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Christian Scott à Marseille : hipster de la trompette et prince charmant.

By 26 juillet 2014 2 Comments

« Some Like it Hot », le blog de Louis Victor

Chaque été, le dilemme reste le même. Comment faire plaisir à sa compagne lorsqu’on est un musicien d’envergure internationale ? La réponse est d’une simplicité déconcertante : lui offrir un rôle de chanteuse. Ainsi, Madame part en tournée avec Monsieur et, dans le meilleur des mondes, tout se passe pour le mieux. Mais tout cela est-il véritablement justifié ? Dans le cas d’Isadora Mendez Scott, épouse du brillant trompettiste Christian, l’on s’interroge franchement. Au milieu d’une musique absolument captivante, moderne, énergique et virtuose, nous ne sommes pas les seuls à douter de la légitimité des envolées néo-soul de la belle Isadora : l’amour rendrait donc un peu sourd, parfois.

Né en 1983 à la Nouvelle Orléans, Christian Scott s’illustre actuellement comme l’un des piliers de la nouvelle scène américaine, comme en témoigne son dernier album Christian Atunde Adjuah. Un son de trompette robuste, éclatant, cuivré au possible. Un sens aigu de la pulsation à cheval entre néo-bop, hip-hop et pop. Ses compositions, lyriques et entraînantes, sont basées sur de brefs motifs répétitifs entraînant à coup sûr l’auditeur dès les premières mesures. Sur disque, la guitare abrupte de Matthew Stevens est le nerf central d’un répertoire explosif et dynamique… Mais depuis quelques mois, Stevens a délaissé son vieux copain de la Berklee School of Music pour partir sur la route d’une carrière solo : on ne peut que lui souhaiter bonne chance, tout en gardant une oreille attentive sur sa musique.

Malgré la présence de Madame, l’absence de Matthew Stevens, Christian Scott a livré au public du festival Jazz des Cinq Continents, une prestation excellente. Sur scène, habillé et coiffé à l’image d’un hipster de Brooklyn (son quartier d’adoption à New York), il débarque avec une classe et une arrogance admirables. La forme de ses trompettes sur-mesure attise la curiosité du public. Le personnage attire indéniablement les regards, la lumière : une force trop rare dans le jazz. Tout est là, l’image et la musique. Comme d’habitude, il s’est entouré de son inébranlable section rythmique : Corey Fonville à la batterie, Kris Funn à la contrebasse. Au sax alto, Braxton Cook incarne la modernité newyorkaise alors que Lawrence Fields adopte un style pianistique foncièrement atypique et offre un flot harmonique continu, en perpétuel mouvement… Le groupe présente de nouvelles compositions, réinterprète des standards, le tout avec une cohérence stylistique affirmée, totalement personnelle : le son Scott n’est celui d’aucun autre.

Dès la fin de cette première partie de soirée, les spectateurs attendent avec impatience la star de la nuit, Gregory Porter. Depuis quelques années, le californien enchaîne les concerts avec un spectacle rôdé, sans véritable surprise. Un show brillant pour le néophyte, plutôt académique pour ceux qui l’ont déjà écouté. Parfois, l’ennui est au rendez-vous (surtout après le set foudroyant de Christian Scott), mais en observant les sourires et les visages radieux de la foule du Palais Longchamp, force est de constater que le public a vécu quant à lui un moment exquis.

Quelques photos du concert au Palais Longchamp :

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