{"id":31102,"date":"2021-04-01T11:14:47","date_gmt":"2021-04-01T10:14:47","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=31102"},"modified":"2021-04-01T18:55:13","modified_gmt":"2021-04-01T17:55:13","slug":"pierrejean-gaucher-zappe-satie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/pierrejean-gaucher-zappe-satie\/","title":{"rendered":"Pierrejean Gaucher &#8211; Zappe Satie"},"content":{"rendered":"<h3>Disons-le tout net\u00a0: le parti pris de Pierrejean Gaucher sur cet enregistrement hommage \u00e0 Erik Satie est un postulat que vous devez accepter si vous voulez appr\u00e9cier pleinement le travail r\u00e9alis\u00e9 pour mat\u00e9rialiser une filiation pressentie entre le compositeur mystique fran\u00e7ais et le musicien fantasque et g\u00e9nial qu\u2019\u00e9tait Frank Zappa.<\/h3>\n<p>Une fois ce cap franchi, on r\u00e9alise l\u2019ampleur et la qualit\u00e9 insigne des transcriptions d\u2019univers musicaux effectu\u00e9es loin de toute facilit\u00e9 apparente, puisque \u00ab\u00a0<em>Gymnop\u00e9die Num\u00e9ro 8<\/em>\u00a0\u00bb comporte la seule m\u00e9lodie r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e qui soit v\u00e9ritablement connue du grand public, sur un disque pourtant haut en couleurs.<\/p>\n<p>Du petit leitmotiv apparaissant comme un gimmick rythmique, \u00ab<em>\u00a0Satie\u2019s Blues\u00a0<\/em>\u00bb, faisant dire \u00e0 notre leader arrangeur qu\u2019Erik Satie pourrait bien avoir compos\u00e9 l\u2019un des premiers blues de l\u2019histoire, \u00e0 des lignes m\u00e9lodiques emprunt\u00e9es aux Pi\u00e8ces Froides et \u00e0 la p\u00e9riode Rose Croix du compositeur fran\u00e7ais, tout est r\u00e9alis\u00e9 d\u2019apr\u00e8s des techniques de collage et de relecture initi\u00e9es par Frank Zappa, qui ont grandement, et de fa\u00e7on fertile, influenc\u00e9 <strong>Pierrejean Gaucher<\/strong> (\u00ab\u00a0<em>Les Clowns dansent<\/em>\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>On les trouvait d\u00e9j\u00e0 synth\u00e9tis\u00e9es sur l\u2019hommage qu\u2019il rendit \u00e0 l\u2019illustre moustachu il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Frank Zappa ne se contentait pas de greffer des overdubs sur ses enregistrements live (annonc\u00e9s comme tels sur les notes de disque), et pouvait aussi bien enregistrer dans les conditions du direct en studio, ou capter une vibe live sur un disque con\u00e7u et d\u00e9velopp\u00e9 dans l\u2019intimit\u00e9 de son salon. C\u2019est cette libert\u00e9 qui anime <strong>Pierrejean Gaucher<\/strong> et ses musiciens sur une \u0153uvre qui c\u00e9l\u00e8bre, avant toute chose, ce que le peintre Paul Gauguin nommait \u00ab\u00a0le droit de tout oser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/PJG2013.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-31096\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/PJG2013.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"568\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il est pourtant un pas que ces sessions permettent de franchir, et que seuls connaissaient jusqu\u2019ici les amateurs de musique authentique ou de cr\u00e9ateurs un peu \u00ab\u00a0barr\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: Erik Satie composait en instrumentiste v\u00e9ritable, au m\u00eame titre que Frank Zappa \u00e9tait un authentique guitariste dans l\u2019\u00e2me, exercice auquel il a d\u2019ailleurs consacr\u00e9 plusieurs albums d\u2019anthologie. Le travail propos\u00e9 ici, naturellement jazz par ses aspects purement organiques, n\u2019est pas sans s\u2019apparenter \u00e0 celui propos\u00e9 par le pianiste allemand Ulrich Gumpert sur Erik Satie, avec des variations savantes de tempo, de scansion et de prosodie musicale. Celui-ci est, d\u2019ailleurs, apparent\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne jazz est-allemande, bien qu\u2019il revendique une lecture en piano solo \u00ab\u00a0\u00e0 la lettre\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre \u00ab\u00a0satienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 o\u00f9 les phras\u00e9s jazz fusion sont l\u00e9gion lorsque <strong>Pierrejean Gaucher<\/strong> \u00e9voque son mentor am\u00e9ricain, son jeu de guitare se fait souvent tr\u00e8s subtil au gr\u00e9 des transpositions propos\u00e9es des pi\u00e8ces d\u2019Erik Satie, au point qu\u2019un id\u00e9alisme suppos\u00e9, qui aurait accul\u00e9 l\u2019artiste fran\u00e7ais aux derni\u00e8res extr\u00e9mit\u00e9s \u00e0 la fin de sa vie, tend \u00e0 se traduire par des dissonances maitris\u00e9es, \u00e9maillant la trame d\u2019un enregistrement qui se pr\u00e9sente comme une pierre de touche de la d\u00e9j\u00e0 fort abondante discographie de notre guitariste fusion hexagonal.<\/p>\n<p>On se souvient que l\u2019artiste aime reprendre des classiques du rock et de la pop \u00e0 ses heures (s\u00e9quence Melody Makers, mais aussi une collaboration m\u00e9morable avec Christophe Godin). Et le d\u00e9coupage r\u00e9alis\u00e9 ici porte incontestablement la marque de ces exp\u00e9riences borderline, ainsi qu\u2019en t\u00e9moigne \u00ab\u00a0<em>Danse de Travers Num\u00e9ro 4<\/em>\u00a0\u00bb, et sa citation des Beatles en mode reverse.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Satie&#039;s blues (Clip #1 new album PJ.Gaucher)\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/WzSdvje2uoU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>On peut \u00e9galement voir, dans l\u2019optique minimaliste ici d\u00e9gag\u00e9e, des r\u00e9f\u00e9rences post-modernes \u00e0 l\u2019ambient music, \u00e0 la musique s\u00e9rielle et contemporaine, voire au travail d\u2019Arvo P\u00e4rt, notre leader b\u00e9n\u00e9ficiant de davantage de recul que ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs sur les mouvements esth\u00e9tiques d\u00e9velopp\u00e9s depuis l\u2019aube du si\u00e8cle dernier.<\/p>\n<p>Bien que Frank Zappa n\u2019ait jamais vraiment cit\u00e9 le pianiste fran\u00e7ais comme une influence, lui pr\u00e9f\u00e9rant des compositeurs comme Edgar Var\u00e8se et Igor Stravinsky, on peut accepter l\u2019h\u00e9ritage sous b\u00e9n\u00e9fice d\u2019inventaire en prenant la mesure de l\u2019exercice de libert\u00e9 auquel s\u2019adonn\u00e8rent les deux instrumentistes autodidactes revendiqu\u00e9s. Le guitariste am\u00e9ricain \u00e9tait un personnage solaire, loin de l\u2019introversion et de la m\u00e9lancolie inh\u00e9rentes au temp\u00e9rament d\u2019Erik Satie, mais leur sociabilit\u00e9 commune, leurs capacit\u00e9s respectives d\u2019autoformation et de cr\u00e9ation autog\u00e8ne, font \u00e9cho \u00e0 la critique constamment r\u00e9it\u00e9r\u00e9e qu\u2019ils adressaient \u00e0 une recherche artificielle de notori\u00e9t\u00e9, de succ\u00e8s et de s\u00e9duction du plus grand nombre.<\/p>\n<p>Totalement d\u00e9di\u00e9s au projet, les musiciens qui accompagnent Perrejean gaucher font montre d\u2019une maitrise instrumentale remarquable, et fournissent une assise tout \u00e0 fait en accord avec l\u2019esprit des compositions, tel qu\u2019illustr\u00e9 par \u00ab\u00a0<em>La Croisi\u00e8re \u00e7a use\u00a0<\/em>\u00bb, (empruntant aux \u00ab<em>\u00a0Sports et Divertissements<\/em>\u00a0\u00bb du compositeur fran\u00e7ais), \u00ab<em>\u00a0Office des Etoiles<\/em>\u00a0\u00bb ou la contribution unique au saxophone de <strong>Paul Vergier<\/strong> sur \u00ab\u00a0<em>Satie\u2019s Blues<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les notes liquides de Fender Rhodes de <strong>Thibault Gomez,<\/strong> la contrebasse tr\u00e8s \u00ab\u00a0pneumatique\u00a0\u00bb d\u2019<strong>Alexandre Perrot, <\/strong>les polyrythmies d\u2019<strong>Ariel Tessier<\/strong>, ou le son hant\u00e9 de la trompette de <strong>Quentin Ghomari <\/strong>nous permettent d\u2019entrer dans un espace