux egos parfois de\u0301mesure\u0301s et logiques de diffuseurs aux pre\u0301occupations beaucoup plus prag- matiques : \u00ab Est-ce que je vais remplir ma salle, est-ce que c\u0327a va plaire a\u0300 mes tutelles ? \u00bb C\u2019est un challenge permanent et donc excitant que de participer a\u0300 faire vivre des projets artistiques dont la re\u0301alite\u0301 e\u0301conomique est pour le moins ale\u0301atoire. Les me\u0301canismes mis en place pour y parvenir sont fascinants par leur complexite\u0301, induisant la ne\u0301cessite\u0301 du ro\u0302le de producteur\/manager d\u2019artistes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La passion est bien su\u0302r ne\u0301cessaire pour rester dans cette profession qui ne connai\u0302t pas de saison morte. Le jazz est en nous en permanence ( je ne sais plus ce que veut dire le mot week-end et j\u2019ai un vague souvenir du mot vacances) avec ses succe\u0300s et ses e\u0301checs, ses satisfactions et ses de\u0301ceptions, mais qui pourrait se plaindre de vivre son me\u0301tier a\u0300 120 %&#8230; Le souci pour moi c\u2019est peut-e\u0302tre juste de trouver le temps d\u2019arre\u0302ter parfois ce rouleau compresseur d\u2019informations qui arrivent dans une journe\u0301e, pour prendre le temps de re\u0301 e\u0301chir et de re\u0301pondre a\u0300 une question simple comme \u00ab Pourquoi le jazz ? \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Franc\u0327ois Peyratout, Nemo <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz, hein ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai de\u0301couvert le jazz dans la discothe\u0300que de mon pe\u0300re, puis a\u0300 travers le mouvement d\u2019intrusion de certains musiciens en direction de la pop progressive a\u0300 la n des anne\u0301es 1960, Miles, McLaughlin, Ponty, Coryell&#8230; Par la suite je m\u2019y suis inte\u0301resse\u0301 en profondeur, au point de cre\u0301er une association d\u2019organisation de concerts. Cela m\u2019a permis de ren- contrer de nombreux musiciens de toutes origines et styles. Puis j\u2019ai entame\u0301 des collaborations nationales et finalement europe\u0301ennes avec leurs agents, souvent base\u0301s a\u0300 l\u2019e\u0301tranger et sans visibilite\u0301 sur le re\u0301seau franc\u0327ais des cre\u0301ateurs de de\u0301 cits associatifs&#8230; !! Ma rencontre avec Michel Petrucciani en 1986 m\u2019a de\u0301cide\u0301 a\u0300 aller de l\u2019avant. Par dela\u0300 sa musique de\u0301ja\u0300 exceptionnelle, c\u2019est sa de\u0301termination, son humour et sa personnalite\u0301 chaleureuse qui m\u2019ont se\u0301duit. J\u2019ai abandonne\u0301 mes autres activite\u0301s pour de\u0301velopper sa carrie\u0300re. Bien au-dela\u0300 d\u2019un travail tre\u0300s prenant, c\u2019est devenu une vocation passionnelle. J\u2019ai e\u0301galement e\u0301te\u0301 agent de Dee Dee Bridgewater, Martial Solal, Jean-Luc Ponty, manager de Ray Barretto, Miroslav Vitous, John Lurie, Roy Haynes, suscite\u0301 le retour de Magma ou plus re\u0301cemment lance\u0301 la carrie\u0300re jazz de Manu Katche\u0301 par exemple. Bien que les trois dernie\u0300res anne\u0301es de la vie de Michel Petrucciani, je ne me suis plus occupe\u0301 que de lui a\u0300 \u00a0sa demande, ces activite\u0301s multiples repre\u0301sentent une masse de travail dont je me suis souvent demande\u0301 si elle ne trahissait pas une forme de masochisme&#8230; !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019organisateur amateur be\u0301ne\u0301vole, et disons-le relax, j\u2019ai du\u0302 e\u0301voluer vers un statut de chef d\u2019entreprise, cre\u0301ateur d\u2019emplois et de valeur ajoute\u0301e, serial signataire d\u2019accords divers et varie\u0301s e\u0301crits en tout petit, tour a\u0300 tour harcele\u0301 et harceleur, surmene\u0301 et croulant sous la paperasse suspicieuse et de\u0301lirante de nos che\u0300res institutions&#8230; C\u2019e\u0301tait bien loin des ide\u0301es de ma jeunesse ou du pro l d\u2019universitaire tranquille que je pensais me bricoler, mais ma vocation a\u0300 double tranchant passait par la\u0300. J\u2019ai n\u2019ai eu de choix que d\u2019assumer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le charisme de Michel Petrucciani m\u2019a donc conduit vers une carrie\u0300re a\u0300 laquelle je n\u2019au- rais jamais songe\u0301. Je ne sais si la musique de jazz en a re\u0301ellement e\u0301te\u0301 le moteur, mais pluto\u0302t les e\u0302tres humains qui la jouaient. Au fond je n\u2019aime pas le jazz plus qu\u2019une autre musique. Mon engagement est quelque part plus opportuniste que raisonne\u0301. Cela aurait tout aussi bien pu e\u0302tre le baroque, le reggae ou la litte\u0301rature, comme je m\u2019y destinais auparavant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne sais si je serai le seul de mes confre\u0300res a\u0300 exprimer que je suis un peu la\u0300 par hasard ? C\u2019est pourtant ce que je ressens, et ce qui m\u2019a permis de garder a\u0300 mon attrait pour le jazz une certaine frai\u0302cheur. Essayer de ne pas e\u0302tre le ta\u0302cheron qui spamme, gratte le papier, baratine, stresse \u2014 et tout de me\u0302me prend violemment son pied \u2014 mais aussi un de ces personnages le\u0301gers et e\u0301vanescents qui pe\u0301re\u0301grinent presque en dilettante dans les romans de Queneau ou Blondin, c\u2019est au fond cela l\u2019essentiel de ma jazz attitude.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Bernard Ivain<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u0327a commence par une de\u0301sobe\u0301issance. J\u2019ai treize ans, les parents sont sortis, nous laissant devant Thierry la Fronde, avec injonction d\u2019aller au lit de\u0300s la fin de l\u2019e\u0301pisode. La tentation est trop grande d\u2019aller voir ce qui se passe apre\u0300s : Ella Fitzgerald en direct d\u2019Antibes. Je ne connais rien au jazz, mais ce qui se passe la\u0300 me cloue sur mon sie\u0300ge. Un plaisir saisissant, de l\u2019ordre de l\u2019e\u0301motion pure, avec une dimension qui e\u0301chappe a\u0300 tous mes repe\u0300res familiers : l\u2019absolue liberte\u0301 dans le risque de l\u2019instantane\u0301. Je sais alors que ma vie sera de\u0301sormais porte\u0301e par un nouveau de\u0301sir : retrouver au plus vite l\u2019intensite\u0301 de ce premier moment.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je saisis ensuite toutes les occasions d\u2019explorer cette musique. Au plaisir e\u0301motionnel s\u2019ajoute le plaisir intellectuel. Le mouvement des droits civiques et 68 sont entre-temps passe\u0301s par la\u0300, avec l\u2019e\u0301veil paralle\u0300le d\u2019une conscience politique, ou\u0300 se confirme mon affinite\u0301 profonde avec ce qui se joue la\u0300, sur les multiples territoires de liberte\u0301 dont il est question. Certaines rencontres, qui ne rele\u0300vent pas toutes du hasard, feront le reste. J\u2019apprends au milieu des anne\u0301es 1970 la cre\u0301ation de la premie\u0300re e\u0301cole de jazz en France. Je vais frapper a\u0300 la porte du CIM et de\u0301cide de m\u2019embarquer dans l\u2019aventure aux co\u0302te\u0301s d\u2019Alain Guerrini. Je sais aujourd\u2019hui que, derrie\u0300re cette porte, j\u2019ai en n trouve\u0301 un monde qui deviendra, pour la vie, ma nouvelle famille et ma vraie maison. La plus belle partie de l\u2019histoire est e\u0301videmment la chance qui m\u2019a e\u0301te\u0301 donne\u0301e d\u2019y rencontrer certains musiciens que j\u2019e\u0301coutais depuis longtemps, bien avant d\u2019imaginer un jour accompagner leur travail.