{"id":23405,"date":"2016-11-27T09:51:32","date_gmt":"2016-11-27T08:51:32","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=23405"},"modified":"2018-12-23T16:35:09","modified_gmt":"2018-12-23T15:35:09","slug":"the-sax-with-the-mona-lisa-smile-jazzfest-berlin-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/the-sax-with-the-mona-lisa-smile-jazzfest-berlin-2016\/","title":{"rendered":"La sax avec le sourire de Mona Lisa &#8211; Jazzfest Berlin 2016"},"content":{"rendered":"<p><strong>Mette Henriette Martedatter R\u00f8lv\u00e5g assise lors d&rsquo;un\u00a0concert \u00e0 Oslo. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, Manfred Eicher, fondateur du label allemand ECM. Ils commencent \u00e0 discuter. Etape suivante, c&rsquo;est Mette Henriette sortant son premier double album sous l&rsquo;aile d&rsquo;ECM.<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/75X7l4DmasM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><strong>La carri\u00e8re de la saxophoniste norv\u00e9gienne a connu une ascension\u00a0rapide et son premier album en tant que saxophoniste leader ne ressemble \u00e0 rien d&rsquo;autre autour. \u00c9l\u00e9gante et douce, puissante dans sa d\u00e9licatesse, elle prend\u00a0directement aux tripes et r\u00e9ussit \u00e0 imposer une personnalit\u00e9 qui est r\u00e9affirm\u00e9e par ses performances en live. Henriette N\u00f8rsteb\u00f8 au trombone, Lavik Larsen \u00e0 la trompette, Johan Lindvall au piano, Andreas Rokseth au bandone\u00f3n, Odd Hannsidal et Karin Hellqvist aux violons, Bendik Foss \u00e0 l&rsquo;alto, Gregor Riddell au violoncelle, Per Zanussi \u00e0 la contrebasse et \u00e0 la scie et enfin Dag Erik Knedal Andersen \u00e0 la batterie. Le jeudi 3 novembre, \u00e0 20h, apr\u00e8s le Quatuor de Julia H\u00fclsmann, la lumi\u00e8re change.<\/strong><\/p>\n<p>Ignifug\u00e9e, robuste, puissante, brute, dure, d\u00e9pouill\u00e9e, fraiche, pointue, forte, lourde, d\u00e9licate, intime, bavarde, l\u00e9gendaire, magique, \u00e9pique, ancestrale, traditionnelle, glaciale, douce, m\u00e9ditative, contr\u00f4l\u00e9e, curieuse, invisible.<\/p>\n<p>Invisible.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 \u00e7a circule sur la peau.<\/p>\n<p>\u00c7a se sent.<\/p>\n<p>Et un ch\u00e2teau se construit.\u00a0Dans le sable, l&rsquo;air et la glace et hors des respirations bloqu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des poumons des auditeurs, choqu\u00e9s et d\u00e9concert\u00e9s, ne sachant pas quand exactement applaudir<\/p>\n<p>\u201cJ<em>&lsquo;aime le son il est invisible, il trouve son chemin \u00e0 travers la peau, il vous emm\u00e8ne en des lieux, le temps et l&rsquo;espace.<\/em>\u201d<\/p>\n<p>Quels lieux elle est capable de construire. Quels d\u00e9lais, quels sc\u00e9narios, quelles progressions, quelles histoires, voyageant sur ses notes et ses harmonies, attendant d&rsquo;\u00eatre dites.<\/p>\n<p>Mette Henriette est n\u00e9e il y a 26 ans, dans les extr\u00e9mit\u00e9s les plus froides et les plus septentrionales d&rsquo;un novembre norv\u00e9gien. Elle \u00e9tait beaucoup de choses comme enfant, mais surtout, elle \u00e9tait un auditeur. Elle \u00e9coutait le son des oiseaux,\u00a0le son du magn\u00e9tophone de son grand-p\u00e8re, le\u00a0son de la chocolaterie en face\u00a0de sa maison. Et puis, elle eut\u00a0un saxophone.<\/p>\n<p>Quand on l&rsquo;entend le dire ; m\u00eame dans la mani\u00e8re dont elle prononce le mot. C&rsquo;est\u00a0presque comme si elle disait le \u00a0mot \u00absexe\u00bb. Une m\u00e9taphore appropri\u00e9e.<\/p>\n<p>\u201cEt j&rsquo;ai eu un\u00a0saxophone.