fluide, avec une grande vari\u00e9t\u00e9 de tessitures distinctes comme celle du trombone de <strong>Robinson Khoury,<\/strong> ou les volutes de clarinette et saxophone de<strong> Julien Soro<\/strong>. Saisir l\u2019esprit d\u2019un artiste ou d\u2019une \u0153uvre, comme sur \u00ab\u00a0<em>Sad Satie<\/em>\u00a0\u00bb (une composition personnelle d\u00e9chirante, en \u00e9cho \u00e0 \u00ab\u00a0<em>Sad Franky<\/em>\u00a0\u00bb) ou \u00ab\u00a0<em>Le Binocle et le Moustachu<\/em>\u00a0\u00bb, n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde, et c\u2019est \u00e0 tout le moins ce qu\u2019on doit rendre \u00e0 C\u00e9sar en honorant \u00ab\u00a0<em><strong>Zappe Satie\u00a0<\/strong><\/em>\u00bb d\u2019\u00e9coutes successives qui s\u2019av\u00e8rent toutes aussi recueillies que fructueuses. Les titres des morceaux eux-m\u00eames permettent ce voyage int\u00e9rieur en m\u00eame temps qu\u2019une coh\u00e9rence programmatique de l\u2019auditeur (\u00ab\u00a0<em>Vaine Agitation<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>Circulation Fluide<\/em>), qui forment un trait d\u2019union irr\u00e9futable entre deux \u0153uvres aussi dissemblables que travers\u00e9es par un m\u00eame humour transgressif, des capacit\u00e9s d\u2019autod\u00e9rision lib\u00e9ratrices, et une \u00e9mancipation artistique exceptionnelle.<\/p>\n<\/div>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/2EabsPPX8q0c4ETeCZR8Ru\" width=\"850\" height=\"640\" frameborder=\"0\" data-mce-fragment=\"1\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n<p><strong>Musiques de Pierrejean Gaucher,<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong><strong>inspir\u00e9es par Erik Satie (et Frank Zappa)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Interpr\u00e8tes :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pierrejean Gaucher :<\/strong> guitares, instruments divers<br \/>\n<strong>Thibault Gomez :<\/strong> piano Fender Rhodes<br \/>\n<strong>Alexandre Perrot :<\/strong> contrebasse<br \/>\n<strong>Ariel Tessier :<\/strong> batterie<br \/>\n<strong>Quentin Ghomari :<\/strong> trompette<\/p>\n<p><strong>Robinson Khoury<\/strong> trombone<br \/>\n<strong>Julien Soro :<\/strong> saxophones, clarinette<br \/>\n<strong>Paul Vergier :<\/strong> saxophone<\/p>\n<p><strong>Enregistr\u00e9<\/strong> par Antoine Delecroix au studio Taitbout en f\u00e9vrier 2020,<br \/>\npuis au Studio des arts (Grignan) au printemps-\u00e9t\u00e9 2020.<br \/>\n<strong>Mix\u00e9<\/strong> par Pierrejean Gaucher<br \/>\n<strong>Masteris\u00e9<\/strong> par Raphael Jonin<br \/>\n<strong>Visuel de couverture<\/strong> : Julien Allegre<br \/>\n<strong>Graphisme<\/strong> : Cl\u00e9ment Aubry<br \/>\n<strong>Vid\u00e9os<\/strong> : Beno\u00eet Renard<\/p>\n<p>\u00a9Photo Header extraite du clip vid\u00e9o.<\/p>\n<p>\u00a9Photo article Pierre Coletti<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Disons-le tout net\u00a0: le parti pris de Pierrejean Gaucher sur cet enregistrement hommage \u00e0 Erik Satie est un postulat que vous devez accepter si vous voulez appr\u00e9cier pleinement le travail&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":119,"featured_media":31093,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13,202],"tags":[5569,5565,1741,5570,5567,3703,5566,5568,5571],"class_list":{"0":"post-31102","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite","8":"category-dans-les-bacs","9":"tag-alexandre-perrot-fr","10":"tag-ariel-tessier","11":"tag-julien-soro","12":"tag-paul-vergier-fr","13":"tag-pierrejean-gaucher-fr","14":"tag-quentin-ghomari-fr","15":"tag-robinson-jhoury","16":"tag-thibault-gomez-fr","17":"tag-zappe-satie-fr"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31102"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31102\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/31093"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}