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne mesurais alors pas que s\u2019amorc\u0327aient la\u0300 les plus ardentes anne\u0301es militantes, ou\u0300 tant de passionne\u0301s se fe\u0301de\u0301raient activement pour donner au jazz la place qu\u2019il me\u0301rite. Que les anne\u0301es 1980 permettraient de grandes avance\u0301es vers la re\u0301alisation de certains de nos re\u0302ves : davantage de moyens, de festivals, de lieux de diffusion, une place accrue dans les me\u0301dias, la conque\u0302te de nouveaux publics. Que les anne\u0301es 1990 marqueraient une e\u0301tape dans la professionnalisation de notre secteur : de\u0301veloppement des re\u0301seaux, mise en place de nouveaux statuts et de nouvelles missions pour les diffuseurs, les artistes et les agents. Et e\u0301mergence d\u2019une nouvelle ge\u0301ne\u0301ration de musiciens talentueux issus des e\u0301coles ou classes de jazz au sein des conservatoires &#8211; et d\u2019une plus grande concurrence. J\u2019ai mieux pressenti, avec la transformation progressive du paysage, que le tournant du sie\u0300cle amorc\u0327ait le retour des grandes pe\u0301riodes de crise : crise politique, e\u0301conomique, crise de l\u2019intermittence, du disque, de la presse. Impossible d\u2019ignorer la remise en cause de certains acquis fondamentaux, la de\u0301sillusion de musiciens en grande pre\u0301carite\u0301, le de\u0301sarroi des programmateurs face a\u0300 la baisse constante de moyens, l\u2019ine\u0301vitable tentation de privile\u0301gier des artistes plus \u00ab vendeurs \u00bb, la re\u0301duction de l\u2019espace de\u0301volu au jazz dans les grands me\u0301dias ou la disparition de certains supports spe\u0301cialise\u0301s. Le jazz, d\u2019abord objet de passion, est parfois aussi devenu l\u2019objet d\u2019autres ambitions. On re\u0301alise pourtant, a\u0300 la lumie\u0300re de ce qui est en train de se produire, qu\u2019il n\u2019a pas pour autant perdu son a\u0302me et reste toujours un lieu possible de vraie re\u0301sistance \u2013 en particulier la\u0300 ou\u0300 la rigueur et l\u2019exigence artistiques pre\u0301valent encore.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ces derniers temps, lorsque j\u2019entends des organisateurs me proposer pour les artistes que je repre\u0301sente des cachets qui n\u2019atteignent pas la moitie\u0301 de ce qu\u2019ils gagnaient il y a trente ans, quand re\u0301apparai\u0302t l\u2019aimable sous-entendu que se passer d\u2019agent permettrait d\u2019appre\u0301ciables e\u0301conomies, j\u2019ai l\u2019e\u0301trange l\u2019impression d\u2019e\u0302tre revenue au de\u0301but de mon parcours, ou\u0300 l\u2019essentiel e\u0301tait encore a\u0300 construire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 la question \u00ab pourquoi le jazz ? \u00bb, je peux pourtant toujours re\u0301pondre : s\u2019il faut de nouveau pour cette cause redevenir militante, je pense avoir encore quelques re\u0301serves d\u2019e\u0301nergie. Car malgre\u0301 les difficulte\u0301s, pour tout ce que cette musique a apporte\u0301 et apporte encore a\u0300 ma vie, pour le plaisir que je prends a\u0300 la voir e\u0301voluer sans cesse en compagnie des musiciens, si c\u2019e\u0301tait a\u0300 refaire, je n\u2019he\u0301siterais pas une seconde !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Martine Palme\u0301, Initiales <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz pour la musique, oui, bien su\u0302r. Celui d\u2019hier mais en particulier celui d\u2019aujourd\u2019hui, celui que je partage : le jazz en France, sans souci d\u2019identite\u0301 nationale. Le jazz sera heureusement toujours une terre d\u2019accueil pour toutes les cultures.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz pour les jazzmen et les jazzwomen, pour leur ge\u0301ne\u0301rosite\u0301 ultime. flLeur fragilite\u0301, leur e\u0301nergie, leur ge\u0301nie (parfois) livre\u0301 en direct et a\u0300 chaque concert, sans pudeur ni retenue, partage\u0301 avec les autres musiciens et le public, me transportent. Chaque chorus est un don unique, un cadeau.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Puisque j\u2019ai l\u2019occasion de m\u2019exprimer, je vous remercie pour tout le plaisir que vous nous offrez.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce plaisir-la\u0300, je voudrais qu\u2019il soit accessible au plus grand nombre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Cette musique essentielle doit e\u0302tre reconnue d\u2019utilite\u0301 publique, elle est l\u2019exemple d\u2019une de\u0301mocratie a\u0300 l\u2019oeuvre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Les de\u0301cideurs devraient faire une place digne a\u0300 cet art de la sce\u0300ne qui n\u2019a pas les budgets qu\u2019il me\u0301rite. Pourquoi ? Par ce que c\u2019est une pratique qui e\u0301chappe aux institutions ? Mais c\u2019est justement c\u0327a qu\u2019on aime ! Et c\u2019est cette liberte\u0301 que l\u2019on doit soutenir et conserver cou\u0302te que cou\u0302te.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Sophie Simon Bex, Puls\u2019Action <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que ni Dieu ni mai\u0302tre !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Et par gou\u0302t de la liberte\u0301 en musique, et ailleurs, de l\u2019innovation, de l\u2019improvisation&#8230; and what\u2019s the fuck !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est pour moi dans ce genre musical, nous sommes encore dans un genre malgre\u0301 tout, que mon gou\u0302t pour la transversalite\u0301 et une certaine excellence en musique est le mieux satisfait. Alors va pour le \u00ab jazz \u00bb !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Que depuis une vingtaine d\u2019anne\u0301es mon activite\u0301 professionnelle m\u2019ait immerge\u0301 dans ce monde est une sorte de \u00ab hasard objectif \u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est a\u0300 l\u2019a\u0302ge de 12 ans que je suis devenu copain avec le batteur des Vipe\u0300res lubriques de Massy-Palaiseau (vrai !), et il me fit plonger dans l\u2019univers de Jimi Hendrix, des Cream et de quelques autres, puis ce fut le grand bain&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Finalement et pour faire court, je vins donc au jazz en passant par Massy-Palaiseau et le rock ! Depuis, sans avoir jamais voulu e\u0302tre musicien, la musique me pre\u0301ce\u0300de et m\u2019accompagne, et les musiciens sont mes partenaires de jeu pre\u0301fe\u0301re\u0301s. Certainement !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Manie\u0300re de leur rendre, a\u0300 tous, professionnels ou non, connus ou non, disparus ou non, d\u2019ici ou d\u2019ailleurs, ce que leur compagnonnage assidu m\u2019a apporte\u0301. Et puis l\u2019histoire de cette musique, son inscription au c\u0153ur de l\u2019e\u0301mancipation, qui allie le profane au savant, en convoquant tous les me\u0301langes, toutes les origines, tous les langages me semble parler a\u0300 hauteur d\u2019homme.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Un homme des sens, de l\u2019intelligence et du corps. Inattendu, mythique, visionnaire, contestable, multiple&#8230; alors le \u00ab jazz \u00bb c\u0327a me va !