Une voix vient de surgir dans le panorama de la soul jazz : Black Pumas. L’accélération des tournées, la jauge croissante des salles de concert à guichets fermés, disent l’ascension fulgurante de ce groupe dont le nom se joue de l’homonymie avec le mythe des Black Panthers.

Transmusicales de Rennes en décembre 2018, série de concerts à l’automne 2019 puis en février 2020, pour la sortie du premier album, avant une prochaine date en novembre, le public guette. La moyenne d’âge de ce 8 février à l’Alhambra raconte le mixte entre ceux qui ont biberonné sur Marvin Gaye et les autres.« Qu’est-ce qui vous a fait venir ? » Le « vrai son ». L’explication qui suit désigne autant l’absence de boite à rythme, la sono à l’ancienne visible sur scène, que le frémissement ressenti à l’écoute.

Retour sur le moment où, en 2017, Adrian Quesada, guitariste-producteur fraîchement lauréat d’un Grammy Award, commence à réfléchir à un nouveau projet dans son studio d’Austin (Texas). Quesada a une réputation bien établie pour avoir joué dans des groupes comme Grupo Fantasma et Brownout (des groupes de funk latino originaires d’Austin), pour avoir accompagné de nombreux artistes de Prince à Daniel Johnston et pour produire des projets comme Look At My Soul : The Latin Shade Of Texas Soul, depuis 2018. Quand il fait savoir qu’il est à la recherche d’un chanteur, qui ne soit pas déjà installé sur la scène locale et apporte un son différent, on imagine les relais qui se mettent en place. Un jour, il reçoit l’appel d’un certain Eric Burton, qui se met à lui chanter au téléphone une de ses compositions personnelles. Burton est arrivé à Austin en 2015 après avoir traversé le pays en bus depuis Los Angeles. Né dans la vallée de San Fernando, il a grandi dans une église et s’est ensuite engagé dans le théâtre musical. Il a fait ses classes sur la jetée de Santa Monica, où il gagnait sa vie en chantant et où il a développé ses talents d’acteur.

Quesada ne connaît pas Burton, mais quand il entend sa voix, il sait qu’il a trouvé.

Les deux hommes découvrent qu’ils ont les mêmes goûts musicaux, hip-hop de la côte Est, vieille soul, musique folk… De cette rencontre naît une complicité instantanée et l’un des groupes les plus ambitieux de l’année. Les deux morceaux qu’ils vont enregistrer le premier jour où ils jouent ensemble vont devenir les singles de l’album éponyme de Black Pumas : “Black Moon Rising” et “Fire“. Quesada a écrit la musique de “Black Moon Rising” le jour de l’éclipse solaire de 2017 et Burton s’est inspiré de ce concept. Quand j’ai entendu ce qu’il chantait, mes cheveux se sont dressés sur ma tête, dit Quesada. Je suis plus cérébral, mais j’ai su que c’était lui, et que le disque serait incroyable. » « Under the raging sun’s open fire, fire, fire… Shoot me down… » L’alchimie entre les deux musiciens dépasse les paroles d’estime réciproque.

Le live, ils vont le tester en résidence aux C-Boy‘s Heart & Soul, un club d’Austin où ils commencent à jouer après seulement deux répétitions, tous les jeudis pendant un mois. Le test dépasse les prévisions !

Sur scène, Burton est une révélation : la voix, le son, et une attention à l’autre stupéfiante. Sa présence n’est pas qu’un show et la nouvelle se répand très vite. Des files d’attente se forment alors que le groupe n’a sorti que « Black Moon Rising ». Les deux musicien mesurent d’emblée la force de la connexion qui les amène à composer ensemble.

L’autre découverte, ce sont les chansons de Burton, au style brassé entre la côte Ouest et Austin. Dans l’album, Quesadalui laisse la place du dernier titre, « Oct 33“, une ballade à la mélodie mélancolique entêtante.

Sur scène, il se retire aussi avec le groupe pour ce morceau qui clôt le concert, que Burton termine accompagné de JaRon Marshall au clavier. La vision est partagée, le son des Black Pumas une force collective. Au timbre de voix charismatique du chanteur et aux décharges foudroyantes du guitariste,  qui semblent un prolongement intérieur, se joint la solidité des autres membres du septet, chanteuses, batteur, bassiste, pianiste.

Burton s’est exercé auprès de tous les publics, il est allé les chercher, les déloger. Et il s’adresse à celui de l’Alhambra :The music can change you. D’un geste, d’une phrase, il rassemble, traverse la foule, fait danser une petite fille  coiffée d’une casquette à l’effigie du groupe. Micro au poing et sans s’interrompre, il gère une bouteille d’eau renversée, essuyant le sol, incluant l’incident dans une phrase à la fin du morceau : Don’t mind the water, it’s just the rain. L’homme est soul. Soul and « Fire ». Ce titre emblématique repris pendant les rappels, résonne d’autant plus fort que, comme le dit Burton : « Life is much more than a love song, than a dream, than a fantasy ». Guitare, basse, clavier se transforment en un seul souffle comme un cuivre. We need to be unify. Le public reprend les paroles de « Colors », que le solo de guitare déchire et que l’improvisation hip-hop jazz explosif de JaRon Marshall rend aussi incontournable.

Si le duo puise aux sources de la soul, si la voix de Burton rappelle une époque, Black Pumas tisse tous les fils d’une palette généreuse et irrésistible. Love and soul power.

BLACK PUMAS

1er album Ato Records/ PIAS

Eric Burton : Chant, guitare

Adrian Quesada : Guitare

Stephen Bidwell : Batterie

JaRon Marshall : Claviers

Angela Miller : Backing vocal

Lauren Hornsby : Backing vocal

Brendan Bond : Basse

Production : Cartel Concerts

Photos : ©Patrick Martineau/JzzM

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