{"id":27182,"date":"2019-11-16T16:03:36","date_gmt":"2019-11-16T15:03:36","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=27182"},"modified":"2019-10-11T16:56:26","modified_gmt":"2019-10-11T15:56:26","slug":"johann-loustalot-slow-au-triton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/johann-loustalot-slow-au-triton\/","title":{"rendered":"Yoann Loustalot &#038; Julien Tou\u00e9ry &#8211; Slow &#8211; au Triton"},"content":{"rendered":"<h3><b>Le 20 septembre 2019<\/b> au <b>Triton<\/b>, une jolie salle de spectacle des Lilas, attenante \u00e0 un bar restaurant \u00e0 l\u2019ambiance d\u00e9contract\u00e9e, le groupe <b>Slow<\/b> de <b>Yoann Loustalot (trompette, bugle) Julien Touery (piano), Eric Surmenian (contrebasse)<\/b>, et <b>Laurent Paris (batterie, percussions)<\/b> nous offre une prestation d\u2019ensemble intemporelle et \u0153cum\u00e9nique, baign\u00e9e d\u2019une douce lumi\u00e8re hivernale d\u2019autant plus savoureuse qu\u2019elle fait suite \u00e0 un \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par des chaleurs caniculaires (\u00ab\u00a0notre fa\u00e7on \u00e0 nous de lutter contre le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te\u00a0\u00bb, dira pince sans rire le trompettiste).<\/h3>\n<p>On sait le soufflant port\u00e9 sur les ambiances ouat\u00e9es, vaporeuses et po\u00e9tiques. Son partenariat compositionnel avec Julien Touery, entendu dans le quartet d\u2019Emile Parisien, renforce encore cette disposition d\u2019esprit, rendant possible un concept \u00e0 part enti\u00e8re sur et autour de la notion de lenteur. En un monde o\u00f9 tout va vite, et o\u00f9 la vitesse est m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e comme une valeur d\u2019efficacit\u00e9, le combo nous propose de ralentir le tempo pour renouer avec des vertus contemplatives synonymes de r\u00e9conciliation avec l\u2019environnement, la nature\u00a0; un propos dont la positivit\u00e9 se teinte d\u2019une certaine inqui\u00e9tude \u00e9cologique, mati\u00e8re premi\u00e8re de plusieurs titres du superbe album \u00e9ponyme paru chez <i>Bruit Chic<\/i> il y a quelques mois.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"SLOW - La VOD du Triton\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/GMLj0r8J090?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>D\u2019embl\u00e9e, la tonalit\u00e9 acoustique d\u2019une musique \u00e9th\u00e9r\u00e9e et atmosph\u00e9rique saisit l\u2019assistance, dont l\u2019\u00e9coute active est requise pour appr\u00e9cier toute la musicalit\u00e9 du propos, d\u00e9nu\u00e9 des habituels artifices de sc\u00e8ne f\u00e9d\u00e9rateurs cens\u00e9s garantir l\u2019adh\u00e9sion du public. Il y a \u00e0 cet \u00e9gard chez Loustalot une grande coh\u00e9rence, dont les fils invisibles tapissent ses diff\u00e9rents essais discographiques.<\/p>\n<p>On se souvient de ses <i>Pi\u00e8ces en Forme de Flocons<\/i> con\u00e7ues nagu\u00e8re en compagnie de Fran\u00e7ois Chesnel et Antoine Paganotti, qui \u00e9voquaient alors sans les citer les compositions d\u2019Erik Satie. En distinguant le mot et la chose comme l\u2019aurait fait Francis Ponge, <i>slow <\/i>peut se muer en <i>snow<\/i> ou en <i>show<\/i>, et rendre compte du fait que le live offre une dimension suppl\u00e9mentaire au concept dans son d\u00e9filement p\u00e9rilin\u00e9aire.<\/p>\n<p>Et, de fait, les titres parlent pour eux-m\u00eames, faisant d\u00e9filer des paysages \u00e9motionnels multiples tout au long des variations savantes dont se fendent des musiciens qui excellent chacun dans leur partie.<\/p>\n<p>Comme pour prendre le contrepied des modes consum\u00e9ristes et estivali\u00e8res, les r\u00e9f\u00e9rences aux quatre points cardinaux (<i>Vers l\u2019Ouest<\/i>, <i>Vers le Nord<\/i>) se combinent avec de magnifiques lavis septentrionaux domin\u00e9s par le froid et les rigueurs climatiques (<i>Fjords<\/i>, <i>Winter<\/i>). L\u2019espace et le temps s\u2019entrem\u00ealent pour danser une sarabande po\u00e9tique et m\u00e9ditative intense (<i>Sur le Tard<\/i>, <i>Saoul les Nuages<\/i>) comme celle \u00e9voqu\u00e9e sur le mode ludique par le film\u00a0<i>Local Hero<\/i>\u00a0qui conf\u00e8re \u00e0 la lumi\u00e8re du nord un aspect mythique.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Slow-group-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-27173\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Slow-group-1.