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Thierry Virolle<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans mes plus lointains souvenirs d\u2019enfance, je me souviens de cette grande pie\u0300ce de musique dans la maison familiale, ou\u0300 tro\u0302naient un piano a\u0300 queue, une contrebasse, des guitares, une batterie. Tous les week-ends, c&rsquo;e\u0301tait la jam a\u0300 la maison. Cela sentait le feu de bois, le bon vin, on entendait des rires et des e\u0301clats de joie. Je ne voulais jamais aller me coucher, je restais fort tard en cachette en haut de l\u2019escalier a\u0300 e\u0301couter ces fe\u0302tes dominicales ou\u0300 le jazz re\u0301gnait en mai\u0302tre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un peu plus tard, un ami de mon pe\u0300re de\u0301barqua magistralement a\u0300 la maison, je devais avoir 14 ans&#8230; je me souviens qu\u2019il avait une jaguar type E jaune canari, un projecteur de cine\u0301ma et des dizaines de bobines de lms a\u0300 l\u2019arrie\u0300re de sa voiture. Je de\u0301couvrais <strong>Bud Powell, Bill Evans, Thelonious Monk, Billie Holiday, Erroll Garner, Miles Davis et John Coltrane<\/strong>. Une vraie piqu\u0302re de jazz ! Cet ami s\u2019appelait Francis Paudras, et son amitie\u0301 avec <strong>Bud Powell<\/strong> inspira largement le film de Bertrand Tavernier<em> Autour de Minui<\/em>t. Je passais mes vacances et les plus grands moments de mon adolescence dans sa belle maison que nous appelions la Cure a\u0300 Antigny, dans la Vienne, et j\u2019ai regarde\u0301 des cen- taines d\u2019heures d\u2019archives de jazz. Francis programmait dans un club de jazz parisien (aujourd\u2019hui disparu, le Magnetic Terrace), et l\u2019e\u0301tudiant fauche\u0301 que j\u2019e\u0301tais avait toujours sa place a\u0300 table a\u0300 co\u0302te\u0301 des grands musiciens et dans le club.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Quand je repris l&rsquo;affaire familiale de pianos, je me concentrais sur la fourniture de pianos de concert, m&rsquo;endettais plus que de raison pour acheter un beau Steinway. Le succe\u0300s fut assez rapide. Je commenc\u0327ais a\u0300 fournir en tourne\u0301e en France, beaucoup de festivals et des pianistes reconnus comme <strong>Keith Jarrett, Herbie Hancock, Chick Corea.<\/strong> Je garde de cette pe\u0301riode un souvenir merveilleux. Dans un petit camion inconfortable, nous cour- rions la France entie\u0300re, j&rsquo;avais la chance d&rsquo;e\u0302tre proche de mes he\u0301ros&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un jour, je me suis retrouve\u0301 en studio avec mon ami <strong>Jacky Terrasson<\/strong>. Nous lui avions amene\u0301 un tre\u0300s beau Steinway, et un fabuleux piano Fazioli. Nous avons passe\u0301 10 jours en studio pour enregistrer l&rsquo;album A\u0300 Paris. Je de\u0301couvrais ainsi un univers inconnu : celui de la cre\u0301ation d&rsquo;un disque.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">J&rsquo;abandonnais mes pianos, et partis dans une agence de booking pour apprendre le me\u0301tier chez le manager de <strong>John McLaughlin<\/strong> (dont je devins le tour manager). J&rsquo;ai vite de\u0301cide\u0301 de monter mon agence. Mon premier artiste fut <strong>Jacky Terrasson.<\/strong> Ce fut une e\u0301poque formidable, d&rsquo;amitie\u0301, de voyages et de concerts. D&rsquo;autres artistes rejoindraient rapidement l&rsquo;agence, <strong>Monty Alexander, Giovanni Mirabassi<\/strong>. Jusqu&rsquo;a\u0300 aujourd&rsquo;hui, ou\u0300 je suis devenu le manager de<strong> John McLaughlin,<\/strong> ou encore d&rsquo;un jeune inconnu a\u0300 l&rsquo;e\u0301poque,<strong> Yaron Herman.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En fait, je ne sais pas dissocier la pre\u0301sence du jazz dans ma vie personnelle ou professionnelle. Le jazz est dans ma vie, depuis toujours, naturellement. J&rsquo;e\u0301coute cette musique qui m&rsquo;est aussi ne\u0301cessaire que de respirer. Elle est ma passion, mon travail, certainement l&rsquo;une de mes raisons de vivre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Christophe Deghelt<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Didier-Lockwood.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32675\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Didier-Lockwood.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"564\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Didier-Lockwood.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Didier-Lockwood-300x199.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Didier-Lockwood-768x510.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Didier Lockwood \u00a9Photo Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, c\u2019est e\u0301videmment une rencontre.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz tout seul se fait dificilement.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">On peut e\u0302tre seul sur sce\u0300ne, mais on est entoure\u0301. Du public, de son producteur, son attache\u0301 de presse, son chef de projet, son e\u0301diteur, son tour manager, son masseur ou son coiffeur, pour les plus chanceux.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le tissu social est riche tout comme l\u2019est le circuit culturel, particulie\u0300rement en France. Nous avons la chance de parcourir le monde avec les artistes et souvent nous revenons a\u0300 ce constat, cette e\u0301vidence : la France est un pays de pre\u0301dilection pour le jazz.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Alors, pourquoi le jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Noir et blanc.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est une richesse, un ine\u0301puisable tre\u0301sor de vie, d\u2019e\u0301change et de musique<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Me\u0302me si parfois on peut e\u0302tre de\u0301c\u0327u par l\u2019artiste en tant qu\u2019e\u0302tre humain, on l\u2019est rarement par sa musique. Bref, cette aventure sans frontie\u0300res permet des rencontres marquantes et autorise la proximite\u0301 avec des individus merveilleux avec lesquels on a parfois le bonheur de travailler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Reno Di Matteo, Anteprima <\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que ce n\u2019est pas a\u0300 la mode, parce que c\u2019est libre, parce que c\u2019est passionne\u0301, sensuel et pense\u0301. Parce que j\u2019ai eu la chance de souvent travailler avec des \u00ab grands \u00bb et que j\u2019ai appris autant de leur personnalite\u0301 que de leur musique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Genevi\u00e8ve Peyregne <\/strong><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a06) Producteurs phonographiques<\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour Vivre<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Philippe Ghielmetti<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">A priori la question semble incongrue, vaine, nai\u0308ve, enfantine. Pourquoi le jazz ? Pourquoi le soleil ? Pourquoi la galaxie ? Il n\u2019y a pas a\u0300 discuter&#8230; C\u2019est un des e\u0301le\u0301ments de la vie&#8230; on en prend bonne note&#8230; point.