{"id":24861,"date":"2019-03-28T13:09:34","date_gmt":"2019-03-28T12:09:34","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=24861"},"modified":"2019-03-28T15:20:06","modified_gmt":"2019-03-28T14:20:06","slug":"sarah-lenka-womens-legacy-au-cafe-de-la-danse-le-19-mars-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/sarah-lenka-womens-legacy-au-cafe-de-la-danse-le-19-mars-2019\/","title":{"rendered":"Sarah Lenka &#8211; Women\u2019s Legacy &#8211;  au Caf\u00e9 de la Danse le 19 mars 2019"},"content":{"rendered":"<h3>Le 19 mars, Sarah Lenka a fait sa premi\u00e8re sc\u00e8ne au Caf\u00e9 de la Danse. Ce concert \u00e9tait aussi l\u2019occasion de pr\u00e9senter au public pour la premi\u00e8re fois les chansons de son nouvel album\u00a0<em>Women\u2019s Legacy<\/em>\u00a0, qui traite de la maltraitance des femmes.<\/h3>\n<p>Nous avions quitt\u00e9 Sarah sur un album,\u00a0<em>I Don\u2019t Dress Fine,<\/em>\u00a0d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la grande chanteuse de blues, Bessie Smith, \u00a0en qui elle voit une pionni\u00e8re, non point seulement de la lutte des droits civiques aux Etats Unis, mais \u00e9galement du combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes hommes, ainsi que de la cause des femmes en g\u00e9n\u00e9ral. Ce nouveau disque est concentr\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e de (re)donner une voix \u00e0 celles qui furent aussi des victimes de l\u2019esclavage, et d\u2019embl\u00e9e, il est ais\u00e9 de voir que l\u2019artiste associe plus largement la cause des femmes \u00e0 celle des combats pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 qui jalonnent l\u2019histoire du monde.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24850\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"900\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/duoCJ-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a>Autour de la chanteuse, <strong>Taofik Farah\u00a0<\/strong>(guitare), <strong>G\u00e9raud Portal\u00a0<\/strong>(contrebasse), <strong>C\u00f4ng Minh Pham\u00a0<\/strong>(claviers), <strong>Yoann Serra\u00a0<\/strong>(batterie) et <strong>Rapha\u00ebl Chassin\u00a0<\/strong>(percussions), enrichissent la p\u00e2te sonore de leurs interventions, g\u00e9n\u00e9rant un beau background harmonique \u00e0 un mat\u00e9riau compos\u00e9, pour l\u2019essentiel, de classiques ainsi que d\u2019un certain nombre d\u2019apports cr\u00e9atifs personnels.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24852\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"603\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ-300x201.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ-768x515.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ-600x403.jpg 600w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ensemble-CJ-400x269.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a>Nous sommes ici dans un univers con\u00e7u comme un v\u00e9ritable creuset, celui d\u2019o\u00f9 naquirent le blues et la soul music, le folk, la country et le rythm\u2019n\u2019blues. Ce proto-jazz pourrait facilement s\u2019arr\u00eater \u00e0 la musique de la Nouvelle Orl\u00e9ans n\u2019\u00e9tait son ambition de traduire en actes un \u00e9lan libertaire propice \u00e0 de nombreuses ramifications musicales. La mani\u00e8re dont <strong>Sarah Lenka\u00a0<\/strong>parle d\u2019une souffrance universelle en forme de r\u00e9demption personnelle est tout \u00e0 fait singuli\u00e8re, une d\u00e9marche qui touche \u00e0 sa vocation m\u00eame d\u2019artiste. Ce m\u00e9lange de force persuasive et de sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau, de tristesse lucide et de joie instinctive, nourrit sa pr\u00e9sence sur sc\u00e8ne, faisant des concerts qu\u2019elle donne une exp\u00e9rience \u00e0 part enti\u00e8re, de celles qui convainquent de la possibilit\u00e9 d\u2019un optimisme irr\u00e9ductible \u00e0 la tournure des \u00e9v\u00e9nements, des circonstances sur lesquelles nous n\u2019avons pas de prise. La rumeur des si\u00e8cles conf\u00e8re \u00e0 ces voix ressuscit\u00e9es un pouvoir d\u2019\u00e9motion incoercible, et l\u2019interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale est de belle qualit\u00e9, suffisamment pour qu\u2019on en reste suspendu au hoquet d\u2019une cymbale, \u00e0 un \u00e9clat de voix, une pulsation de contrebasse ou une note de guitare syncop\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/sarah-3CJ.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24856\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/sarah-3CJ.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"670\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/sarah-3CJ.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/sarah-3CJ-300x223.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/sarah-3CJ-768x572.