\u201d Et c&rsquo;\u00e9tait parti\u00a0\u201cJe pouvais imaginer des histoires sans les mots. Le temps s&rsquo;\u00e9vanouissait\u201d.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DSC3585.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6632\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DSC3585.jpg\" alt=\"_dsc3585\" width=\"900\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DSC3585.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DSC3585-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DSC3585-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le nom Mette Henriette porte l&rsquo;h\u00e9ritage <em>Sami<\/em> avec fiert\u00e9. M\u00e9taphoriquement, elle met ses anc\u00eatres dans une bouteille en verre et les\u00a0jette \u00e0 la mer, cach\u00e9s dans ses compositions soufflantes et int\u00e9rieures. Elle est puissante, le c\u0153ur tourn\u00e9 vers l&rsquo;avant, les yeux \u00e0 demi clos, regardant au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon.<\/p>\n<p>Ainsi, elle cr\u00e9e un personnage. Elle refuse les applaudissements, come un Bob Dylan, elle s&rsquo;en fiche. Elle est une cr\u00e9ature m\u00e9ditative.<\/p>\n<p>L&rsquo;auditorium tout entier est impliqu\u00e9. Son\u00a0ensemble, compos\u00e9 de onze musiciens au total (c&rsquo;est leur premi\u00e8re mondiale), cr\u00e9e ce discours apparemment non-communicatif. Mais il y a de la communication. L&rsquo;espace lui-m\u00eame parle.<\/p>\n<p>Parle, parle, parle, parle.<\/p>\n<p>Comme le groupe de Mark Hollis.<\/p>\n<p>Mark Hollis aimerait \u00e7a.<\/p>\n<p>Une histoire se raconte. C&rsquo;est un voyage. Mette Henriette est chef d&rsquo;orchestre qui de son sax et de ces mouvements de mains subtils guident cette grande aventure. \u00c0 travers cette grande salle de concert, dont les poutres\u00a0orbitent autour du groupe. Toutes ses caract\u00e9ristiques sont utilis\u00e9es ; Un rideau tombe et construit un mur translucide, \u00e9clair\u00e9 de\u00a0rouge : et l\u00e0 Mette joue, \u00e0 quelques centim\u00e8tres de lui. L&rsquo;\u00e9clairage passe du bleu au gris, au violet, au rose.<\/p>\n<p>Au rouge.<\/p>\n<p>Jazz en rouge. Comme le rouge que\u00a0Ravi Coltrane portera, jouant deux jours plus tard dans le m\u00eame endroit.\u00a0Comme le rouge du toucher du saxophone en col\u00e8re de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Et dans la douleur<\/p>\n<p>mais presque<\/p>\n<p>amoureux.<\/p>\n<p>Mais point d&rsquo;echo de\u00a0John Coltrane ici. Pas une goutte de sa sueur ou de son passage.<\/p>\n<p>Il ya un mantra, cependant. Comme un amour supr\u00eame. Comme les deux derni\u00e8res notes de cette phrase mythique que r\u00e9p\u00e9ta John Coltrane, en transe.<\/p>\n<p>Un amour su-pr\u00eame.<\/p>\n<p>Un amour su-pr\u00eame.<\/p>\n<p>Un amour su-pr\u00eame.<\/p>\n<p>Pourtant Mette Henriette danse \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des normes, d\u00e9di\u00e9e\u00a0toute enti\u00e8re \u00e0 l&rsquo;improvisation pure et \u00e9pique.<\/p>\n<p>Et \u00e9ventuellement, son jazz, aussi, devient rouge.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;il sonne comme la musique de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;au milieu d&rsquo;un tourbillon de cordes, de vents et de percussions et recouverts de cette \u00e9paisse lumi\u00e8re rouge, Mette Henriette et ses dix soldats font de la musique qui pourrait \u00eatre la m\u00e9lodie de la fin\u00a0du monde.<\/p>\n<p>Une \u00e9coute cibl\u00e9e. Un appel \u00e0 la d\u00e9licatesse qui se transforme soudain en rugissement. Exploration du son avidement, profond\u00e9ment, engag\u00e9 avec le c\u0153ur et l&rsquo;\u00e2me et la peau et le bout de la langue.