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est un fleuve dont on de\u0301termine de\u0301sormais avec une certaine pre\u0301cision la source. On connai\u0302t les principaux af uents qui le nourrissent, l\u2019enrichissent, en modi ent par- fois le cours paisible. On sait dans quelles ravines il a parfois creuse\u0301 son lit, les barrages qu\u2019il eut a\u0300 franchir, les vastes plaines dans lesquelles il faillit se perdre avant de venir enrichir en s\u2019y pre\u0301cipitant, l\u2019oce\u0301an de la musique&#8230; On sait aussi les phe\u0301nome\u0300nes de pollution qui l\u2019affectent, ce que certains y de\u0301versent sans aucune vergogne, sans aucun respect, sans aucune reconnaissance, sans aucune conscience. Et que dire des tentatives de de\u0301tournement, de canalisation, d\u2019exploitation a\u0300 des ns douteuses, de changement oblige\u0301 d\u2019identite\u0301 au passage de certaines frontie\u0300res&#8230; Sans compter les nombreux faire- part con rmant sa disparition. \u00ab Jazz est mort a\u0300 Huntington le 17 juillet 1967 \u00bb&#8230; \u00ab Jazz s\u2019est noye\u0301 dans l\u2019East River le 5 novembre 1970 \u00bb&#8230; \u00ab Jazz est ressuscite\u0301 le troisie\u0300me jour et coule de\u0301sormais des jours paisibles a\u0300 Uzeste bien a\u0300 l\u2019abri de l\u2019Amusique \u00bb&#8230; \u00ab Jazz ne bat plus que dans le c\u0153ur d\u2019Archie Shepp, mais pour combien de temps encore ? \u00bb. Alors \u00ab Pourquoi le jazz \u00bb ? pour vous, pour moi, pour eux&#8230; pour tous ceux de demain qui souhaiteront respirer un vent de liberte\u0301.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Alain Raemackers, ex Chant du Monde <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser. Le jazz vient, s\u2019en va, puis il revient, tu crois le tenir, il t\u2019e\u0301vite, tu crois l\u2019e\u0301viter, il te tient. Le jazz est enfant de Bohe\u0300me certes, mais il connai\u0302t des lois ! Si tu l\u2019aimes trop, prends garde a\u0300 toi&#8230; En un mot, le jazz sans passion, a\u0300 quoi bon ? Inutile de pre\u0301ciser que l\u2019auteur de ces lignes a adopte\u0301 le jazz avant toute autre forme de musique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Un producteur de jazz est-il me\u0301ce\u0300ne de son argent plus que de son temps ? Gagner de l\u2019argent avec le jazz demande un vrai talent, alors que le de\u0301penser rele\u0300ve pluto\u0302t d\u2019une culture. Il est souvent vain de proposer ce qu\u2019il convient de refuser. Le label Space Time Records est d\u2019abord de\u0300le aux musiciens du \u00ab jazz canal historique \u00bb sans ne jamais oublier l\u2019ombre tute\u0301laire de ceux qui l\u2019ont adoube\u0301. Le me\u0302me producteur est ouvert au \u00ab jazz global \u00bb de la mondialisation, et il traque sur ses e\u0301crans radars aussi bien le \u00ab jazz bionique \u00bb que les poussie\u0300res de stars&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, c\u2019est tre\u0300s simple : \u00ab Just a people music \u00bb, une somme d\u2019histoires et de personnages, de rencontres et de hasards, plus ou moins ne\u0301cessaires, plus ou moins re\u0301ussis. Le \u00ab monde du jazz \u00bb est un circuit avec des familles qui fonctionnent parfois au diapason ; en tout cas, l\u2019e\u0301conomie du jazz tient d\u2019une improvisation collective ou\u0300 toute aventure individuelle est pue\u0301rile et fugitive (question de swing, a\u0300 deux c\u2019est mieux qu\u2019en solitaire, et a\u0300 plus, c\u2019est mieux encore !).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En re\u0301sume\u0301, tant que le jazz te tient e\u0301veille\u0301 le soir et te motive le matin en sortant du lit, le pourquoi du jazz n\u2019est que conjectures&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Xavier Felgeyrolles, Space Time Records <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour le respect e\u0301ternel que nous devons a\u0300 ces dynasties de musiciens qui descendent tous en ligne directe ou indirecte de <strong>Billie Holiday<\/strong> et de <strong>Son House<\/strong>, divins apo\u0302tres du de\u0301sespoir transcende\u0301. Pour la transe de <strong>Coltrane,<\/strong> les monte\u0301es au paradis de <strong>Chet<\/strong>, et aussi la voix ambre\u0301e de <strong>Caetano Veloso<\/strong>, la soul de braise de <strong>James Brown<\/strong>, les riffs incandescents de <strong>Keith Richards<\/strong>, le groove e\u0301lectronique de <strong>Supersilent<\/strong>. Car toutes ces musiques viennent du blues et du jazz. Pour l\u2019art du de\u0301passement, de <strong>Cecil Taylor <\/strong>a\u0300<strong> Jac Berrocal<\/strong>, pour tous ceux qui nous e\u0301le\u0300vent l\u2019a\u0302me en nous faisant flirter avec l\u2019exce\u0300s et le&#8230; trop beau.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la fierte\u0301 de contribuer a\u0300 faire connai\u0302tre des artistes et leurs disques tous plus passionnants les uns que les autres. Pour avoir fre\u0301mi en fro\u0302lant Sonny Rollins, un soir d\u2019e\u0301te\u0301 moite, juste avant qu\u2019il ne monte sur la sce\u0300ne du the\u0301a\u0302tre antique de Vienne. Pour les relations de travail et d\u2019amitie\u0301 avec des producteurs, des musiciens, des journalistes, des agents, des patrons de salles et de clubs, des colle\u0300gues, des attache\u0301(e)s de presse. Pour l\u2019e\u0301quipe fabuleuse du Tremplin jazz d\u2019Avignon ! Pour venger aussi tous ceux, artistes et salarie\u0301s, que les grands patrons des majors ont jete\u0301s sur le trottoir, en s\u2019abritant derrie\u0300re une crise qui est avant tout une crise des portefeuilles de leurs tristes actionnaires.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En re\u0301sume\u0301 : pour continuer a\u0300 respirer, a\u0300 tanguer, a\u0300 vibrer. Pour l\u2019amour et le sexe. Pour refuser le me\u0301diocre et le laid. Pour garder la te\u0302te haute. Pour mes deux enfants magni ques. Pour tenir la main de ma bien-aime\u0301e en e\u0301coutant <strong>Jimmy Scott, Donny Hathaway, Tigran Hamasyan, Toumani Diabate\u0301,<\/strong> et tous les autres. Voila\u0300 pourquoi le jazz : pour vivre, et donc pour ne pas mourir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pascal Bussy, ex directeur de Jazz Village<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Au de\u0301part, je dirais qu\u2019il y a la de\u0301couverte tre\u0300s jeune du surre\u0301alisme, e\u0301criture mais aussi peinture, des liens avec l\u2019inconscient, de Robert Desnos en fait. Pendant ce temps-la\u0300, j\u2019e\u0301coutais Stockhausen, Frank Zappa, Edgar Vare\u0300se, Soft Machine, Gong et Stravinsky. L\u2019e\u0301coute du jazz, c\u2019est arrive\u0301, vers 18 ans, en fait au moment ou\u0300 j\u2019ai commence\u0301 a\u0300 essayer de mettre c\u0327a en pratique en de\u0301veloppant l\u2019association libre, d\u2019un point de vue artis- tique, mais au quotidien surtout. Un jour j\u2019ai achete\u0301, par hasard bien su\u0302r, sur un disque de Coltrane, \u00ab\u00a0Meditations\u00a0\u00bb, un peu complique\u0301 pour de\u0301couvrir, mais c\u0327a a vraiment de\u0301bute\u0301 comme c\u0327a. Et sans cesse j\u2019e\u0301quilibrais mes de\u0301couvertes ame\u0301ricaines (E\u0301ric Dolphy, Ella, Fats Waller, Steve Lacy) avec des de\u0301couvertes europe\u0301ennes (Willem Breuker, Evan Parker, Brotherhood of Breath). Les premie\u0300res m\u2019impressionnaient, je pre\u0301fe\u0301rais les secondes. Ce qui m\u2019inte\u0301resse dans le jazz, c\u2019est surtout la fac\u0327on dont c\u0327a se de\u0301roule, qu\u2019il y ait des contraintes ou non, un programme ou un mode ope\u0301ratoire pre\u0301de\u0301termine\u0301s ou non. C\u2019est en suivant comment Steve Lacy e\u0301tait sorti du free (Sortie) que j\u2019ai commence\u0301 a\u0300 m\u2019inte\u0301- resser aux diverses formes de \u00ab pre\u0301parations \u00bb a\u0300 l\u2019improvisation et qui font que Lacy, Braxton, Sun Ra, Fletcher Henderson, Roland Kirk, l\u2019Art Ensemble ou Hampton Hawes ont vraiment cre\u0301e\u0301 des mondes pour moi uniques. Parmi les disques que j\u2019ai produits, je dirais c\u0327a de BFG, (Bex, Ferris et Goubert). Unique, uniques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, enfin, parce que c\u2019est la seule musique ouverte sur les autres musiques : sur les musiques classiques et contemporaines, sur le rock et les musiques binaires, l\u2019e\u0301lectronique aussi ; parce que c\u2019est un tre\u0300s beau carrefour, que j\u2019y passe tous mes jours, mais pas toujours au me\u0302me endroit ni dans le me\u0302me sens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Et c\u2019est aussi la\u0300 que j\u2019ai rencontre\u0301 le diable, bien su\u0302r.