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a>Le caract\u00e8re enjou\u00e9 de la formation, une convivialit\u00e9 compatible avec une certaine gravit\u00e9 sans jamais compromettre ce qui fait de cette soir\u00e9e une f\u00eate, est un paradoxe apparent qui sert un propos fondamental, joliment soulign\u00e9 par le fait que la plupart des femmes \u00e9voqu\u00e9es ce soir avaient la pudeur et la dignit\u00e9 de ne pas s\u2019appesantir sur leurs souffrances, c\u00e9l\u00e9brant, \u00e0 l\u2019instar de la formation, le moment pr\u00e9sent et la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre heureux, f\u00fbt-ce momentan\u00e9ment. C\u2019est cette gr\u00e2ce qui permet de se frotter \u00e0 des compositions aussi ancr\u00e9es dans leur \u00e9poque que\u00a0<em>Trouble So Hard<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Another Man Done Gone<\/em>\u00a0de Vera Hall (en duo avec Ben l\u2019Oncle Soul), restituant l\u2019esprit psalmodi\u00e9 de l\u2019original. Autre titre mythique, \u00a0<em>The Story of Barbara Allen\u00a0<\/em>narre les pens\u00e9es d\u2019une femme au fond de sa cellule de p\u00e9nitencier, \u00e0 l\u2019origine ballade celtique mais qui fait partie int\u00e9grante d\u2019un fonds culturel europ\u00e9en dans lequel les compositeurs am\u00e9ricains puisent toujours. Le groupe associe pour ce faire des harmonies savantes \u00e0 des percussions quasi-tribales, sorte d\u2019esperanto d\u2019un monde qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019euram\u00e9rindien. Un discours qui mat\u00e9rialise le tronc commun d\u2019o\u00f9 sont issus nombre de classiques, en f\u00e9d\u00e9rant les \u00e9nergies autour d\u2019un projet identifi\u00e9, le cri d\u2019un peuple asservi, sa qu\u00eate d\u2019identit\u00e9, ses revendications l\u00e9gitimes.<\/p>\n<p><strong>Sarah Lenka\u00a0<\/strong>demeure plus proche de Billie Holiday que d\u2019Ella Fitzgerald dans son phras\u00e9 et son timbre de voix , (<em>Ain\u2019t Nobody\u2019s Business If I Do<\/em>), et la gaiet\u00e9 authentique qui se d\u00e9gage des interventions parl\u00e9es dont elle se fend tout au long du gig en dit plus long sur son parcours personnel que ne le ferait un long d\u00e9veloppement. De ce point de vue, <em>Ain\u2019t Gonna Let Nobody Turn<\/em>,\u00a0 si embl\u00e9matique de l\u2019histoire du mouvement des droits civiques aux USA, apporte \u00e0 la prestation cette part d\u2019audace indissociable des combats qui restent \u00e0 mener, tandis que <em>Diamond Joe<\/em>\u00a0traite davantage des souffrances indicibles endur\u00e9es par tout un collectif humain, avec ses tonalit\u00e9s m\u00e9talliques qui viennent enrichir la trame rythmique, offrant comme un soubassement mat\u00e9riel au bruit des chaines et outils dont se servaient les esclaves. <em>Diamond Joe\u00a0<\/em>et <em>Oh Death\u00a0<\/em>furent interpr\u00e9t\u00e9s par Bessie Jones, et r\u00e9sonnent comme un d\u00e9fi \u00e0 la douleur et \u00e0 la mort, processus m\u00e9tamorphique que populariseront de grands bluesmen comme Robert Johnson et Leadbelly.<\/p>\n<p>Si ces voix paraissent si actuelles, c\u2019est bien gr\u00e2ce au travail du groupe qui prolonge ici l\u2019h\u00e9ritage d\u2019artistes majeurs, s\u2019attachant \u00e0 restituer une parole aux plus humbles en reflet \u00e0 ce qui devrait toujours constituer la pr\u00e9occupation majeure de nos soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es. Ce qui fut l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019ethnologue Alan Lomax, qui collecta ces chants de femmes et d\u2019hommes, se trouve comme amplifi\u00e9 par l\u2019itin\u00e9raire d\u2019une femme qui cherche aussi, et de fa\u00e7on \u00e9vidente, \u00e0 donner de la voix au nom de toutes les autres femmes.<\/p>\n<p>Jamais mieux, peut-\u00eatre, que sur le chant de travail <em>Black Betty\u00a0<\/em>ne r\u00e9sonne mieux l\u2019\u00e2me balbutiante et forte d\u2019esprits volatiles parce qu\u2019imm\u00e9moriaux.<\/p>\n<p>Le <em>Riding in a Buggy\u00a0<\/em>de Vera Hall demeure un des moments forts du set, \u00e0 la fois grave et l\u00e9ger, suscitant un contre-chant qui conf\u00e8re par contraste un caract\u00e8re incantatoire \u00e0 la reprise de fin de concert, <em>Ain\u2019t Gonna Let Nobody Turn Me Around\u00a0<\/em>aux c\u00f4t\u00e9s de Ben l\u2019Oncle Soul et Carlos Lopes, un chanteur originaire du Cap Vert \u00e0 l\u2019univers soul et jazz, sorte de synth\u00e8se de l\u2019univers de Sarah Lenka, o\u00f9 l\u2019amiti\u00e9 et les rapports humains jouent un r\u00f4le essentiel dans son inspiration d\u2019artiste comme dans sa vie de femme.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ben-sarah-2CJ.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-24854\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ben-sarah-2CJ.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"782\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ben-sarah-2CJ.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ben-sarah-2CJ-300x261.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/ben-sarah-2CJ-768x667.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/www.patrickmartineau.photography\/jzzm-mes-expositions?fbclid=IwAR0fx9YbciU-79f8gdbINZoRy3Cc3OPmE-h4V4K82iaa07wvhMyW7dCV7Hc\">\u00a9 All Photos, Patrick Martineau<\/a>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 19 mars, Sarah Lenka a fait sa premi\u00e8re sc\u00e8ne au Caf\u00e9 de la Danse. 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