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Slow-group-1.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Slow-group-1-300x164.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Slow-group-1-768x419.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a>Il y a une dimension \u00e9l\u00e9mentale dans cette musique\u00a0; prendre son temps devient synonyme, non d\u2019approfondissement au sens d\u2019un effort, mais d\u2019un l\u00e2cher prise au profit de retrouvailles avec notre nature profonde, \u00e0 l\u2019instar de celles revendiqu\u00e9es par des auteurs comme Alan Watts.<\/p>\n<p>On reste confondu par la po\u00e9sie d\u00e9ploy\u00e9e en cette soir\u00e9e, justement concentr\u00e9e en un seul set (une interruption aurait sans nul doute eu pour cons\u00e9quence d\u2019amoindrir l\u2019enchantement suscit\u00e9 par l\u2019enchainement des titres de l\u2019album).<\/p>\n<p>L\u2019apport d\u2019<strong>Eric Surmenian<\/strong> et <strong>Laurent Paris<\/strong>, eux aussi compositeurs, est incommensurable. L\u2019atmosph\u00e8re tr\u00e8s industrielle de Metal Contact permet au batteur une prestation bruitiste toute de raclements, frottements, sifflements stridents et percussions, absolument unique car totalement int\u00e9gr\u00e9e au propos, et g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019un mouvement statique qui donne envie de se lever pour accompagner son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Les notes longues, tenues, le jeu d\u2019archet qui caract\u00e9risent le jeu d\u2019<strong>Eric Surmenian<\/strong> culminent dans les atmosph\u00e8res empreintes de gravit\u00e9 associ\u00e9es aux points topographiques fondamentaux, comme celui d\u00e9crit dans L<i>e Passage du Nord Ouest<\/i>, de Michel Serres.<\/p>\n<p>Le piano pr\u00e9par\u00e9 de <strong>Julien Touery<\/strong> fournit une occurrence par trop \u00e9vidente de filiation avec l\u2019art contemporain, bien que cette musique soit en elle-m\u00eame assez \u00e9labor\u00e9e pour se passer de toute r\u00e9f\u00e9rence. La seule fa\u00e7on dont <strong>Yoann Loustalot<\/strong> installe un motif m\u00e9lodique en se jouant de la tonalit\u00e9 serait plut\u00f4t r\u00e9miniscente des tentatives tardives de Prokofiev, voire du mode hongrois sans r\u00e9solution de Bartok (moyen judicieux d\u2019\u00e9voquer le noro\u00eet des circumnavigateurs), tandis que la fa\u00e7on dont <strong>Julien Touery<\/strong> rappelle en leitmotiv le th\u00e8me, apr\u00e8s l\u2019avoir jou\u00e9 \u00e0 l\u2019unisson avec le cuivre, en dit long sur les capacit\u00e9s de renouvellement du collectif (la <i>tabula rasa<\/i> des anciens), qui met \u00e0 profit la diversit\u00e9 de ses origines g\u00e9ographiques pour affirmer une identit\u00e9 qui ressort surtout de l\u2019esprit du jazz, quelles que soient les connaissances classiques pr\u00e9alables mises \u00e0 profit par les musiciens.<\/p>\n<p>Dehors, la nuit permet de renouer en douceur avec l\u2019\u00e9nergie de la ville, et l\u2019on se sent tout \u00e0 la fois \u00e9veill\u00e9 et comme plus libre de ses mouvements gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9change \u00e9motionnel primordial qui vient d\u2019avoir lieu.<\/p>\n<h4>Un moment hors du commun, rare et pr\u00e9cieux comme une aurore bor\u00e9ale.<\/h4>\n<p>\u00a9Photos Jean-Pierre Alenda.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 20 septembre 2019 au Triton, une jolie salle de spectacle des Lilas, attenante \u00e0 un bar restaurant \u00e0 l\u2019ambiance d\u00e9contract\u00e9e, le groupe Slow de Yoann Loustalot (trompette, bugle) Julien&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":119,"featured_media":27189,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13,202],"tags":[4315,4317,4316,4314,1201],"class_list":{"0":"post-27182","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite","8":"category-dans-les-bacs","9":"tag-eric-surmenian-fr","10":"tag-julien-touery-fr","11":"tag-laurent-paris-fr","12":"tag-slow-fr","13":"tag-yoann-loustalot-fr"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/119"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27182\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27189"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}