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Patrick Schuster, Nai\u0308ve <\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Sandra-Nkake-photo-jf-grossin-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32673\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Sandra-Nkake-photo-jf-grossin-1.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"478\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Sandra-Nkake-photo-jf-grossin-1.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Sandra-Nkake-photo-jf-grossin-1-300x169.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Sandra-Nkake-photo-jf-grossin-1-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><span style=\"font-size: 10pt;\">Sandra Nkak\u00e9 \u00a9Photo Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/span><\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Re\u0301pondre personnellement a\u0300 cette question c\u2019est se retourner pour convoquer ses souvenirs d\u2019adolescence. Comment, au sortir d\u2019une enfance berce\u0301e par d\u2019autres accords, de\u0301couvre-t-on ce nouveau territoire ? Pourquoi, apre\u0300s avoir traverse\u0301 un jardin a\u0300 la franc\u0327aise, pe\u0301ne\u0300tre-t-on sans pre\u0301venir dans la jungle ellingtonienne ? Autant de questions dont les re\u0301ponses s\u2019inscrivent en terme de hasard donc de rencontres. La suite vous apprend que le jazz est bien plus que de la musique. Le jazz est une manie\u0300re de voir, de respirer, d\u2019appre\u0301hender la vie. On parle a\u0300 juste raison de \u00ab jazz attitude \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Produire du jazz est une autre forme d\u2019aventure ou\u0300 le hasard est la\u0300 aussi de\u0301terminant. \u00ab On ne nai\u0302t pas producteur, on le devient \u00bb. Par de\u0301faut. Sans doute pour ne pas avoir renonce\u0301 a\u0300 jouer un ro\u0302le dans un processus de cre\u0301ation ou\u0300 l\u2019artiste re\u0300gne sans partage. Il serait ennuyeux de s\u2019attarder sur les pe\u0301rils de l\u2019exercice, la dif culte\u0301 a\u0300 atteindre les points morts des budgets, la part de risque qui commence au niveau des choix. Faire vivre un petit label inde\u0301pendant implique une passion qui dispense parfois d\u2019e\u0302tre raisonnable. Une passion qui ne saurait s\u2019exprimer sans le compagnonnage des musiciens et des inge\u0301nieurs du son notamment. S\u2019affranchir le plus souvent possible de toute contrainte est un luxe. Un grand e\u0301diteur comme Christian Bourgois avait pour habitude de dire \u00ab Je n\u2019ai aucune ide\u0301e de ce que souhaite le lecteur, et de toute fac\u0327on c\u0327a ne m\u2019inte\u0301resse pas \u00bb. La suffisance du propos n\u2019est qu\u2019une apparence. De\u0301barrasse\u0301e de tout cynisme commercial, cette attitude traduit en fait le plaisir de faire partager ses de\u0301couvertes, de trouver sa famille, de fuir la facilite\u0301. Dans ces contre\u0301es, l\u2019absence de marketing devient affaire de morale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Ce parcours respecte en fait les re\u0300gles qui re\u0301gissent l\u2019improvisation. Il faut simplement laisser le c\u0153ur e\u0301couter. Il peut me\u0302me permettre de vivre des situations me\u0301morables. Si l\u2019adolescent e\u0301voque\u0301 plus haut avait pu imaginer qu\u2019un jour, par un bel apre\u0300s-midi d\u2019e\u0301te\u0301, en voiture, il chanterait un brandebourgeois avec Lee Konitz, il aurait su\u0302rement de\u0301cre\u0301te\u0301 que cette aventure valait la peine d\u2019e\u0302tre ve\u0301cue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jean-Louis Wiart, Axolotl Jazz <\/strong><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">7) <strong>Chercheurs et musicologues<\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est une musique qui pulse, qui bouge et qui avance sans discontinuer : antidote parfait contre l\u2019immobilite\u0301, l\u2019immobilisme, et toutes les formes de de\u0301prime ou de baisse de re\u0301gime. Un petit jazz vaut plus que le whisky, le cafe\u0301, les cigarettes et le rail de coke re\u0301unis. Le de\u0301veloppement durable avant la lettre, en quelque sorte.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est une musique qu\u2019on peut toucher, caresser, embrasser : antidote contre la tie\u0301deur. Ce que j\u2019aime chez <strong>John Coltrane<\/strong> ou<strong> Miles Davis,<\/strong> c\u2019est autant la mate\u0301rialite\u0301 et la densite\u0301 du son que les notes joue\u0301es. C\u2019est e\u0301pais comme du platine, et c\u2019est doux comme de la plume d\u2019oie.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est une musique qui fait re\u0302ver en me\u0302me temps qu\u2019elle est ancre\u0301e dans le re\u0301el. J\u2019aime autant e\u0301couter la musique que tout ce qui l\u2019accompagne : la respiration des musiciens, les bruits du studio, les conversations du public, l\u2019ambiance du dehors. En un mot et sans grandiloquence, la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Ludovic Tourne\u0300s, universitaire, auteur de \u00ab\u00a0New Orleans sur Seine (histoire du jazz en France\u00a0\u00bb) <\/strong><\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\">Voila\u0300 bien une question que je ne me suis jamais vraiment pose\u0301e.<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u2019emble\u0301e le jazz fut pour moi une sorte d\u2019e\u0301vidence qui n\u2019exigeait pas qu\u2019on l\u2019interroge.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Du moins pas dans le sens me\u0301taphysique qu\u2019induit la forme du \u00ab Pourquoi ? \u00bb. \u00ab Comment ? Ou\u0300 ? Quand ? Avec qui ? \u00bb. Peut-e\u0302tre&#8230; Mais \u00ab Pourquoi le jazz ? \u00bb Jamais ! La question \u00ab pourquoi \u00bb pre\u0301- suppose une transcendance et nous renvoie a\u0300 un ailleurs pre\u0301existant, a\u0300 un pre\u0301alable, qui viendrait justi er la pre\u0301sence de l\u2019objet que l\u2019on conside\u0300re et permettrait d\u2019en rendre compte. Cette perspective ne sied pas a\u0300 ma fac\u0327on d\u2019aimer le jazz. Si le jazz re\u0301siste aux cate\u0301gories de l\u2019esthe\u0301tique, c\u2019est dans la mesure ou\u0300 son plan d\u2019immanence de\u0301joue les aspirations a\u0300 la transcendance qu\u2019on voudrait lui faire porter, et dont notre the\u0301orie de l\u2019art reste friande. Que le jazz fut sans \u00ab pourquoi \u00bb explique la gene\u0300se scandaleuse de son apparition aux oreilles de l\u2019Occident qui n\u2019en sont toujours pas revenues.