<\/p>\n<p>Plane un sentiment de d\u00e9sorganisation. Mais c&rsquo;est un fantasme. C&rsquo;est faux. Le public, une fois d\u00e9concert\u00e9, comprend finalement que tout cela fait partie du voyage complet. Comme un train sans arr\u00eat. Il n&rsquo;y a pas lieu d&rsquo;applaudir. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;interrompre. Il ne doit pas y avoir de rupture.<\/p>\n<p>Et ainsi se produisent les crescendos. Des\u00a0mont\u00e9es et des descentes et les mantras r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et les musiciens communiquent et Mette ferme les yeux et jamais, jamais, jamais, jamais ne sourit.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/L1001726.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6634\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/L1001726.jpg\" alt=\"l1001726\" width=\"900\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/L1001726.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/L1001726-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/L1001726-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pas de sourire.<\/p>\n<p>Pas de douleur.<\/p>\n<p>Pas de regards dans les yeux.<\/p>\n<p>Elle est une conteuse. La\u00a0shaman. La pilote.<\/p>\n<p>Elle tisse dans l&rsquo;\u00e9motion sans aucune attente.<\/p>\n<p>Les Sensations jouent un grand\u00a0r\u00f4le, mais sa musique n&rsquo;est pas\u00a0conventionnelle. Elle n&rsquo;est pas traditionnelle mais elle porte la tradition. Ce n&rsquo;est pas l\u00e9gendaire mais \u00e7a sonne comme une l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Les musiciens tirent les fronti\u00e8res de la musique dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de qu\u00eate pour la transformer en quelque chose qui parle d&rsquo;au-del\u00e0.<\/p>\n<p>L&rsquo;h\u00e9ritage Sami port\u00e9 avec fiert\u00e9.<\/p>\n<p>Les sons de l&rsquo;enfance port\u00e9s avec amour.<\/p>\n<p>Pas de peurs des extr\u00eames. Qu&rsquo;ils soient en bas ou en haut.<\/p>\n<p>Le voyage est si \u00e9vident qu&rsquo;il fait que\u00a0tout sonne exactement comme il \u00e9tait cens\u00e9 sonner. Un tel grand ensemble et pourtant le contr\u00f4le est absolu. Une \u00e9tude active du son. Trances et id\u00e9es. Une musique qui vient d&rsquo;au-del\u00e0. R\u00e9sonne et s&rsquo;exprime\u00a0comme si elle avait exist\u00e9 auparavant. Comme si elle avait d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9\u00a0ces mots avant.<\/p>\n<p>Le premier\u00a0mantra r\u00e9apparait. Mette Henriette choisit la premi\u00e8re piste.<\/p>\n<p><em>Pass\u00e9*.<\/em><\/p>\n<p>Le pass\u00e9. C&rsquo;est le pass\u00e9 maintenant, mais tourn\u00e9 vers le pr\u00e9sent. Encore.<\/p>\n<p>Le piano porte. Les incursions sax les plus douces. Le pass\u00e9.<\/p>\n<p><em>Pass\u00e9*<\/em>.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est la fin. Elle sourit pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Mi-souriante, mi-s\u00e9rieuse. Son saxophone toujours enracin\u00e9 dans le plus lointain.<\/p>\n<p>Comme un sourire de\u00a0Mona Lisa, retranch\u00e9 dans le myst\u00e8re.<\/p>\n<p><em>(*) en fran\u00e7ais dans le texte<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mette Henriette Martedatter R\u00f8lv\u00e5g assise lors d&rsquo;un\u00a0concert \u00e0 Oslo. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, Manfred Eicher, fondateur du label allemand ECM. Ils commencent \u00e0 discuter. 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