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Si le jazz m\u2019est pre\u0301cieux, c\u2019est qu\u2019il constitue l\u2019occasion de tous mes autres question- nements. Le jazz a fait de moi un philosophe inverse\u0301. Traditionnellement la philoso- phie interroge l\u2019e\u0301vidence avec laquelle les objets nous apparaissent. C\u2019est la philosophie me\u0302me que le jazz m\u2019a incite\u0301 a\u0300 questionner ; a\u0300 envisager ce qu\u2019elle nous dissimule ; a\u0300 rendre sensible la part de \u00ab doxa \u00bb qui fonde son entreprise. Une fac\u0327on afro-ame\u0301ricaine de dire synthe\u0301tiquement les choses : le jazz \u00ab signifie \u00bb l\u2019Occident. C\u2019est ce qui le rend vertigineux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Christian Be\u0301thune, professeur de philosophie, auteur de Charles Mingus (E\u0301ditions du Limon &#8211; Mood Indigo, Parenthe\u0300se, 95), Sidney Bechet (Parenthe\u0300ses, 97), Adorno et le jazz (Klincksieck, 2003) et Le Jazz et l\u2019Occident (Klincksieck, 2008) <\/strong><\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz sans doute parce qu\u2019il nous rappelle qu\u2019il n\u2019y a de te\u0302te sans corps ni de corps sans te\u0302te.<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, parce que l\u2019individu n\u2019y existe vraiment que par le collectif ou, s\u2019il se risque a\u0300 jouer seul, par la remise en jeu de lui-me\u0302me.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, ou\u0300 la perfection est sans cesse mine\u0301e \u2013 ou re\u0301ve\u0301le\u0301e \u2013 par l\u2019ale\u0301a, par la toute puissance de l\u2019instant. Parce que l\u2019e\u0301chec y est toujours a\u0300 porte\u0301e de mains et la certitude toujours remise au lendemain.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz, parce que la re\u0300gle, me\u0302me la plus rigide, y est toujours choisie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz comme un myste\u0300re, celui d\u2019un mot improbable pour une musique ne\u0301e quelque part et vivant partout, toujours autre et toujours semblable, nourrie d\u2019elle-me\u0302me autant que de ce qu\u2019elle n\u2019est pas. Un mot toujours la\u0300 pour un contenu toujours ailleurs. Le jazz, pour la musique et les musiciens qui l\u2019ont fait, le font, le feront, ceux qui en font sans le savoir, ceux qui le savent sans en faire, ceux qui ne veulent ni en entendre ni en parler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">En de\u0301finitive, le jazz comme une e\u0301vidence, une me\u0301taphore de la \u00ab vie \u00bb, de sa temporalite\u0301 a\u0300 la fois imparable et toujours froisse\u0301e, remodele\u0301e, tremble\u0301e ou contourne\u0301e.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz donc, parce que c\u0327a vit, c\u0327a bat, c\u0327a joue, c\u0327a nous dit, c\u0327a dit nous.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Vincent Cotro, musicologue, universitaire <\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0 7 ) Directeurs d\u2019e\u0301cole de jazz <\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Pourquoi le jazz ?<\/strong>\u00a0<strong>C\u0327a sonne comme \u00ab pourquoi ton e\u0301cole ? \u00bb.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Une question que nous nous posions, a\u0300 la fin des anne\u0301es 1990, comme un devoir de vacances pour alimenter nos de\u0301bats \u00ab fneijiens \u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Vacances<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Ce serait c\u0327a le jazz ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Une sorte de mouvement ondulatoire.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comme la brise qui bouge les grands rideaux de l&rsquo;entre\u0301e<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Free Sound<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Bruit qui court, re\u0301ve\u0301lation, ascension,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Silence.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait que me\u0301lancolie et \u00ab Hommes et proble\u0300mes de jazz \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Du fond de \u00ab l&rsquo;a\u0302me de Billie Holiday \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Tout peut plier, casser, scater, breaker, slamer<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Jamer dans une folle \u00ab danse des in de\u0300les \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Le \u00ab Bird \u00bb passe<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">On remet de la \u00ab lumie\u0300re sur l&rsquo;e\u0301chafaud \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab What is this thing called love ? \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab Le cas Coltrane \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab Moins qu&rsquo;un chien \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab De l&rsquo;obstacle comme lieu de passage \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comment dire ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">A\u0300 l&rsquo;e\u0301vocation du mot \u00ab jazz \u00bb, mon chorus s&rsquo;improvise, s&#8217;emprunte avec e\u0301motion et res- pect, sur des chansons, titres de bouquins, de lm, et autres aphorismes qui hantent ma me\u0301moire, comme les ragas du bout de la nuit<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Black Power, Colored Power.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Couleurs de l&rsquo;arc dans le ciel, dont la e\u0300che serait cette \u00ab Petite (grande) Musique de nuit \u00bb. Sortie au petit matin.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Au grand jour sous les feux du temps qui presse.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Phe\u0301nome\u0300nes vibratoires, d&rsquo;oscillation rythmique, de va-et-vient, de swing entre savant et populaire.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Toujours la fameuse et inoxydable formule de Gumplovitch : \u00ab la plus populaire des musiques savantes ou la plus savante des musiques populaires \u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Peu importe<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique, ce serait donc c\u0327a,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab De la musique avant toute chose \u00bb !<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Sans e\u0301pithe\u0300te, sans superlatif, sans appellation (toujours) contro\u0302le\u0301e<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Contro\u0302le\u0301 par qui, pour qui, pourquoi ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique encore et toujours et avec Verlaine, on pre\u0301fe\u0300re l&rsquo;impair.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique qui transcende les styles, les modes, les e\u0301poques.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique d&rsquo;hier joue\u0301e aujourd&rsquo;hui, hic et nunc, et c&rsquo;est de\u0301ja\u0300 demain.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Intemporelle donc de\u0301ja\u0300, toujours, encore vivante,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">De sangs me\u0302le\u0301s.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Musiques vivaces comme l&rsquo;est devenue notre e\u0301cole Music&rsquo;Halle.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pendant plus de vingt ans, au frontispice de notre association e\u0301tait grave\u0301 \u00ab Music&rsquo;Halle, e\u0301cole des musiques vivantes \u00bb<\/span><\/p>\n<p>On ne se refait pas? Si! Dore\u0301navant c\u0327a s&rsquo;appelle \u00ab Music&rsquo;Halle, e\u0301cole des musiques vivaces \u00bb<br \/>\nIl faut leur en donner toujours plus, e\u0301cole de musique, c\u0327a suffirait, non ?<br \/>\n<strong>C\u2019est quoi le jazz ?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">De la musique tout simplement.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Mais le jazz restera notre maison commune, avant que d\u2019autres y trouvent refuge. Fene\u0302tres grandes ouvertes<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Sans a\u0302ge<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Clefs sur la porte<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Petits mots, petites notes, mots dits, oublie\u0301s<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Banc sous la tonnelle<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Feux follet, fou de tendresse<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">On boit un coup, deux ou trois ?<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Black and white<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Entre deux silences<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Entre les deux z<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne parlerai plus<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Comme le Sphe\u0300re Monk, bien avant sa mort<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Silencio,<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Musique !<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Philippe Metz, directeur de Music\u2019Halle<\/span> <\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz ? Le jazz est intelligent, tole\u0301rant et d&rsquo;une curiosite\u0301 jamais satisfaite. Le jazz et ses acteurs rendent plus intelligents parce qu&rsquo;ils s&rsquo;interrogent perpe\u0301tuellement sur tout, cherchent des re\u0301ponses, les trouvent pour mieux les re\u0301interroger. Il n&rsquo;y a pas de certitudes. J&rsquo;aime l&rsquo;ide\u0301e que l&rsquo;aventure est toujours possible dans le jazz et qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas de limite. Le jazz pose la question du sens (me\u0302me si il part dans tous les sens !) et la question du choix imme\u0301diat. C&rsquo;est une musique ou\u0300 l&rsquo;humain est important, ou\u0300 le fait de remplacer tel musicien par tel autre va changer le cours des choses. L&rsquo;expression collective est vraiment plus que la somme des expressions individuelles. Un art humain ! Notre socie\u0301te\u0301 en a diablement besoin. C&rsquo;est un art indispensable. J\u2019aime le co\u0302te\u0301 sans limites, pousseur de frontie\u0300res, expe\u0301rimentateur et gourmand du jazz. En tant que professionnel de la formation, avec les artistes de jazz, je peux tra- vailler avec toutes les formes artistiques et beaucoup d\u2019autres champs. Que ce soit avec une harmonie, un orchestre symphonique, des danseurs, des graphistes, des poe\u0300tes, des gymnastes, des cirquasiens, un groupe de rock ( je n\u2019ai pas encore travaille\u0301 avec des cyclistes, mais pourquoi pas !), il y aura un musicien de jazz qui va avoir envie, qui va s\u2019enthousiasmer pour le projet, proposer une ide\u0301e, une forme, un contexte. Pour une e\u0301cole de musique c\u2019est formidable, il y a une force de proposition non formate\u0301e qui ouvre un champ extraordinaire, artistique, social et humain pour nos e\u0301le\u0300ves. Personnellement, j\u2019aime le groove, la me\u0301lodie du jazz et, bien su\u0302r, son co\u0302te\u0301 rebelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Bernard Desco\u0302tes, ex directeur de l\u2019Apejs (Chambe\u0301ry)<\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Foule-photo-jf-grossin-6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32671\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Foule-photo-jf-grossin-6.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"565\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Foule-photo-jf-grossin-6.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Foule-photo-jf-grossin-6-300x199.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Foule-photo-jf-grossin-6-768x510.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><em>Le jazz, une musique r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 quelques-uns ? \u00a9Photo Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parole de dirlo! Le jazz est vivace comme une anguille qui fuit le pygargue a\u0300 queue blanche. Pour preuve le nombre croissant de jeunots qui de\u0301barquent dans notre Touraine la faim au ventre, celle de jouer et d\u2019apprendre. Parfois on de\u0301ce\u0300le chez eux une pointe d\u2019e\u0301lectro, une goutte de rock. Alors, tout er, on leur propose une formation musiques amplifie\u0301es. Que nenni ! \u00ab C\u2019est du jazz qu\u2019on veut et du bon ! Pas du revival quand me\u0302me? Mais non, on veut cre\u0301er, inventer, s\u2019e\u0301clater! \u00bb Tudieu c\u2019est bien? non! Bien su\u0302r il y a les pisse-froid qui disent que tous ces godelureaux, c\u2019est trop. C\u0327a tue l\u2019me\u0301tier, de\u0301ja\u0300 qu\u2019il n\u2019y en a pas trop. Mais cette ge\u0301ne\u0301ration montante investit la ville a\u0300 la recherche du plaisir de jouer pour les gens. Elle nous rame\u0300ne a\u0300 l\u2019essentiel, a\u0300 la se\u0300ve, au de\u0301sir. Alors, bien su\u0302r, il n\u2019y a pas tant d\u2019argent que cela. Les me\u0301dias nous oublient souvent et il y a des difficulte\u0301s pour bien exposer tout ce petit monde. Mais partout c\u0327a pousse et c\u0327a pousse fort. Pourquoi le jazz ? Depuis toutes ces anne\u0301es me suis-je seulement une fois pose\u0301 cette question ? Bien su\u0302r que non parce qu\u2019elle induirait le non-jazz et ce concept m\u2019est totalement e\u0301tranger.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Didier Salle\u0301, ex directeur de Jazz a\u0300 Tour<\/strong><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>8) Inge\u0301nieurs du son <\/strong><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour les femmes et les hommes Pour la foultitude d\u2019identite\u0301s uniques et singulie\u0300res. Pour la ne\u0301cessite\u0301 de partager. Pour agir pluto\u0302t que fonctionner. Parce que le jazz est re\u0301fractaire a\u0300 l\u2019e\u0301tiquetage, au formatage et a\u0300 la re\u0301pe\u0301tition.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que le jazz est Indomptable et totalement IMPRE\u0301VISIBLE quand il est vraiment jazz. Pour l\u2019aventure, donc ! Pour la que\u0302te inconditionnelle de l\u2019instant pre\u0301sent, e\u0301bloui et de\u0301ja\u0300 envole\u0301. Pour la disponibilite\u0301, l\u2019e\u0301veil. A\u0300 l\u2019autre, a\u0300 la sensation qui viendra a\u0300 nous quand on ne l\u2019attendra pas. Pour l\u2019in nite\u0301 des possibles a\u0300 tout moment.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que les jazzmen sont souvent flamboyants, irre\u0301ve\u0301rencieux, essentiels, ge\u0301ne\u0301reux, blesse\u0301s, fiers-a\u0300-bras, de\u0301bordants, uniques, bruyants, attentionne\u0301s, peu enclins aux compromis. IRRE\u0301CUPE\u0301RABLES.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour les impurete\u0301s, les fausses routes, les tentatives, les fausses notes, les risques naturels du terrain. Pour les rate\u0301s qui peuvent aussi e\u0302tre riches et fe\u0301conds.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour l\u2019ivresse des nuits sans sommeil a\u0300 chercher l\u2019e\u0301quilibre parfait.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour la frai\u0302cheur des soire\u0301es de Saint-Louis, pour les de\u0301calages horaires, pour l\u2019espie\u0300- glerie de Dizzy au moment de passer les frontie\u0300res Chillum a\u0300 la main, pour la joie et la frai\u0302cheur du public du parc Floral, pour les Japonais, les Australiens, les Polonais, les Italiens&#8230; pour le the\u0301a\u0302tre national de Tbilissi, pour les 7 chansons de Marc Ducret, pour Kigali sachant e\u0302tre la plus douce des villes, pour la cymbale de Tony Williams&#8230;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">Pour Benoi\u0302t, Andy, Emmanuel, Tania, Phil, Guillaume, Pedro, Francis. Pour les 1 001 rencontres fulgurantes<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019ai eu la chance inoui\u0308e de croiser le jazz comme un destin a\u0300 l\u2019a\u0302ge de 14 ans en e\u0301coutant pour la premie\u0300re fois Wayne Shorter. 30 ans plus tard, pourquoi le jazz ? Parce que c\u2019est cette route qui me fait marcher.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Vincent Mahey, studio La Fonderie <\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Tout bien re\u0301fl\u00e9chi, \u0153uvrer pour le jazz aujourd\u2019hui me vient d\u2019une utopie construite dans les livres et les disques. Straight Life, La Rage de Vivre ou Moins qu\u2019un chien, les disques de Parker, Miles ou Bill Evans, a\u0300 la n de mon adolescence, m\u2019ont fait re\u0302ver d\u2019une vie bien loin de celle que je vivais dans ma Bresse natale. Utopie que j\u2019ai retrouve\u0301e quelques anne\u0301es plus tard quand j\u2019allais me caler dans un coussin au Crescent a\u0300 Macon \u00ab revivre \u00bb ces e\u0301poques passe\u0301es, e\u0301couter les jeunes et talentueux musiciens du Mu s\u2019e\u0301poumoner sur les standards et s\u2019imaginer 40 ans plus to\u0302t dans les clubs de New York. Quelque part ils ont re\u0301ussi, je me suis rarement senti dans cette ambiance si proche de ce que je trouvais dans les livres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">La clarinette, puis le saxophone (a\u0300 cause de Parker) et soudain Louis Sclavis. Le de\u0301clic qui certainement aura fait basculer ma vie. Sclavis est la charnie\u0300re la plus importante de ma relation au jazz, c\u2019est au travers de sa musique que je de\u0301couvre le jazz franc\u0327ais et nombre de musiciens avec qui je collabore aujourd\u2019hui. C\u2019est surtout gra\u0302ce a\u0300 lui que je rencontrerai Ge\u0301rard De Haro et le studio La Buissonne. Quelques inge\u0301nieurs du son resteront attache\u0301s au jazz, on pense bien su\u0302r a\u0300 Rudy Van Gelder chez Blue Note et Impulse ou a\u0300 Jan Erik Kongshaug et Manfred Eicher chez ECM. Pour la France, on se souviendra de Ge\u0301rard De Haro. Lors de mon parcours a\u0300 ses co\u0302te\u0301s, il me laissa gou\u0302ter tout son savoir professionnel et humain, et de fait m\u2019introduira aupre\u0300s de nombreux musiciens. Mon expe\u0301rience se boni e et mes rencontres se multiplient. Merci mon ami.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi le jazz aujourd\u2019hui, alors? Les utopies de l\u2019adolescence sont oublie\u0301es, la musique noire ame\u0301ricaine poursuit son cours loin des clubs de la 52e rue, le jazz aujourd\u2019hui semble e\u0302tre devenu une musique sans couleur de peau, il ne porte plus les revendications sociales et raciales du free jazz, mais il s\u2019est me\u0301tisse\u0301 de toutes les autres musiques. Il est inte\u0301ressant de voir comment le rock, la pop ou la musique e\u0301lectronique sont venus colorer le jazz ces 20 dernie\u0300res anne\u0301es. Les jeunes musiciens viennent bousculer les anciens, avec leur technique instrumentale plus de\u0301veloppe\u0301e, leur culture musicale \u00ab plus ouverte \u00bb et en retour rec\u0327oivent les conseils de leurs ai\u0302ne\u0301s et les e\u0301coutes attentives de leurs nouvelles propositions sonores, me\u0301triques ou harmoniques. Le jazz est en perpe\u0301tuelle e\u0301volution, certains racontent encore merveilleusement l\u2019histoire, d\u2019autres e\u0301crivent et jouent une musique contemporaine, issue de toutes leurs de\u0301cou- vertes, d\u2019autres encore continuent de briser les codes et d\u2019e\u0302tre toujours plus novateurs. Faire des disques ou des concerts avec tout cela dans les oreilles reste un grand bonheur. Pour son quartet, on choisit tel batteur ou tel pianiste, pour des qualite\u0301s musicales et humaines bien pre\u0301cises et la musique s\u2019en ressentira. Il en va de me\u0302me pour l\u2019inge\u0301nieur du son. Le son et la musique du groupe seront interpre\u0301te\u0301s par cette personne, nouvel e\u0301le\u0301ment, qui peut soit rester relativement spectateur, soit modi er voir transcender, pour le meilleur ou pour le pire, l\u2019e\u0301quilibre de l\u2019orchestre. Quand la sauce prend, le re\u0301sultat n\u2019est pas seulement le fruit de quatre musiciens, mais du quartet et de l\u2019inge\u0301nieur du son. Ce qui me passionnera toujours, c\u2019est le lien intime qu\u2019entretient le jazz avec le son, comment l\u2019enregistrement et la reproduction de cette musique ont e\u0301volue\u0301 au l de temps (et pourquoi, en se de\u0301marquant de plus en plus de la musique classique) et comment le jazz a e\u0301volue\u0301 avec l\u2019ame\u0301lioration des techniques de prise de son. Vaste question, qui m\u2019occupe l\u2019esprit assez souvent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">Au fond, j\u2019ai aussi l\u2019a\u0302me d\u2019un menuisier ou d\u2019un luthier, j\u2019aime le bois, le son du bois, la malle\u0301abilite\u0301 du bois. Je retrouve tout cela quand je mixe, je me\u0301lange des sons et je les sculpte pour obtenir une plastique particulie\u0300re. Et le jazz aujourd\u2019hui me donne de nombreuses formes a\u0300 modeler. Faire du son avec Ste\u0301phane Payen, Re\u0301gis Huby, Yves Robert, E\u0301douard Ferlet ou Yves Rousseau m\u2019ouvre des horizons diffe\u0301rents et nouveaux tous les jours, tout se croise, s\u2019interpelle, s\u2019oppose, s\u2019alimente, s\u2019ame\u0301liore. C\u2019est toujours a\u0300 recommencer et c\u2019est passionnant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Sylvain The\u0301venard <\/strong><\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-32669\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"1140\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3-224x300.jpg 224w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3-764x1024.jpg 764w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Archie-Shepp-photo-jf-grossin-3-768x1030.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em><span style=\"font-size: 10pt;\">Archie Shepp \u00a9Jean-Fran\u00e7ois Grossin<\/span><\/em><\/p>\n<p>(*) Cette enqu\u00eate est parue dans \u00ab<em><strong>\u00a0Jazz de France<\/strong><\/em> \u00ab \u00a0publi\u00e9 par le <em><strong>Centre d\u2019information du jazz &#8211; Editions Irma.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A\u0300 l\u2019occasion de la sortie du guide-annuaire \u00ab\u00a0Jazz de France* \u00bb, \u00a0j\u2019avais souhaite\u0301 en 2010 en guise d\u2019introduction, enrichir sa 6e e\u0301dition d\u2019une enque\u0302te ine\u0301dite. Nous avions interroge\u0301 une centaine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":170,"featured_media":32754,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[6088,6087],"class_list":{"0":"post-32641","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite","8":"tag-pascal-anquetil-fr","9":"tag-pourquoi-le-jazz-fr"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/170"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32641"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32641\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/32754"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}